Auteur : Juju
E-Mail : justine_767@msn.com
Résumé : Sam est pleine de certitudes quant à son avenir. Mais le destin va en décider autrement…
Genre : Romance Sam/Jack, Aventure (un peu)
Spoilers : Saison 7, Saison 8 (en grande partie)
Disclaimer : Les personnages et les lieux sont la propriété de la MGM et de SHOWTIME. Je ne suis pas payée pour avoir écrit cette fanfiction, c’était juste pour le plaisir (just for the fun !).
Dédicace : Un gros gros merci à Hito pour m’avoir si gentiment aidé. Un conseil : lisez ses fics ! (si ce n’est pas déjà fait…)

A corps perdu…

Salle de briefing du SGC, Mardi 9 Mars, 8h57

Non !!!...
Non…, elle ne devait pas penser à ça…
Non, elle ne devait pas penser à LUI ! Lui, là, assis au bout de la table, cet homme qu’elle connaissait maintenant par cœur. Elle ne savait pas pourquoi, mais à chaque débriefing, c’était désormais une habitude : elle ne pouvait s’empêcher de l’observer, de remarquer ses petites mimiques, de capter chacun de ses sourires… Tout ce qui lui manquait en mission. C’était plus fort qu’elle. Et à chaque fois, elle éprouvait une sensation de bien-être indéfinissable. Sensation qui disparaissait lorsqu’il posait finalement un regard inquisiteur sur elle, devinant qu’il était observé. Alors, elle se mettait à trembler légèrement et baissait les yeux. Ce trouble imperceptible, personne n’aurait jamais pu le deviner. Sauf aujourd’hui. Sauf lui.

- Ca va Carter, vous vous sentez bien ?
- Tout va très bien mon Général, répondit-elle tout en accrochant un sourire à ses lèvres.  

Il répondit volontiers à son sourire, visiblement satisfait. Il la fixa un moment, puis détourna son regard vers Daniel, à qui il avait quelque peu coupé la parole trois secondes plus tôt. L’archéologue ne s’en formalisa pas et reprit son exposé. Alors elle reprit son observation là où elle l’avait arrêtée, plus discrètement cette fois. Malheureusement, il se leva au bout de quelques minutes en annonçant la fin du débriefing. Machinalement, elle se leva, le salua, et sortit de la pièce, encore plus troublée que lorsqu’elle y était entrée.



Laboratoire du Lieutenant-Colonel Carter, SGC, le même jour, 9h05

   Deux mois. Deux mois qu’il était général. Et à chaque briefing de SG-1, c’était la même chose, la même rengaine : Sam ne pouvait s’empêcher de penser à lui. Et inlassablement, elle se répétait le même monologue intérieur. « Peter est un homme formidable, je suis fiancée et je vais bientôt l’épouser. Je serai heureuse, j’aurai enfin tout ce dont j’ai toujours voulu : une famille. »
Et pourtant, elle doutait. Cette hésitation insupportable s’était insinuée en elle dès sa rencontre avec le nouvel « homme de sa vie ». Il était gentil, prévenant et agréable, en un mot, adorable. Mais voilà, le doute persistait et faisait pratiquement de sa vie un enfer.
Pourtant, elle ne devrait pas douter. Après toutes ces années, elle aurait dû l’oublier et passer à autre chose, construire enfin sa vie… Mais pour l’amour du ciel pourquoi était-ce aussi difficile ? Amusée, elle songea qu’elle devrait s’inquiéter d’employer (même mentalement) son registre de vocabulaire favori. C’était le signe manifeste qu’il avait fini par déteindre sur elle. Très inquiétant quand on savait que l’on pouvait difficilement faire plus idiot que lui. Et pourtant… Ca lui allait si bien !
-    Sam ? Ca va ?

Daniel passait sa tête par l’entrebâillement de la porte.
-    « Très bien Daniel, merci, répondit Sam en souriant à son ami.
-    Je m’inquiétais parce que je passais par là et je vous ai entendue parler toute seule, alors je viens prendre de vos nouvelles…
-    Non, non, ça va bien, merci, répéta t-elle en souriant, inquiète cependant à l’idée d’avoir pensé à voix haute.
-    D’accord, alors je vous laisse, sourit l’archéologue à son tour, amorçant un mouvement pour s’éloigner.
-    A plus tard Daniel !
-    C’est ça, à tout à l’heure. Au fait…, reprit-il en se retournant vers la jeune femme, l’air perplexe. Qu’est-ce qui « lui va si bien » ?
-    DANIEL !!!!
-    D’accord je m’en vais…

ACTIVATION EXTERIEURE NON PROGRAMMEE, ACTIVATION EXTERIEURE NON PROGRAMMEE !!

      - On devrait peut-être y aller non ?
      - Je crois, oui. », acquiesça t-elle en se levant

Le général O’Neill se trouvait déjà en salle d’embarquement. Il serrait la main et souriait chaleureusement à…
« Papa !! ».
   Sam se jeta littéralement dans les bras de son père.
« - Papa, je suis tellement heureuse de te revoir !
-    Moi aussi, ma chérie, moi aussi. » Il sourit.
« Bon, ben tout le monde en salle de briefing ! Sergent, faites appeler Daniel Jackson et Teal’c et dites leur de venir immédiatement. », ordonna Jack un peu maladroitement.


Salle de briefing du SGC, le même jour, 9h21

« - J’ai réussi à obtenir du Grand Conseil l’autorisation de venir moi-même sur Terre. Ca a été dur mais je suis là, commença Jacob.
-    Que se passe t-il pour que les Tok’râ se décident soudainement à reprendre contact avec nous ?, s’enquit la jeune femme.
-    Nous avons des problèmes. De gros problèmes…
-    Quel genre ? demanda t-elle en fronçant le nez.
-    Nous avons appris par un de nos espions infiltrés chez Ba’âl que ce dernier s’apprêtait à lancer une attaque de grande envergure sur le site Bêta, reprit le Tok’Râ d’une voix lasse. Il a appris la destruction du site Alpha mais ne sait pas que l’alliance est rompue. Il espère trouver de nombreux responsables Jaffas et Tok’râ… afin de leur soutirer des informations.
-    Et laissez-moi deviner, vous avez besoin de nous pour aller botter les fesses de ces serpents ?, ironisa Jack, prenant enfin la parole. Non, c’est juste parce que je garde un très mauvais souvenir de notre ami Ba’âl…
-    C’est pourquoi nous devons lui faire croire à la pérennité de l’alliance, continua Jacob sans prêter attention aux sarcasmes du général. S’il s’aperçoit qu’elle est dissoute, il n’hésitera pas à attaquer la Terre qui sera sans défense. Je pense ne pas me tromper en affirmant que vous n’avez aucun contact avec les Asgard depuis… deux mois c’est ça ?
-    Ouais, depuis qu’ils m’ont sorti d’hibernation, ils font comme si je n’existais pas. C’est vexant quand même. Ce genre de choses, ça crée des liens d’habitude…
-    Jack ! Ce n’est pas une plaisanterie !, sermonna Jacob. Nous avons réellement besoin de votre aide. Quelques rebelles Jaffas ont accepté de nous aider exceptionnellement devant le danger que représente Ba’âl. Nous aurions besoin de plusieurs équipes SG sur le terrain.
-    Mon Général, je demande l’autorisation de participer à la mission avec SG-1 ». Elle consulta du regard Daniel, puis Teal’c. Tous deux hochèrent la tête en signe d’affirmation. Etrangement silencieux d’ailleurs…
-    Accordé, Colonel. Vous partirez dans deux heures avec SG-3, 6 et 12. Désolé Jacob, mais ce sont les seules équipes que j’ai sous la main…
-    Ca ira Jack, merci. J’aimerai en informer le Grand Conseil. Je dois repartir.
-    Déjà ? Tu ne peux pas rester encore un peu ?
-    Sam, chérie, tu sais bien que non… ». Il la regarda avec un air désolé. Oui, elle comprenait.



Salle d’embarquement de la Porte des Etoiles, le même jour, 11h32

Les équipes SG étaient réunies en salle d’embarquement et les chevrons de la porte s’enclenchaient l’un après l’autre.
« Chevron trois enclenché ! »
Daniel jeta un regard à Sam. Il avait peur, mais ne laissait rien transparaître de son état d’esprit. Teal’c non plus d’ailleurs. Fidèle à son habitude, il observait la porte, le sourcil levé.
« Chevron quatre enclenché ! »
Toujours la même méthode. Le grand cercle continuait inexorablement son mouvement circulaire autour de l’anneau tandis qu’un nouveau chevron s’enclenchait.
« Chevron cinq enclenché ! »
Mais où était le général ? Il devrait être en salle de contrôle et leur souhaiter bonne chance au moins, comme à chaque fois…songea t-elle, quelque peu déçue. Et là, rien, pas un regard, pas un sourire, même pas sa simple présence pour les rassurer, pour la rassurer. Il devait sûrement être au téléphone avec le président, où faire quelque chose d’important dans ce goût là… C’est vrai, après tout, il n’avait pas que ça à faire !, se dit la jeune femme, légèrement agacée par sa propre réaction face à l’absence de son supérieur hiérarchique.
« Chevron six enclenché ! »
La porte blindée de la salle d’embarquement s’ouvrit tout à coup et laissa apparaître… Jack ???
« Et oui, c’est moi ! Contents de me voir hein ? Je me disais qu’un peu de sport ne me ferait pas de mal, après tout, il faut bien s’entretenir non ? ... Ben quoi, vous ne dites rien ? ».Toujours le mot pour rire…
« - Je suis heureux de vous voir parmi nous Général O’Neill. Combattre à vos côtés me manquait.
-    A moi aussi Teal’c.
-    Jack ? Si vous venez, qui va s’occuper de la base pendant votre absence ? demanda Daniel avec son habituel sens pratique.
-    J’ai confié le commandement à Siler, j’ai confiance en lui. De toute façon, il ne fera qu’accueillir les équipes qui rentrent. En plus j’ai l’autorisation du président alors…
-    Ah bon ! Alors je ne dis plus rien si ce n’est bon retour Jack. Comme au bon vieux temps, hein ?
-    Comme au bon vieux temps, Daniel. »
   Il observait la jeune femme debout à ses côtés. Incapable de parler, elle lui sourit. Comme d’habitude.
« Chevron sept enclenché et verrouillé ! Ouverture de la porte ! »
   Mue par l’habitude, Sam avança sur la passerelle.
«  Alors Carter, ça vous fait quoi de me revoir partir avec vous ? »
   Elle sentit sa présence dans son dos et devina son sourire.
«  Vous nous avez manqué, mon Général. Vous m’avez manqué… »
  Et sans lui laisser le temps de réfléchir, sans même prendre pleinement conscience de ce qu’elle venait de dire, elle traversa le vortex.


Site Bêta, 11h37

   Elle arriva la première de l’autre côté du passage. Les alentours de la porte étaient déserts.
   Daniel, Teal’c, Jack et les trois autres équipes SG arrivent l’un après l’autre. Immédiatement, ils se placèrent autour de la porte, leurs armes pointées vers…
« - Des arbres !! Chouette, ça aussi ça me manquait ! Quelqu’un aurait-il omis de me dire que cette planète était recouverte d’une immense et épaisse forêt ?
-    Mon Général, je suis désolée, je croyais que vous le saviez… ». Elle lui lança un regard d’excuse. Jack la fixa,  puis finit par dire en la regardant dans les yeux :
«  C’est pas grave, Carter, vous êtes toute excusée. ». Elle lui sourit, il répondit à son sourire.
 « - Sam, il faudrait peut-être y aller non ? ». Daniel sortit la jeune femme de sa rêverie. Il n’avait rien manqué de cet échange et la regardait avec un sourire narquois. Egal à lui-même.
« - Désolée, Daniel, mais un Jaffa du nom de Lok’tin devait nous attendre. Il doit nous mener au camp de base.
-    Colonel Carter, j’ai l’impression que la situation est des plus étranges. Comment se fait-il que personne ne garde la porte des étoiles ?
-    Vous avez raison, Teal’c. Ca me semble bizarre à moi aussi.
-    Excusez-moi, mais ne suis-je pas le chef ? Enfin, je veux dire que ce serait mieux si vous évitiez de faire comme si je n’existais pas…
-    Excusez-moi, mon Général. L’habitude…
-    Arrêtez un peu de vous excuser Carter. C’est devenu une manie ou quoi ??
-    Par… Oui mon Général. »
    Il avait toujours eu cette faculté de lui faire perdre tous ses moyens. Comme au bon vieux temps… , songea t-elle, un brin mélancolique.
   Soudain, un appel retentit derrière eux :
« - Mon Général, la porte est en train de s’activer ! ». Le major Harris avait les yeux fixés sur les chevrons qui s’enclenchaient un à un.
« - Mais ne restez pas là bon sang ! Déployez-vous et à couvert ! »
   Ils eurent juste le temps de se cacher derrière les arbres à proximité quand la porte s’ouvrit. Une petite armée de Jaffas en sortit.
« - Mon Dieu, ce sont les Jaffas de Ba’âl ? Daniel ?
-    Non, ce sont des rebelles, répondit-il en sortant de sa cachette »
   Les autres l’imitèrent. Les Jaffas baissèrent leurs armes en les voyant. L’un d’entre eux, le plus grand en vérité, s’approcha de Jack et lui dit :
« - Vous êtes les soldats de la Tau’ri envoyés en renfort ?
-    Oui c’est tout à fait ça. Vous êtes toujours aussi bien renseignés à ce que je vois »
   Le Jaffa le dévisagea, perplexe. Il ne devait sûrement pas comprendre l’humour … O’Neillien.
« - C’est pas grave, laissez tomber, reprit Jack. Vous devez être Lik’ta, je présume ?
-    Non, je suis Lok’tin, ancien prima d’Anubis.
-    Oui, c’est ce que je voulais dire…
-    Vous êtes l’ancien prima d’Anubis ?? demanda Daniel, apparemment surpris.
-    Oui. Mon peuple vous remercie d’avoir détruit le faux dieu.
-    De rien, de rien. On a l’habitude… répondit Jack.
-    C’est ce que j’ai cru comprendre, en effet, coupa le Jaffa. Vous êtes l’équipe SG-1 dont tout le monde parle?
-    Oui c’est nous. Voici le Colonel Carter, Daniel Jackson et Teal’c. Moi, c’est le général Jack O’Neill, avec deux ‘l’, et derrière ce sont les équipes SG-3, 6 et 12.
-    Nous sommes enchantés de faire votre connaissance, sourit Lok’tin.
-    Bien, maintenant que les présentations sont faites, vous pouvez nous conduire au camp de base ?
-    Bien sûr O’Neill. Suivez-nous. Il se situe à environ deux kilomètres au nord d’après vos unités de mesure.
-    Parfait, alors en route mauvaise troupe ! »
   Jack fit un signe derrière son épaule et tous se mirent en route, lui devant, Sam et le reste de SG-1 derrière, les autres les suivant de près.

   Ils marchaient depuis de longues minutes déjà quand le général interpella son second :
«  -Carter, venez ici..
-    Oui mon Général, qu’y a-t-il ? lui demanda t-elle, surprise et inquiète.
-    Oh, rien de spécial, Carter, ne vous inquiétez pas… Je voulais juste… discuter un peu avec vous…
-    Discuter… avec moi, mon Général ?? répondit-elle, encore plus étonnée. Mais… de quoi ?
-    Et bien, ne le prenez pas mal et n’y voyez aucune indiscrétion, mais j’aimerai savoir si votre mariage… comment dire… est en bonne voie ?
-    Pardon ?
-    Oui, je veux dire… dans les préparatifs… pour la cérémonie…
-    Oh ! Eh bien, oui mon Général, tout se passe bien. Nous avons prévu la cérémonie pour le 14 avril, Pete veut faire ça au plus vite. Je devais envoyer les invitations officielles demain mais je ne sais pas si ça sera possible avec la mission…
-    C’est pas grave, Carter, elles attendront bien un jour de plus…, sourit-il. A propos, vous comptez inviter du monde ?
-    En fait, Pete désire inviter toute ma famille ainsi que la sienne, même si je suis légèrement en froid avec certains membres de la mienne… Il a toujours aimé les grands mariages…
-    Oui, je vois. Et vous allez porter la belle robe très blanche avec la longue traîne tenue par des petites filles avec des fleurs dans les cheveux ?
-    Oui, quelque chose dans ce goût là, affirma Sam avec une grimace. Il remarqua son expression.
-    Ca na pas l’air de vous plaire on dirait ?
-    J’aurais largement préféré un mariage discret en petit comité... Là, ça fait un peu trop « grande pompe » à mon goût. Mais je ne serai pas totalement dépaysée puisque je pourrai compter sur la présence de mon père, de Daniel, de Teal’c… et de la vôtre bien entendu.
-    Oui, bien entendu… Au fait, pourquoi Jacob n’est pas avec nous ?
-    Oh, il avait une autre mission à accomplir pour le Grand Conseil. Ils avaient plus besoin de lui que nous apparemment. Mais je crois plutôt que c’est pour l’éloigner de moi…
-    Il vous manque ?
-    Oui, beaucoup…
-    O’Neill, nous arrivons ! »
   Lok’tin montrait la direction du camp de base. Pendant qu’ils se dirigeaient vers les tentes, Sam ne pouvait s’empêcher de penser que Jack avait subitement changé de sujet lorsqu’elle  avait dit pouvoir le compter parmi ses invités…



Camp de base du site Bêta, 11h52

   Le camp était très rudimentaire en apparence. Les Jaffas sur place avaient dû le construire à la hâte, ce qui ne plut pas du tout à Jack.

« - Non, mais c’est une blague ?! Comment voulez-vous que l’on puisse se défendre correctement si l’on n’a pas tout le matériel nécessaire ? C’est solide ce truc au moins ?!
-    Ce « truc » comme vous l’appelez O’Neill est tout ce que nous avons pu bâtir en l’espace de quelques jours seulement. De plus, nous avons rassemblé le plus d’armes possible malgré le nombre plus que réduit de combattants à disposition. » Lok’tin s’inclina humblement, mais on pouvait clairement discerner la lueur de colère qui brillait dans ses yeux. Cela ne suffit pas à calmer le général, passablement énervé.
-    « Plus que réduit » vous dîtes ? Et ça veut dire quoi « plus que réduit » ?
-    Avec vos équipes et les renforts envoyés par la Tok’râ, nous sommes un peu plus d’une centaine d’hommes.
-    Voyez-vous ça, une centaine d’hommes ?? Et vous trouvez que c’est suffisant pour repousser une armée, vous ?
-    En fait, cette riposte ne sert qu’à donner le change en quelque sorte, mon Général.
-    Et vous entendez quoi par « donner le change », Carter ? Seriez-vous en train de me dire que cette mission est une mission suicide ?
-    Non, pas exactement, répondit l’intéressée sans se démonter. En fait, nous devons montrer un minimum de résistance, le plus longtemps possible, puis fuir avant que nous soyons tous tués. »
   Daniel se retourna vers Sam, perplexe :
« - Mais si nous fuyons, Ba’âl saura que l’alliance est affaiblie.
-    Très juste, Sherlock. Encore un détail que je voudrais que l’on m’éclaircisse…
-    Ce que j’allais justement faire, O’Neill, continua Lok’tin. Les Tok’râ se sont arrangés pour faire croire à Ba’âl que l’évacuation du site Bêta était en cours. Ainsi, il sait qu’il ne rencontrera pas beaucoup de résistance.
-    Mais, persista Daniel, les « responsables » sont censés partir en premier lors d’une évacuation, non ? Et Ba’âl veut justement les capturer ! Pourquoi attaque t-il alors qu’il croit savoir qu’ils sont partis ??
-    Parce qu’il croit que nous pensons être hors de danger. Il a fait circuler de fausses informations parmi ses Jaffas disant qu’il partait attaquer une planète très loin d’ici. Il sait que des espions sont infiltrés parmi eux et espère ainsi les duper en leur faisant croire que cette planète ne l’intéresse pas…
-    Et donc, seuls quelques-uns de ses fidèles sont au courant, n’est-ce-pas ? interrogea Sam.
-    En effet, colonel Carter, affirma le jaffa.
-    Cette tactique m’a l’air très dangereuse, si vous voulez mon avis.
-    Teal’c a raison ! protesta Jack. Tout ça c’est de la… désinformation. Comment savoir que toutes ces suppositions sont fondées ?
-    Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir O’Neill.
-    Laissez-moi deviner… Il faut aller se battre contre eux c’est ça ?
-    Tout à fait, acquiesça Lok’tin.
-    Ben nous voilà dans de beaux draps ! »

   Jack se calma peu à peu. Cette situation ne l’enchantait guère, loin de là !


Même endroit, 17h24

   Après s’être installées, SG-3 et 6 reçurent l’ordre de faire le tour des environs. SG-1 et SG-12 ainsi que le général O’Neill restèrent au camp de base afin de faire l’inventaire des armes disponibles.  Ils s’étaient finalement réunis autour d’un feu de camp pour faire le point sur la situation. Ce fut Jack qui prit la parole.

« - Alors vous avez remarqué quelque chose de bizarre dans les environs, Harris ?
-    Négatif, mon Général. Nous n’avons rencontré que quelques Jaffas très peu bavards.
-    Je me doute. Et pour les armes, ça donne quoi Teal’c ?
-    Nous avons une centaine de longs bâtons et vingt-sept zak’nik’tel, O’Neill. Avec nos armes à projectile, je pense que nous sommes suffisamment équipés pour essuyer une attaque ennemie.
-    Bien, c’est tout ce qui me préoccupe. Daniel, du nouveau ?
-    Eh bien, comme l’a dit le major Harris, ces Jaffas ne sont pas très bavards. J’ai juste réussi à parler à un Tok’râ du nom de Talmak.
-    Oh, Talmak…
-    Une connaissance à vous, Carter ?
-    Une connaissance de Jolinar serait plus juste. Mais elle ne le côtoyait pas beaucoup. Je sais juste qu’il est très aimable.
-    C’est exact, continua Daniel. Il a volontiers répondu à mes questions. Je sais donc que Ba’âl ne viendra pas en personne, mais qu’il envoie deux Ha’taks. L’assaut est prévu demain, aux alentours de midi semblerait-il.
-    Je suppose que ce Talmak tient ces informations de Lok’tin ?, demanda Jack en fronçant les sourcils.
-    Je ne sais pas, mais sûrement. Pourquoi ?, demanda Daniel.
-    Ce Jaffa ne m’inspire pas confiance. Je me demande comment Ba’âl a réussi à trouver l’emplacement du site Bêta, pas vous ?
-    Oui, mais pourquoi lui ? Ca pourrait être n’importe qui après tout.
-    Daniel… Vous ne trouvez pas qu’il est un peu… « faux » ?
-    Je suis d’accord avec vous, mon Général, ajouta Sam. Je n’ai pas non plus confiance en lui.
-    Merci Carter, je savais que vous seriez de mon avis. En tout cas, tout ça me paraît un peu gros à avaler…
-    A moi aussi O’Neill, renchérit Teal’c. Néanmoins Lok’tin ne me paraît pas dangereux.
-    Bon, trêve de bavardages, reprit le général après quelques secondes de silence. Il faut se reposer si on veut être en forme demain. Carter et Reynolds, vous prenez le premier quart, Harper et moi le deuxième, Teal’c et Harris le troisième et enfin Woeste et Green le dernier.
-    A vos ordres ».

Sam se releva et partit s’asseoir un peu plus loin. Elle avait besoin de se retrouver seule un moment, mais c’était sans compter sur la sympathie du colonel Reynolds.
« - Un petit café, colonel ?
-    Volontiers ! », lui répondit-elle dans un sourire.
   En se retournant, elle aperçut Jack qui pénétrait dans la tente la plus proche. Involontairement, elle soupira…

Camp de base du site Bêta, Mercredi 10 mars, 6h50

   Sam ouvrit lentement les yeux et se réhabitua à la lumière. Elle chaussa ses rangers, enfila sa veste de treillis et sortit de la tente. Elle mit sa main en visière au dessus des yeux, agressés par la violente clarté du soleil. Tout autour, c’était l’effervescence : des Jaffas faisaient des allers-retours incessants, les quelques Tok’râ présents s’étaient regroupés près d’une tente et entretenaient une sorte de conciliabule secret et les équipes SG faisaient des rondes autour du camp. Seuls Daniel et Jack étaient assis auprès du feu, quasiment éteint. Sam s’approcha d’eux.

« - Alors Carter, bien dormi ? ». Un sourire s’étira sur le visage de Jack tandis qu’il se moquait gentiment de son second. Celle-ci lui sourit à son tour, puis vint s’asseoir auprès de ses amis.
« - Très bien, mon Général, merci. Bonjour Daniel.
-    Bonjour Sam. Vous m’avez l’air fatiguée en ce moment, ajouta t-il d’un air soucieux.
-    Un peu, c’est vrai, mais ça va aller.
-    Tant mieux Carter, parce que ça va être la fête d’ici peu de temps !
-    La fête, mon Général ?
-    Oui, enfin, façon de parler…
-    J’ai compris, rassurez-vous », conclut Sam d’un sourire, toujours aussi amusée par son comportement. Il avait beau être général, il gardait encore ce petit rien d’espièglerie qui faisait tout simplement qu’il était lui. Sa marque de fabrique en quelque sorte.

   Jack reprit la parole après un court moment de silence :
« - Teal’c est parti discuter rébellion avec notre ami Lok’ta, il devrait pas tarder à revenir. D’après lui, il est très sympathique, pour un Jaffa…
-    Je pense que nous devrions faire confiance à Lok’tin, rétorqua Daniel en appuyant volontairement sur le nom du Jaffa. Il s’est rebellé contre Anubis quand même.
-    Il ne s’est PAS rebellé Daniel, il n’a rejoint la cause qu’après la mort d’Anubis, ce qui fait une grande différence.
-    Peut-être, mais il a reconnu qu’il n’était pas un dieu
-    Vous l’avez entendu le dire ? Parce qu’à moi, il n’a rien dit…
-    Non, bien sûr que non, Jack. Mais s’il ne le croyait pas, il ne serait pas avec nous aujourd’hui
-    Et pourquoi pas ? Il peut être un espion après tout !
-    Non je ne crois pas
-    Moi si
-    Moi non
-    Moi si. Daniel ?
-    Jack ?
-    La ferme !
-    Vous ne changerez jamais hein ?
-    Non, jamais.
-    Alors j’abandonne… ». Daniel poussa un soupir d’exaspération et se leva pour s’éloigner, tandis que Sam se retenait de ne pas rire. Ca aussi ça lui manquait.

   Soudain, un cri retentit au loin. Les deux militaires se levèrent d’un bond, aux aguets, l’oreille tendue. Un second cri se fit entendre. Aussitôt,  tous les Jaffas se ruèrent dans les tentes réservées aux stocks d’armes et en ressortirent solidement équipés.

« - Colonel ! Qu’est-ce qui se passe ici, bon sang !?
-    Je… Je n’en sais rien, bredouilla Sam.
-    Regardez ! s’exclama Daniel, un doigt pointé vers le ciel.»

   De nombreux points à l’horizon se dirigeaient vers le camp. Ils étaient des centaines. Au fur et à mesure de leur approche rapide, leur silhouette se fit plus nette.
« Des planeurs de la mort ! »
Jack et Sam coururent vers leurs tentes respectives, suivis de près par Daniel. En quelques secondes, ils en resurgirent armés de leurs P-90.

   Sam n’avait jamais vu une telle confusion. Les Jaffas, pris de court, n’avaient pas eu le temps d’installer leurs postes de défense. Ils tiraient sur les planeurs avec leurs longs bâtons, en vain. Bientôt, les troupes ennemies débarquèrent et ce fut la panique totale. Elle entendit de loin le général ordonner le repli à la porte. Elle se mit à courir alors aussi vite qu’elle le put. Au bout de quelques mètres, elle se retourna pour voir si ses coéquipiers la suivaient. C’est alors qu’elle l’aperçut. Un Jaffa, à deux mètres d’elle, la pointait avec son arme. Elle le vit faire feu, elle sentit la douleur au niveau de son abdomen, et le temps de porter ses mains à son ventre, elle sombra dans un noir total.


Lieu inconnu, jour inconnu, heure inconnue

   Des voix. Des voix et de la lumière. De la lumière qui s’intensifiait peu à peu. Elle essayait de distinguer ce qui l’entourait. Ses paupières refusaient cependant de s’ouvrir. Elle ne percevait que des sons, en l’occurrence deux voix bien distinctes qui s’élevaient quelque part sur sa gauche. Une voix grave qu’elle connaissait parfaitement, mais une autre qu’elle ne reconnaissait pas. Son corps lui semblait si lourd ! Quand la voix grave s’éloigna, elle eut l’impression de sombrer à nouveau et son cerveau replongea dans les brumes de l’inconscient.

…………………………………………………………………………………………………...

Quand elle revint à elle pour la seconde fois, la voix n’était plus là. Lentement, elle s’assura que tous ses membres étaient en état de fonctionner après un long engourdissement. Elle fit bouger ses orteils et remua ses doigts. Parfait ! Maintenant, les yeux ! Ses paupières semblaient soudées, mais elle parvint finalement à les ouvrir. Pour les refermer aussitôt ! La lumière était tellement intense ! Qu’à cela ne tienne, elle allait réessayer. Cette fois-ci, elle parvint à les garder ouvertes, au moins assez longtemps pour distinguer où elle était. De grands murs gris, des lits alignés contre le mur d’en face, la clarté aveuglante des néons au- dessus d’elle… Pas de doute possible. Elle se trouvait à l’infirmerie du SGC. Rassurée, elle se détendit. Mais la fatigue se fit sentir aussitôt, et Sam sombra docilement dans le sommeil…

Infirmerie du SGC, Vendredi 12 mars, 10h12

« - Alors docteur, comment vont mes grands blessés aujourd’hui ?
-    Oh, Jack, ça va on a compris ! Je sais que je n’ai qu’une jambe cassée, mais ça n’est pas une raison pour vous moquer sans arrêt !
-    Eh bien, mon Général, le docteur Jackson va très bien. Sa jambe est en voie de guérison et son traumatisme crânien n’a pas eu de séquelles graves.
-    Vous êtes sûr ? Vous avez bien vérifié ?
-    Jack !!
-    Sachez Daniel que je ne fais que m’inquiéter pour vous… Je demande simplement au docteur si votre cerveau n’a pas été trop… endommagé…
-    Quant au colonel Carter, je suis très optimiste. Elle a montré des signes de réveil et celui-ci ne devrait plus tarder maintenant…
-    C’est bien ce que je pensais… », conclut Jack tout en se dirigeant vers le lit de Sam.
Elle avait ouvert les yeux depuis plusieurs minutes déjà et n’avait rien manqué de la discussion entre les trois hommes. Elle l’observa tandis qu’il s’arrêtait à quelques centimètres d’elle.

« - Alors, Carter, on fait une petite sieste ? »
Elle voulut lui répondre, mais sa gorge était désespérément sèche. Le médecin, l’ayant remarqué, s’approcha d’elle.
« - Mon Général, je dois l’ausculter maintenant.
-    Mais faites donc docteur, faites donc… ».
Il adressa un de ses plus beaux sourires à Sam, assorti d’un clin d’œil. Celle-ci, bien que surprise, lui répondit sans hésiter. C’est alors qu’il quitta la pièce après avoir salué Daniel, et Sam ressentit à nouveau cette impression de vide qu’avait insinué en elle le départ de la voix quelques heures plus tôt.

« Alors, Sam, ça va ? » demanda Daniel inquiet. Elle acquiesça de la tête. Pourtant, son bas-ventre lui faisait mal. Une terrible peur l’envahit alors soudainement.
« Ne vous inquiétez pas colonel, répondit le médecin à sa question silencieuse. Votre blessure, bien que très profonde, n’est pas très grave, et aucun organe n’a été endommagé. Un peu de repos suffira. Le général s’est inquiété pour rien en définitive, ajouta t-il en adressant un regard malicieux à Daniel ». Sam haussa les sourcils. Le général, s’inquiéter pour rien ? Elle tourna son visage vers son voisin de lit.
« Jack a eu très peur pour vous. C’est lui qui vous a ramené sur Terre après l’attaque. Il passait très souvent pour prendre de vos nouvelles. Ca fait deux jours que vous êtes inconsciente, expliqua t-il…. Il est sûrement parti prévenir Peter à l’heure qu’il est… »
Peter ! Il devait être fou d’inquiétude…
«En plus, il ne se souciait même pas de moi », ajouta Daniel dans un sourire. Elle ne savait pas pourquoi, mais savoir que Jack s’inquiétait pour elle à ce point lui réchauffa le cœur.
Mais il ferait ça pour n’importe lequel de ses hommes…, songea t-elle en soupirant, effaçant le peu de joie ressentie quelques secondes plus tôt.

……………………………………………………………………………………………...........

« Ma chérie ! »
Pete s’engouffra dans la pièce en bousculant une pauvre infirmière dont le seul tort avait été de se trouver entre lui et l’objet de son soudain enthousiasme. Sam en l’occurrence.
« - Ma chérie ! Mais qu’est-ce qui t’es arrivé ? J’étais fou d’inquiétude ! Ca fait deux jours que je n’ai pas de nouvelles et quand j’appelais, personne ne voulait me dire ce qui t’était arrivé ! Mon Dieu, mais tu es blessée ! Tu as mal ? Oh, j’ai eu si peur…
-    Ca va Pete, ne t’inquiète pas, je vais très bien, sourit-elle en levant la main pour lui caresser la joue.
-    Alors, raconte-moi ce qui s’est passé !
-    Tu sais très bien que je ne peux pas. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’on a subi une attaque Goa’uld à laquelle on ne s’attendait pas…
-    Tu veux dire ces espèces de « serpents » dont tu m’as parlé ?
-    Oui, c’est ça, acquiesça t-elle en souriant à l’expression employée par Peter qui lui rappelait étrangement le général. Mais ne t’inquiète pas, je te l’ai dit, ce n’est que superficiel.
-    Ca me rassure. Mais quand même, ils auraient pu me le dire tes collègues…
-    Ce ne sont pas des « collègues » de bureau, Peter. Et ils n’ont pas le droit de donner des renseignements internes à la base à des civils.
-    Même à ton fiancé ?
-    Même à mon fiancé ! », sourit-elle en s’approchant de lui pour lui déposer un baiser sur les lèvres.
   C’est ce moment que choisit le général O’Neill pour pénétrer dans la pièce. Aussitôt, Sam s’interrompit dans son geste et se mit à rougir violemment. Mais pourquoi était-elle aussi gênée ?! Pete, surpris, lui lança un regard interrogateur, puis se retourna dans la direction vers laquelle Sam était tournée.
« - Ah ! C’est vous le général qui m’a permis d’entrer ? Je voulais vous remercier pour ce que vous avez fait c’est très…
-    Oh, mais ne vous embêtez pas avec les remerciements, c’est normal voyons, coupa Jack. Je ne voulais pas empêcher Carter de voir son fiancé. ». Celle-ci releva brusquement la tête qu’elle avait gardée baissée depuis l’arrivée de Jack. Son fiancé ?? Il ne l’avait jamais appelé comme ça auparavant… Bon, c’est vrai qu’il ne parlait pas beaucoup de lui, mais quand il le faisait, il l’appelait par son nom de famille, quelquefois par son prénom, mais là ! Son fiancé ?
-    « Eh bien, merci quand même général… ?
-    O’Neill. Mais vous pouvez m’appeler Jack.
-    Très bien Jack, enchanté, dit-il en lui tendant la main.
-    Moi de même, sourit-il en la lui serrant.
-    Alors comme ça ma petite Sam fait des siennes ?
-    Oh, mais ce n’est pas la première fois vous savez.
-    Ah oui ? Racontez-moi tout !
-    Avec plaisir !
-    Sam, chérie, ça ne te dérange pas ?
-    Non, non, vas-y », répondit-elle d’une voix éteinte.
Pete lui déposa un baiser sur la joue puis s’éloigna en compagnie de Jack. Sam, elle, n’en revenait toujours pas. Jack qui sympathise avec Peter ? « Mais c’est le monde à l’envers ! », pensa t-elle. Lui qui avait toujours été très peu loquace dès qu’il s’agissait de son fiancé ! Là, c’était le bouquet !
Si ça se trouve, il avait juste envie de le connaître. Ils pouvaient bien être amis après tout… Mais non, bien sûr que non ! songea t-elle. Pete et lui, amis ? Impossible. Et pourtant…
En regardant les deux hommes s’éloigner, elle ne put s’empêcher ni de penser que tout ça sonnait faux, ni de remarquer que Peter faisait pâle figure à côté de l’homme qu’elle avait aimé.


Avait ?



Salle de briefing du SGC, Samedi 13 Mars, 8h05

« Bien ! Puisque tout le monde est là, on va pouvoir commencer ! », lança une voix espiègle dans le dos de Sam. Celle-ci ne put s’empêcher de sourire. Cela faisait maintenant cinq bonnes minutes que Daniel, Teal’c et elle attendaient après lui, mais il n’était résolument pas dans les habitudes de Jack O’Neill d’arriver à l’heure… Même en étant général.
Il s’assit, puis se tourna vers son second, un sourire radieux accroché au visage.
« - Tout d’abord, je voudrais savoir comment va notre colonel préféré. Alors Carter ? Ca va mieux ?
- Euh… ». Sam hésita à répondre. En jetant un coup d’œil à ses deux amis assis en face d’elle, elle constata avec soulagement qu’ils étaient tout aussi surpris qu’elle. Son « colonel préféré » ? Elle rougit légèrement puis se décida à prendre la parole devant le sourire toujours aussi large de son supérieur.
« - Oui, mon général, ça va mieux…, assura t-elle en reprenant ses propres mots.
      -     Parfait, alors on peut commencer. Daniel, je vous laisse la parole.
-    Oui, merci. » Il marqua une pause. «  Nous savons tous que le site Bêta a été attaqué le 10 mars dernier aux alentours de 7h00 par des Jaffas de Ba’âl. Or, nos sources ne prévoyaient l’attaque que bien plus tard, vers midi. Visiblement, un espion de Ba’âl était infiltré parmi nous.
-    A qui pensez-vous, Daniel Jackson ? demanda posément le jaffa.
-    En fait, certains d’entre nous pensaient à Lok’tin, poursuivit l’archéologue en jetant un regard en coin à Jack, puis à Sam. Mais en réalité, il s’agirait d’un autre Jaffa, anciennement à la solde d’Anubis également, nommé Kor’nac . La Tok’râ l’a intercepté alors qu’il tentait de rejoindre un des Ha’taks peu après la bataille. Il a tout avoué par la suite.
-    Et qu’a-t-il avoué au juste ? demanda Sam.
-    Eh bien, il a confirmé avoir rejoint les troupes de Ba’âl après la mort d’Anubis, puis s’être proposé en tant qu’espion parmi les rebelles. Il a aussi affirmé avoir tiré sur vous juste avant de fuir, Sam.
-    Donc, ce Lok’tin n’était pas un espion ? , s’étonna O’Neill.
-    Apparemment non, Jack. Du moins, nous savons qu’il n’a pas pris part aux affrontements sous les ordres de Ba’âl…, ajouta Daniel, perplexe.
-    Oui, mais peut-être qu’il est un espion quand même. Ce type me paraît louche, et à Carter aussi… ». Jack reporta son regard vers elle et remarqua qu’elle le fixait. Elle ne réagit que lorsqu’il toussota pour s’éclaircir la gorge.
-    Oui, mon Général, tout a fait, répondit précipitamment Sam, légèrement rouge.
-    Bien, continua ce dernier dans un sourire adressé à la jeune femme. Alors Daniel ?
-    Eh bien je ne sais pas, Jack. La Tok’Râ est en train d’interroger tous les rebelles présents à ce moment là. Nous verrons bien.
-    D’accord. Personne n’a rien d’autre à ajouter ? Teal’c ? Carter ? Bon, alors débriefing terminé, poursuivit-il devant leur silence. Je vous accorde une semaine de congés en raison de la blessure de Carter, mais restez en contact permanent au cas où… », conclut-il en se levant.
Sam se releva elle aussi, non sans difficulté, salua brièvement le général et sortit de la pièce d’un pas rapide.
Elle se sermonnait intérieurement de s’être encore une fois faite remarquer. Pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de se poser un tas de questions. Pourquoi paraissait-il si proche tout à coup ? De plus, son comportement était si étrange !
C’est donc avec un esprit des plus embrouillés que le colonel Carter pénétra dans son laboratoire, où elle avait de toute façon l’intention de passer une partie de ses congés.

…………………………………………………………………………………………………...

Cela faisait maintenant deux bonnes minutes que Sam s’acharnait sur son microscope. Elle ne parvenait pas à le régler correctement à cause des pensées qui se bousculaient dans sa tête et était incapable de réfléchir de manière sensée. Et cela faisait deux bonnes minutes que le général O’Neill se tenait dans l’encadrement de la porte, nonchalamment appuyé contre le mur, les yeux rivés sur elle. Elle avait senti son regard et feignit la surprise lorsque il avança d’un pas pour se faire remarquer. Sam releva brusquement la tête.
« - Oh, mon général, c’est vous !
-    Très juste, c’est moi. Vous attendiez quelqu’un d’autre ? demanda Jack dans un sourire.
-    Non, non. C’est juste que vous m’avez fait peur…
-    Mais c’était le but ! »
Il s’avança encore et s’arrêta juste devant le bureau de Sam, les mains dans les poches. Il était si près qu’elle pouvait sentir les délicieuses effluves de son parfum.
« Si c’est comme ça que tu espères te concentrer… », se morigéna t-elle.
« - Alors Carter, qu’est-ce que vous faîtes ?, reprit-il d’une voix neutre.
-    Ca vous intéresse mon Général ?
-    Mais bien sûr, voyons ! Tout ce que vous faîtes m’intéresse Carter… ajouta t-il d’un sourire séducteur.
-    Eh bien, je fais quelques analyses, rien de très compliqué, répondit Sam, quelque peu troublée par l’expression de son supérieur.
-    Vous analysez quoi ?
-    Des échantillons de naquada  trouvés sur P2X567, poursuivit-elle devant sa curiosité inhabituelle.
-    Et vous avez trouvé quelque chose ?
-    Je n’ai pas encore commencé à vrai dire…
-    Ah. Bon, ben je vais vous laisser analyser alors, conclut-il en souriant. Au fait, Carter, vous n’avez pas l’intention de passer vos congés à la base j’espère ?
-    Si, en partie. Enfin aujourd’hui tout du moins. Pourquoi ?
-    Il n’en est pas question. Rentrez chez vous. Et c’est un ordre… ajouta t-il d’une voix ferme.
-    Mais, mon Général…
-    Raaaaahhh ! Pas de mais !, la coupa t-il en levant la main.
-    D’accord. A vos ordres mon Général, sourit-elle.
-    Bien. A bientôt alors…
-    Oui, à bientôt, mon Général »
Le sourire qu’il afficha en quittant la pièce troubla Sam au plus haut point. Son regard aussi d’ailleurs. Il n’avait pas eu d’attitude comme celle-là avec elle depuis… Non, en fait, il n’avait jamais été comme ça avec elle. Ils avaient déjà été très complices, mais là, elle avait la nette impression qu’il essayait de… « me séduire… », songea Sam en soupirant. Etrangement, elle se sentait bien, malgré le trouble qui l’habitait. Bien qu’elle ne veuille l’avouer à quiconque, et même pas à elle-même, les sourires de Jack lui manquaient…


Domicile de Samantha Carter, Dimanche 14 Mars, 9h18.

Sam tournait en rond comme un lion en cage. Depuis son retour, la veille, elle avait nettoyé sa maison de fond en combles, astiqué les meubles et fait briller les petites cuillères. Mais maintenant qu’elle avait fini, elle s’ennuyait. Dieu ! qu’elle s’ennuyait ! A la base elle aurait eu quelque chose à faire au moins ! De plus, Pete ne pouvait pas venir ce week-end. Il était retenu par une « affaire importante », disait-il, et cela agaçait la jeune femme au plus haut point. Qu’y avait-il de plus important qu’elle ? Non mais !
Tout à ses réflexions, Sam se sentit un peu coupable. Elle n’avait pas le droit de penser ça. Après tout, elle était beaucoup plus absente que lui, et ça devait le faire souffrir au moins autant qu’elle, non ? Mais elle devait bien avouer que son futur mari ne lui manquait pas tant que ça…Son futur mari ? Elle jeta un œil à son annulaire gauche et y aperçut la bague qu’il lui avait offerte quelques semaines plus tôt en lui demandant de l’épouser. En y repensant, Sam sentit une boule se former dans son ventre. C’était la chose à laquelle elle s’attendait le moins. Elle avait demandé du temps pour réfléchir. Réfléchir à quoi ? A Jack, bien entendu. « Si tout avait été différent, je ne serais pas là », avait-il répondu lorsqu’elle lui avait annoncé qu’elle avait été demandée en mariage. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Cette simple phrase l’avait complètement déstabilisé et elle ne put dormir la nuit suivante. Par la suite, il s’était éloigné d’elle, mettant une distance presque insupportable entre eux. Pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de penser encore et toujours à lui, même après que Peter soit entré dans sa vie. Lui et ses sourires charmeurs uniquement adressés à elle, lui et son attitude séductrice des deux derniers jours, lui et son allure nonchalante terriblement sexy… Tout chez lui l’attirait. Cet homme respirait la virilité, il en était l’incarnation même. Inévitablement, sa pensée dériva vers son corps. Ce corps qu’elle avait si souvent rêvé de caresser, sa peau qu’elle imaginait contre la sienne, son parfum près d’elle, si près d’elle…  
« Oh, arrête un peu de rêver ma pauvre !... », se morigéna t-elle, ce qui eut pour effet instantané de faire descendre son moral à près de zéro.
La sonnerie du téléphone la tira de ses pensées. Fébrilement, elle se leva du canapé où elle ne s’était même pas rendue compte être assise et décrocha le combiné.
« -Carter.
-    Sam, chérie, c’est moi !, répondit une voix enjouée à l’autre bout du fil.
-    Ah, Pete, c’est toi ?
-    Oui, qui veux-tu que ce soit d’autre ? s’amusa t-il.
-    Personne, bien sûr, personne. Ca va ? demanda t-elle sans enthousiasme.
-    Moi oui, mais toi ? Tu m’as l’air fatiguée…
-    Oui, c’est vrai, un peu, mais ça va, mentit-elle. Elle s’efforça de répondre moins froidement, en vain.
-    Tu es sûre qu’il n’y a que ça ?
-    Oui Peter, que veux-tu qu’il y ait d’autre ?, demanda t-elle, agacée.
-    Rien, rien, ne t’énerves pas… répondit précipitamment le jeune homme. Je t’appelle pour te dire que je ne pourrais pas venir te voir avant la semaine prochaine, voire même celle d’après. Je suis vraiment désolé, mais je ne pensais pas que cette affaire me retiendrait aussi longtemps… Tu ne m’en veux pas ?
-    Non, je ne t’en veux pas, répondit machinalement Sam, bien que la nouvelle ait aggravé son humeur déjà passablement irritable.
-    Tant mieux alors ! Tu es sûre que ça va ? redemanda t-il encore, laissant percer l’inquiétude dans sa voix.
-    Mais oui, Pete, combien de fois faut-il te le répéter !!, dit-elle en élevant la voix beaucoup plus qu’elle ne l’aurait voulu.
-    Je sais que tu m’as dis que ça allait ! Ce que je veux savoir, c’est ce que tu ressens vraiment…, insista t-il.
-    Ecoute Pete, tu le fais exprès ou quoi ?
-    Mais non !, poursuivit-il en tentant de calmer sa fiancée. Mais tu es bien désagréable aujourd’hui, ma chérie, j’ai fait quelque chose de mal ?
-    ……
-    Sam ?
-    ……
-    Sam, écoute, reprit-il après quelques secondes de silence. Je ne veux pas te déranger. Je rappellerai plus tard dans la journée, quand tu seras plus disposée à me parler…
-    C’est ça, à tout à l’heure. »
Elle n’attendit même pas le « Je t’aime » de rigueur et raccrocha le téléphone sans plus de cérémonie. Cette conversation n’avait pas réussi à la calmer, juste à l’énerver un peu plus. Peter l’agaçait alors qu’il n’avait rien fait de mal, si ce n’est vouloir prendre de ses nouvelles. Elle réfléchissait à la question lorsque le téléphone sonna pour la seconde fois. Persuadée que c’était Peter, elle décrocha avec l’intention de s’excuser, même si c’était la dernière chose dont elle avait envie.
« - Ecoute, Pete, je suis désolée, je ne voulais pas être désagréable avec toi. Mais je ne suis pas vraiment dans mon assiette en ce moment », dit-elle d’une voix qu’elle voulait lasse.  C’est à ce moment qu’elle regarda le numéro qui s’affichait sur le téléphone. Ce n’était pas celui de son fiancé.
« - Alors, Carter, on cherche à se faire pardonner ?, demanda une voix amusée.
-    Mon Général ? s’étrangla t-elle. Je… je suis désolée, je croyais…
-    …Que c’était Peter, j’avais deviné, coupa t-il, toujours aussi joyeux. Et je croyais vous avoir dit d’arrêter de vous excuser à tout bout de champ, je me trompe ?
-    Non, vous avez raison, répondit-elle en souriant. Qu’est-ce qui se passe ?
-    Comment ça qu’est-ce qui se passe ? Je n’ai pas le droit de vous appeler sans raison ?
-    Si, bien sûr, bafouilla t-elle alors que les battements de son cœur accéléraient.
-    En fait si, j’ai menti, il y a une raison… continua t-il d’une voix plus grave.
-    Laquelle, mon Général ? demanda précipitamment Sam.
-    En fait, c’est assez difficile à dire… Ca me gêne d’avoir à vous dire ça mais… »
Il s’interrompit. Visiblement, ce qu’il avait à avouer (car c’était bien ce qu’il avait l’intention de faire apparemment, avouer quelque chose) était particulièrement personnel pour qu’il en soit gêné. Il faut dire que le général O’Neill était plutôt réservé… Plutôt ?? Non, complètement et définitivement « réservé », pensa Sam, voire même timide, en tout cas en ce qui concernait de près ou de loin son intimité. Tandis que Jack essayait tant bien que mal de reprendre une contenance à l’autre bout du fil, le cœur de Sam battait à tout rompre dans l’attente d’une hypothétique révélation. Il poursuivit cependant.
-    Eh bien… Je vais devoir interrompre vos congés. Felger a été trifouiller dans votre labo et il a essayé de faire fonctionner un réacteur à naquada. Il l’a malheureusement endommagé comme c’était à prévoir. Il a failli faire exploser toute la base ! Je l’ai mis de corvée de chiotte pendant un mois entier ! ajouta t-il en riant légèrement.
-    Je vais venir arranger ça alors, poursuivit-elle en se forçant à rire.
-    Très bien, je vous attends dans une heure alors, Colonel.
-    A vos ordres, mon Général. A tout à l’heure.»
Elle reposa lentement le combiné sur son socle. Puis elle se laissa tomber lourdement sur le canapé, non sans faire une grimace de douleur, à cause de sa blessure. Elle tourna légèrement la tête et regarda le téléphone encore une fois. L’espace de quelques secondes, elle avait cru que ce qu’il allait dire était tout autre. Non, en fait, elle était persuadée qu’il y avait autre chose. Elle se surprit alors à imaginer ce qu’il aurait pu lui avouer. Qu’elle lui manquait ? Peut-être, quoique très peu probable. Qu’il avait besoin d’elle ? En fait il avait réellement besoin d’elle, mais pas de la façon dont elle l’espérait. Qu’il l’aimait ? Certainement pas ! …

Elle préféra arrêter là ses hypothèses pour le moins puériles. Amusée, Sam songea qu’elle devait avoir l’attitude d’une adolescente de quinze ans tout au plus ! D’un pas plus léger, elle se dirigea vers l’escalier avec l’intention de préparer son sac. Au moins, à la base, elle ne s’ennuierait plus…


SGC, même jour, 11h47

   Sam essuya ses mains moites sur son pantalon kaki. Elle sentait que son cœur battait à un rythme bizarre, désordonné. Ses jambes, elles, tremblaient. Elle se redressa afin de pouvoir se tenir correctement debout. Puis, lentement, elle leva le poing vers la porte et frappa. Juste une fois. Pas la peine de tambouriner non plus… Elle entendit sa voix, grave mais parfaitement distincte,  résonner de l’autre côté, lui intimant l’ordre d’entrer. Ce qu’elle fit. Elle évita son regard en pénétrant dans la pièce et prit bien soin de refermer la porte derrière elle. Fermant un instant les yeux pour se donner du courage, elle se tourna finalement vers le visage souriant de son supérieur.

« - Ah ! Alors colonel ? C’est fini ces petites réparations ? demanda t-il d’une voix enjouée.
-    Oui, mon Général, affirma la jeune femme tout en se mettant au garde à vous. Ce n’était pas grand-chose en fait, il n’y avait aucun danger.
-    Repos, Carter, repos. Asseyez-vous. », lui dit-il en lui montrant le siège en face de son bureau d’un geste de la main.  Celle-ci obtempéra. « En fait, je savais que ce n’était pas grave… »
-    Pardon ?
-    Oui, poursuivit-il, quelque peu gêné. J’ai du trouver une excuse à la dernière minute pour vous faire venir… Rassurez-vous ! précisa t-il devant l’air outré de Sam, il y a une bonne raison !
-    Et qu’elle est-elle, mon Général ? demanda Sam, espérant secrètement qu’une de ses hypothèses était la bonne.
-    Eh bien… Vous me manquiez…, » chuchota t-il en s’approchant légèrement au-dessus du bureau.
Elle ne réagit pas tout de suite. L’information dut faire plusieurs fois le trajet de ses tympans jusqu’au cerveau pour qu’elle comprenne ce qu’il venait de dire. Mais ce dernier finit par interpréter le message et envoya des signaux d’alerte dans tout son corps. Elle lui manquait !!! Mon Dieu ! Elle avait mal entendu, elle avait très mal entendu, c’était la seule explication possible… Il fallait qu’il le répète, elle était sûre qu’il avait dit complètement autre chose…
« Excusez-moi, mon Général, mais… j’ai dû mal comprendre », avoua t-elle en toute sincérité. Pourtant, même avant qu’il ne lui réponde, elle savait au plus profond d’elle-même qu’elle n’avait pas rêvé.
« J’ai dit que vous me manquiez », répéta t-il, un sourire s’étalant sur son visage.
Cette fois, ses mots s’inscrivirent littéralement dans la chair de Sam, comme imprimés au fer rouge. Une sensation de bonheur intense l’envahit alors, et elle sentit un sourire fleurir sur ses lèvres contre sa volonté. Ce qu’elle lut alors dans les yeux de Jack la stupéfia. Jamais elle n’aurait cru revoir un jour cette lueur, cette chaleur dans son regard. Elle sentait la même chaleur se répandre lentement dans ses veines, et cette sensation la comblait au plus haut point. Des fourmis commencèrent à ramper sur ses jambes tandis que ses membres s’engourdissaient.
Mais, au fur et à mesure qu’elle observait Jack, elle sentit la panique la gagner, et le bonheur s’enfuir comme il était venu. Pourquoi avait-il dit cela ? Et surtout, pourquoi maintenant ? Non, en fait, seul le « pourquoi » tout court l’intéressait. Peut-être, espérait-elle du plus profond de son être, qu’il ressentait encore quelque chose pour elle après tout… Elle se décida quand même à prendre la parole, le silence durant déjà depuis plusieurs secondes.
« - Mais… Pourquoi vous me dites ça ? demanda t-elle en évitant volontairement le « mon Général » de rigueur, afin de ne pas remettre tout de suite en place l’épaisse barrière de l’armée entre eux.
-    Pourquoi ? répéta t-il, mi-amusé, mi-sérieux. Mais parce que je le pense tout simplement… »
Tout en disant cela, il leva les yeux vers un coin du plafond de la pièce situé derrière Sam. Intriguée, celle-ci suivit son regard. Une caméra. Cette vision eut pour effet désagréable de la ramener brutalement sur Terre. Jack poursuivit comme si de rien n’était, brisant totalement la magie qui avait pu naître quelques instants auparavant.
« - Bon, eh bien, colonel, vous pouvez disposer… reprit le général, son sourire s’effaçant de ses lèvres.
-    A vos ordres, mon Général. »
Elle se releva, les jambes légèrement tremblantes, et salua brièvement son supérieur d’un signe de tête, jurant mentalement contre « l’imbécile » qui avait équipé les caméras de micros. Le trajet jusqu'à la sortie parut durer une éternité. Elle finit cependant par atteindre la poignée, l’actionna et se retrouva bien vite derrière cette porte qui la séparait maintenant de lui.
…………………………………………………………………………………………………...

Elle se retrouva sans savoir comment à la porte de son laboratoire. Depuis qu’elle avait quitté le bureau, elle ne cessait de revivre mentalement la scène et les mots qu’il avait prononcés. Elle lui manquait… En plus, ce n’était pas simplement pour la forme, songea t-elle, puisqu’il avait dit qu’il le pensait. Elle revit son regard plein de sous-entendus et aussitôt, un doux frisson la parcourut des pieds à la tête. Jack avait un effet littéralement électrisant sur elle. Et ce qu’elle avait lu dans ses yeux tout à l’heure n’était pas le reflet des pensées d’un ami… C’était purement et simplement du désir. Du désir et peut-être quelque chose d’autre aussi… En y repensant, une nouvelle vague de bonheur la submergea. Elle s’assit sur le tabouret en face de son bureau, un sourire béat sur les lèvres. Si en cet instant on lui avait demandé comment elle allait, elle aurait répondu « heureuse », sans hésiter.
Pourtant, un doute subsistait dans son esprit. Comment pouvait-il encore l’aimer après tout ce qui s’était passé ? Après qu’elle ait accepté d’épouser Peter afin d’essayer de l’oublier ? Quoi ?? De l’oublier ? Mais non, voyons, si elle avait décidé de se marier avec lui, c’était tout simplement parce qu’elle l’aimait… C’était évident après tout. Tellement évident que Sam se prit la tête entre les mains, s’allongeant à moitié sur son bureau. Elle en avait assez de réfléchir. Assez d’essayer de deviner les sentiments d’un homme qu’elle n’aurait de toute façon jamais le droit d’approcher de plus près. Assez de ne se sentir vraiment heureuse que lorsqu’il la regardait ou se tenait près d’elle. Elle avait déjà passé plus de huit ans à souffrir. En vain. Jack ne lui apporterait jamais le bonheur dont elle rêvait. L’avenir, maintenant, c’était Peter…
   Daniel qui passait dans le couloir aperçut son amie affalée sur son bureau. Curieux de nature, il décida d’en savoir un peu plus. Il frappa doucement trois coups sur le battant de la porte.
« - Sam ? Est-ce que tout va bien ? » Celle-ci se redressa brusquement, légèrement apeurée. Elle se rassura lorsqu’elle le vit.
« - Oui, Daniel, très bien et vous ? » demanda t-elle, la voix faussement enjouée. Seulement, elle ne savait pas à quel point Daniel la connaissait. Elle en prit conscience à cet instant.
«- Moi, je vais bien, mais là n’est pas la question… poursuivit calmement l’archéologue.
-    Et où est elle alors ? s’amusa t-elle.
-    Je vous ai vu la tête entre les mains en passant par là, précisa t-il en montrant du pouce le couloir dans son dos. Et généralement, quand quelqu’un fait ça c’est soit qu’il réfléchit à quelque chose de très important et de suffisamment inquiétant, soit qu’il est très malheureux… Alors je me demandais… dans quel cas vous étiez… » poursuivit-il en s’asseyant sur une chaise en face de la jeune femme.
L’espace d’un instant, Sam songea à tout nier en bloc. Elle voulait affirmer ce qu’elle croyait être : heureuse. Mais l’expression qu’affichait Daniel la rassura, et elle songea qu’elle pouvait se dévoiler à lui, sans crainte. Il ne la jugerait pas. Il ne la jugeait jamais. C’était sans aucun doute le meilleur ami que n’importe qui puisse rêver d’avoir.
   Alors, elle se confia. En partie seulement. Elle omit bien sûr Jack dans son histoire, ne parlant que des doutes qu’elle éprouvait dans sa relation avec Peter. Mais le jeune homme n’était pas dupe, loin de là, et il avait compris depuis longtemps le pourquoi du mal-être de Sam. Il écouta donc patiemment les confidences de son amie, n’intervenant que pour l’encourager à continuer, lui souriant lorsqu’il voyait que c’était difficile… Lorsqu’elle eut fini, Daniel décida qu’il était temps pour lui de jouer un rôle dans cette histoire.
« - Allez le voir, dit-il simplement.
-    Pete ? répondit la jeune femme, étonnée. Mais qu’est-ce que je vais lui…
-    Non, Sam, pas Pete, l’interrompit Daniel, le regard plein de sous-entendus.
-    Mais qui alors ? demanda t-elle, alors qu’elle savait parfaitement à qui il pensait.
-    Allez-lui parler, Sam, c’est tout ce que j’ai à vous dire, conclut-il en jetant un regard par-dessus son épaule. Et c’est ce que vous avez de mieux à faire, croyez-moi. », ajouta t-il avant de tourner les talons et de sortir de la pièce.
Elle ne réagit même pas lorsqu’il quitta le laboratoire. Elle était bien trop bouleversée par ce qui venait de se passer. Daniel avait compris, tout compris. Et il n’était peut-être pas le seul, songea t-elle en pensant à Teal’c. Sa relation avec Jack était bien trop ambiguë pour que personne d’autre ne l’ait remarqué. C’était la deuxième fois en à peine une heure qu’elle vivait une émotion intense. Bien trop pour elle. Elle jeta un regard à sa montre, il était midi passé. Elle pensa un instant à aller au mess, mais le monde qui devait s’y trouver à cet instant l’en dissuada. De toute façon, elle n’avait pas vraiment faim.
Sam prit donc la direction de ses quartiers avec l’intention d’aller se reposer une heure ou deux. Même si elle savait pertinemment qu’elle ne parviendrait pas à fermer l’œil.


SGC, même jour, 15h18.

   Même pas quelques minutes ! Elle n’avait même pas réussi à dormir ne serait-ce que quelques minutes ! Tout en se redressant dans son lit, Sam ragea intérieurement contre l’homme qui occupait ses pensées et qui l’empêchait de dormir. Même en étant plus ou moins loin d’elle, il ne quittait pas le petit coin tranquille qu’il s’était fait dans la tête de Sam. « Mais pas seulement dans la tête… », songea t-elle, désabusée. Désabusée car elle s’était habituée à cette sensation enfouie au plus profond de son cœur. Quoiqu’elle fasse, elle serait toujours amoureuse de cet homme. C’est la seule chose dont elle avait pris conscience après trois heures de combat acharné avec sa conscience afin de trouver le sommeil. Il n’y avait rien à faire. Strictement rien. A moins que…
   D’un geste vif, elle sortit ses jambes du lit et se retrouva debout. Un léger vertige lui fit sentir que la fatigue était toujours présente. Qu’importe ! Elle chercha des yeux son pantalon de treillis qu’elle avait retiré avant de se coucher. Il était plié et posé sur la chaise en face d’elle. Elle s’en saisit et l’enfila rapidement. Après un rapide regard vers le miroir et une vaine tentative de coiffage de mèches rebelles, elle sortit de ses quartiers d’un pas décidé.

   Ce n’est que lorsque Sam heurta Teal’c de plein fouet au détour d’un couloir qu’elle sortit de ses pensées.
« - Colonel Carter, est-ce que ça va ? demanda le jaffa tout en aidant la jeune femme à se relever.
-    Bien, Teal’c, merci, répondit Sam en époussetant son pantalon. Je suis vraiment désolée, ajouta t-elle, je ne vous avais pas vu…
-    Je l’avais remarqué, sourit-il légèrement. Vous aviez l’air préoccupée…
-    En effet, Teal’c. En fait, je cherche le général O’Neill. Savez-vous s’il est dans son bureau en ce moment ?, demanda t-elle.
-    Il me semble qu’O’Neill se dirigeait vers ses quartiers quand je l’ai croisé il y a quelques minutes, répondit-il de sa voix neutre les mains croisées dans le dos comme à son habitude. Il y est peut-être encore…
-    Merci, Teal’c, sourit Sam. Bon, eh bien, à plus tard !, fit-elle en s’éloignant déjà.
-    A plus tard colonel Carter. », s’inclina le jaffa.
Il regarda la jeune femme marcher rapidement puis disparaître au bout du couloir. Son attitude lui semblait inhabituelle. Sans se poser plus de questions, il se dirigea vers le laboratoire de Daniel où celui-ci l’avait demandé pour une traduction « urgente », selon ses propres mots…

Elle se trouvait là, devant sa porte, hésitante et tremblante comme quelques heures plus tôt. C’était maintenant ou jamais. Elle devait avoir une discussion importante avec lui, c’était comme si sa propre vie en dépendait. « Savoir ou mourir… ». Bon d’accord, c’était un peu dramatique, mais la situation l’exigeait après tout ! Et les quartiers n’étaient pas équipés de caméras… Encore une fois, elle frappa à la porte, et encore une fois, il répondit de sa voix forte et claire. Mais cette fois, tout était différent…
Elle pénétra dans la pièce d’un pas mal assuré et referma la porte derrière elle. Heureusement, la lumière était allumée. Elle se tourna alors vers lui et son souffle se coupa brutalement. Lui, la dévisageait avec un sourire, visiblement content que ce soit elle qui ait frappé à sa porte. Surtout dans ces circonstances.
« - Ah, Carter, c’est vous ! J’ai failli vous hurler dessus, je croyais que c’était encore Walter qui venait m’embêter pour une histoire de toilettes bouchées ! », s’amusa t-il.
Voyant qu’elle ne répondait pas, il suivit son regard et constata qu’il était fixé sur son torse. D’un geste vif, il saisit son Tee-shirt et le remit rapidement.
« - Carter ? demanda t-il la voix inquiète.
-    Mon Général ? répondit-elle, braquant brusquement son regard vers son visage et rougissant légèrement tout en s’extirpant de sa rêverie.
-    Je peux faire quelque chose pour vous ? l’encouragea t-il d’un sourire.
-    Non… répondit-elle, les yeux dans le vague. Euh, je veux dire, oui, mon Général ! » se reprit-elle en sursautant.
Pendant un court instant, son esprit avait dérivé vers des pensées pas très catholiques à la vue du torse nu de Jack. Nu et terriblement attirant. Elle avait essayé de s’imaginer le contact de sa peau sous ses doigts. Une idée très dangereuse…
« - Et ?... poursuivit son supérieur, étonnamment patient devant le mutisme de son second.
-    Je… Je dois vous parler, Monsieur.
-    Parler de quoi, Carter ?
-    Eh bien, en fait, c’est… assez difficile à dire… hésita t-elle.
-    Je vois…. C’est personnel ? demanda t-il en fuyant son regard.
-    Euh… en effet, c’est personnel, répondit Sam, étonnée par sa perspicacité.
-    Je vous écoute, ajouta t-il simplement, toujours en évitant de la regarder.
-    Voilà… En réalité, je ne sais pas par où commencer…
-    Commencez toujours par vous asseoir, sourit-il.
-    Oui, euh, merci… répondit-elle en s’asseyant sur la chaise en face du lit où il était assis. Alors voilà… » Elle prit une profonde inspiration. « En fait, j’ai remarqué que votre comportement envers moi avait changé depuis quelques temps… Depuis que j’ai accepté la demande en mariage de Pete en réalité…, précisa t-elle. J’ai l’impression que… vous vous êtes… rapproché de moi », continua la jeune femme en essayant d’accrocher le regard de Jack, en vain.
Celui-ci restait assis sur le lit et fixait obstinément un point sur sa gauche. Après quelques secondes de silence, la jeune femme se décida à reprendre la parole.
« J’aimerais savoir quelque chose, Monsieur… dit-elle simplement. J’aimerais que vous me disiez…ce que vous pensez… »
Jack releva la tête et la fixa intensément. Sam avait l’impression d’être transpercée par son regard. Il lui sembla qu’il tentait de lire en elle à travers ses yeux.
« - A propos de quoi au juste ? demanda t-il après un bref instant de réflexion.
-    A propos de moi… et de nous… » ajouta t-elle en baissant la tête.
Cette fois, Jack se leva et se plaça juste devant elle. Elle releva la tête, curieuse de savoir ce qu’il allait faire. Son cœur lui semblait au bord de l’implosion. Et plus encore lorsqu’il s’accroupit devant elle en la regardant dans les yeux.
« - A propos de vous… Vous le savez, inutile de s’épancher sur le sujet, dit-il calmement et, selon Sam, le plus sincèrement du monde… A propos de nous… la réponse est simple et indiscutable : il n’y a pas et il n’y aura jamais de nous. Compris ? » ajouta t-il froidement.
Elle était abasourdie. Il l’observait, mais son regard était différent, inexpressif. Elle ne comprit pas. Quelques secondes plus tôt, il avouait quasiment qu’il avait des sentiments pour elle (enfin le croyait-elle tout du moins), et l’instants d’après, il la rembarrait sans plus de cérémonie ! Elle sentit la colère monter malgré elle. Il la séduisait ouvertement et l’envoyait sur les roses quand ça lui chantait ! Mais un espoir demeurait dans son cœur : peut-être avait-il dit cela pour dissimuler sa souffrance ?...
« -Vous avez choisi, j’accepte votre choix, poursuivit-il en se relevant. C’est tout ce que j’ai à dire. Vous pouvez disposer…
-    Attendez une minute, l’interrompit Sam. Vous vous fichez de moi, mon Général ? s’écria t-elle presque. Vous croyez que vous pouvez vous amuser avec moi comme ça ?
-    M’amuser ? Carter ? s’exclama t-il, légèrement surpris de sa répartie. Mais de quoi est-ce que vous parlez ? Vous divaguez ! »
Elle sentit confusément les larmes lui monter aux yeux. Malgré la colère, malgré l’indignation, ce qu’elle ressentait par-dessus tout était de la tristesse. Un profonde et déchirante tristesse. Il lui sembla que son cœur s’était tout simplement arrêté de battre. Elle s’était trompée sur toute la ligne à son sujet. C’était la seule explication possible. Elle voulut lui répondre, mais dès qu’elle ouvrit la bouche pour parler, ce fut lui qui prit la parole sur un ton méprisant, méconnaissable pour elle.
«  - Colonel, je vous rappelle que vous vous adressez à un supérieur direct ! Alors faites très attention à ce que vous dites…
-    Ce sont des menaces ?, demanda t-elle la voix déformée par la rage.
-    Exactement ! Quelle perspicacité, bravo ! ironisa t-il. Maintenant rompez, colonel. Allez donc passer le reste de vos congés auprès de votre cher fiancé… Il vous reste encore des invitations à envoyer je crois ? conclut-il méchamment tout en lui indiquant la porte d’un mouvement du bras.
-    A vos ordres, mon Général », répondit Sam dans un salut militaire parfait.

Puis elle sortit de la pièce. Elle courut presque jusqu’à ses propres quartiers et s’effondra sur son lit en pleurant. Comment avait-elle pu être aussi naïve ? Comment avait elle pu croire un seul instant que cet homme l’aimait ? Il voulait sûrement parler d’un sentiment d’amitié, et pas d’autre chose ! « Mais quelle idiote ! », ragea t-elle dans son oreiller. Elle avait tout gâché. Plus rien ne serait comme avant maintenant. Un profond sentiment de culpabilité l’envahit alors. Elle avait complètement oublié Peter. Elle se releva brusquement, le visage toujours inondé de larmes, prit son sac qu’elle n’avait pas encore déballé et sortit de ses quartiers en courant vers l’ascenseur. Elle se fichait complètement des regards ahuris que lui jetaient les autres soldats en la voyant ainsi. Lorsque les portes de l’ascenseur se refermèrent sur elle, elle s’effondra une fois de plus…
Daniel la vit alors qu’elle courait dans le couloir. Il l’appela plusieurs fois, mais elle ne l’entendit pas. Il la vit disparaître dans l’ascenseur. Elle paraissait totalement bouleversée. L’archéologue décida de tirer les choses au clair. Devinant que ça avait un rapport avec Jack, il prit la direction de ses quartiers et ne frappa même pas avant d’entrer. Sa ferme intention de lui faire la morale s’écroula comme un château de cartes lorsqu’il entra dans la chambre sens dessus dessous et le vit assis sur son lit, la tête entre les mains…



Domicile du Colonel Carter, Mardi 16 Mars, 6h01

   Sam ouvrit brusquement les yeux. Elle tourna la tête vers son réveil : même en congés, elle se réveillait toujours à une heure très matinale. Elle se pencha vers l’autre côté et aperçut une forme bizarre recroquevillée sous les couvertures. Elle émit un léger grognement lorsque Sam posa la main sur sa tête. Prenant conscience que son fiancé dormait encore, la jeune femme se remit complètement sur le dos et referma les yeux. Les images de son rêve lui revinrent en tête. Ou plutôt de son cauchemar… Toujours le même. La froideur de son regard, la méchanceté de ses paroles… Tout était gravé en elle, mais elle ne s’étonnait plus du tout de cette si vive réaction. Elle s’était lourdement trompée sur son compte. C’était un homme amer et irascible que rien ni personne ne pourrait changer. C’était la conclusion à laquelle elle était parvenue après plusieurs heures passées à pleurer de désespoir à cause de lui.
   Daniel l’avait appelée le dimanche soir. Il avait tenté de comprendre, mais Sam lui avait répondu qu’il n’y avait rien à expliquer, que c’était comme ça et que rien n’y changerait. Il paraissait profondément touché par sa tristesse et avait aussitôt proposé de passer la voir, mais elle ne voulait voir personne. Personne, sauf Peter. Il était arrivé la veille, tard dans l’après-midi et avait conclu que le mal-être de Sam résultait de leur longue séparation. Il entreprit alors de la consoler. Après un dîner au restaurant et un film au cinéma, ils étaient rentrés. Sam avait passé la nuit à essayer d’oublier Jack dans les bras de son amant. Peter était doux et attentionné, il était tout ce qu’une femme rêvait de voir chez un homme. C’était l’époux idéal…
   Réalisant quelle ne pourrait plus trouver le sommeil, elle se leva et descendit au rez-de-chaussée, sans avoir oublié de déposer un baiser sur le front de son fiancé.


…………………………………………………………………………………………………...

« Bonjour ma chérie ! »
Pete déboula dans la cuisine, visiblement de très bonne humeur. Il embrassa Sam dans le cou, tandis que celle-ci ne put s’empêcher de réfréner un léger frisson de dégoût. Elle se le reprocha immédiatement. Après tout, elle avait passé la nuit avec lui ! Elle accrocha un sourire à ses lèvres et se força presque à l’embrasser. Sa propre attitude l’étonnait, la répugnait, même. Elle ne se sentait pas tout à fait honnête envers Peter, et cela la rongeait intérieurement. Elle prit alors la ferme décision de faire tout ce qui était en son pouvoir afin de le rendre heureux, simplement parce qu’il le méritait.

Après un solide petit déjeuner, les jeunes fiancés étaient partis en ville, histoire de faire quelques courses et remplir le frigo pour ces courtes vacances, qui s’avéraient finalement être une aubaine pour Sam. Pendant les trois jours qui suivirent, elle ne fit que se consacrer entièrement à lui, à répondre à ses moindres désirs, à être enfin la femme qu’il rêvait d’avoir. Ils sortaient souvent, pour aller au restaurant ou au cinéma, faisaient de longues ballades ensemble et se retrouvaient le soir dans le même lit à partager leurs nuits. Ils parlaient souvent du mariage, et Pete semblait tellement enthousiasmé que la jeune femme se surprit à imaginer que pour elle aussi, ce serait finalement le plus beau jour de sa vie. Elle voulait tellement ressembler à une femme normale, enfin avoir une famille, un mari et des enfants. Oui, des enfants. C’était à présent la chose qu’elle désirait le plus au monde. Et il était plus que temps… songeait-elle parfois.

   Mais le samedi, tout bascula…

«-  J’ai une surprise pour toi, lui susurra t-il à l’oreille.
-    Ca tombe bien, répondit-elle en souriant, j’adore les surprises… »
   Il la guidait en la tenant par la taille. Depuis quelques minutes, elle avait les yeux bandés et essayait tant bien que mal d’avancer dans la direction imposée par son fiancé. Ils étaient dans une rue de Colorado Springs dont Sam ignorait le nom, étant donné que Peter n’avait pas souhaité le lui divulguer. A ses dires, c’était très important. Alors elle jouait le jeu, heureuse de cette complicité qui existait entre eux. Soudain, il s’arrêta.
« - C’est là ! cria t-il presque en lui ôtant brusquement le bandeau des yeux.
-    Mais Pete, à quoi est-ce que tu… » commença t-elle en riant.
Elle s’interrompit en regardant ce qui s’étalait maintenant devant ses yeux. Une maison. Magnifique. De type colonial. La maison de ses rêves. Peter se plaça derrière elle et enroula ses bras autour de sa taille.
« Je l’ai acheté… pour nous… lui dit-il doucement à l’oreille. Pour nous et nos enfants… »
Elle essaya de dire quelque chose. Dire qu’elle la trouvait magnifique, que c’était la maison dont elle avait toujours rêvé, qu’elle était en ce moment la femme la plus heureuse du monde, qu’elle l’aimait…
Mais aucun son ne sortit de sa bouche. Ses jambes lui semblaient paralysées et ses pieds scotchés au sol. Elle sentit une étrange impression l’envahir. Une sensation de vide. Tout devenait soudain trop réel. Bizarre ça, se sentir vide à cause de quelque chose de trop réel… Désespérément réel. Elle se sentait désemparée. Comme une brebis égarée en plein désert. La panique la saisit et Sam eut l’impression de redevenir une petite fille, déboussolée. Son monde si parfait s’écroulait autour d’elle, tout partait en lambeaux. Elle avait tout prévu, tout calculé, tout préparé, mais ce qu’elle ressentait en cet instant, elle ne s’y attendait vraiment pas. C’était comme si son cœur gelait littéralement dans sa poitrine, comme si une main de fer venait de l’empoigner. Elle sentit Peter se raidir dans son dos. Il attendait une réaction.
« - Sam ? demanda t-il, inquiet. Ca ne va pas ?
-    Je… C’est….
-    Si elle ne te plaît pas, on peut trouver autre chose, dit-il pour la rassurer. Le notaire va penser que je me moque de lui, mais ça ne fait rien tu sais, ajouta t-il dans un sourire.
-    Non, ce n’est pas… Pete, tu aurait dû m’en parler, finit-elle par dire un peu froidement.
-    Mais, chérie, balbutia t-il. C’était une surprise !
-    Quelle surprise, en effet ! répliqua t-elle ironiquement.
-    Je croyais que ça te ferait plaisir… fit-il en grimaçant.
-    Je suis ravie ! »
Sa voix se brisa sur la dernière syllabe. Elle sentit les larmes affluer à ses yeux, et ne prit même pas la peine de retenir les premières, qui coulaient maintenant le long de ses joues. Peter la retourna dans ses bras et la mit face à lui. Incrédule, il esquissa un mouvement pour les essuyer, mais elle détourna la tête. Une idée absurde lui vint en tête. Et si elle s’enfuyait ? Loin, très loin d’ici. Loin de lui surtout. Elle plongea son regard embué dans le sien et y lit de la peur, de l’étonnement aussi. Elle ne s’en formalisa pas et le contourna pour s’éloigner.
« Sam ! » Il tenta de la prendre par le bras. Mais celle-ci s’éloignait déjà à grands pas…
« SAM ! Attends ! S’il te plaît ! » Il se mit à courir derrière la jeune femme. Mais elle aussi se mit à courir en l’entendant se rapprocher. Le bruit de ses pas s’arrêta très vite. Lorsque elle se retourna au bout de quelques minutes, il n’était plus dans son champ de vision. Il avait sûrement dû s’arrêter, découragé par son attitude, et avait dû faire demi-tour. Elle ne s’arrêta pas pour autant et continua sa course effrénée. Elle ne savait pas où elle allait. Tout ce qui comptait, c’était de s’éloigner de cette ville, le plus loin possible de cette vie dans laquelle elle se sentait dangereusement oppressée, emprisonnée. Les larmes coulaient maintenant à flots et son visage était inondé de larmes. Les passants la regardaient d’un air intrigué, mais elle ne s’en soucia pas le moins du monde. Elle se sentait impuissante et avait l’impression que tout contrôle lui échappait. Tout ce qui comptait à présent, c’était de courir, de fuir.

La nuit tombait sur Colorado Springs.


Colorado Springs, Samedi 20 Mars, 21h00

Sam s’était finalement arrêtée de courir. La pluie tombait depuis plusieurs minutes déjà, et l’eau ruisselant sur ses joues avait peu à peu effacé les larmes qui y coulaient. En passant devant chez elle, elle avait réalisé que Peter l’y attendait et qu’elle n’avait aucune envie d’y retourner pour le moment.
C’est en traversant sa rue qu’elle l’avait remarqué. Il y avait de la lumière à l’intérieur. Cela la surprit plus que le fait que ses pas l’avaient menée indirectement dans sa rue. Il ne devrait pas être chez lui en principe, mais à la base.
Elle s’était arrêtée devant chez lui et observait maintenant la porte d’entrée, avec une envie lancinante de franchir la distance qui la séparait de lui et de l’ouvrir. Elle était déjà venue chez lui, et elle mourrait d’envie depuis d’y revenir. Pourtant, elle continua à fixer la porte, complètement perdue dans ses pensées.

Jack venait d’allumer la télé et avait l’intention de passer son samedi soir à regarder le match de hockey. De la détente, voilà ce qu’il lui fallait ! Surtout après ce qui s’était passé avec Carter… Jamais il n’aurait cru qu’elle viendrait lui parler. Et pourtant…
La pluie tombait en faisant un bruit d’enfer.
« Sale temps ! ». Tout à fait à l’image de son état d’esprit…
C’est lorsqu’il passa devant la fenêtre de son salon qu’il l’aperçut au dehors. Elle était là, sous la pluie battante, et fixait sa porte d’entrée. Surpris, il ne réalisa pas tout de suite, mais il revêtit finalement un manteau épais, puis sortit de la maison pour la rejoindre. Elle ne réalisa ce qui était en train de se passer que lorsque il la prit par les épaules en criant son nom pour la faire réagir.

…………………………………………………………………………………………………...

Il n’avait rien dit de plus et elle lui en était reconnaissante. Maintenant assise sur le canapé de son salon, trempée jusqu’aux os, Sam se sentait mieux. En sécurité.

« - Tenez, Carter, dit-il simplement en lui tendant une couverture.
-    Merci.
-    Je vais aller vous préparer une bonne tasse de café bouillant, ajouta t-il en s’éloignant.
-    Merci. », répéta t-elle, l’air absent.
Elle s’emmitoufla dans la couette et huma son odeur. L’odeur de Jack. Il lui avait donné sa couverture.
Mais maintenant, il allait falloir tout expliquer. Elle n’avait pas le droit de venir chez lui sans raison. Cette perspective lui fit peur, et elle songea un instant à repartir pendant qu’il était à la cuisine. Mais non. Elle était peut-être lâche, mais pas à ce point là. De toute façon, elle pourrait toujours lui mentir.
« Voilà. Buvez ça, vous vous sentirez mieux. » Elle se saisit de la tasse brûlante qu’il lui tendait tandis qu’il éteignait la télévision et s’asseyait en face d’elle, sur le fauteuil. Il croisa ses mains sur ses genoux et commença à la dévisager.
« Vous voulez en parler ? », demanda t-il doucement.
A ces mots, Sam repensa à ce qu’elle avait fait subir à Peter et une profonde culpabilité la saisit. Les larmes recommençaient à affluer, mais elle se retint de pleurer. Pas devant lui. Malheureusement, il n’était pas du tout dupe.
Sans hésiter, il se leva et vint s’asseoir à côté d’elle. Il la prit par l’épaule et la força à appuyer sa tête sur lui. Elle fondit en larmes. Il prit la tasse des mains de la jeune femme et la posa sur la table basse.
Cela dura pendant plusieurs minutes. Elle pleurait au creux de son épaule. L’épaule d’un ami. Toute sa peine refaisait surface et elle avait littéralement envie de hurler. Lorsqu’elle se calma, il l’éloigna un peu de lui et la regarda dans les yeux. Il y lut une profonde détresse qui lui brisa le cœur. Du pouce, il essuya les dernières larmes de Sam et lui sourit. Elle y répondit d’un faible, mais encourageant sourire. Il la regarda encore quelques secondes, puis lui posa la question qui lui brûlait les lèvres.
« - Alors ? Vous voulez bien me dire pourquoi vous preniez une douche en plein air devant chez moi ? demanda t-il en souriant.
-    C’est à dire que…, répondit-elle après un instant de silence, je… j’ai fait une bêtise… »
Elle avait la moue d’une enfant prise en faute, et Jack s’en amusa tout autant qu’il s’en attendrit.
« - Une bêtise ? répéta t-il. Quel genre de bêtise ?
-    J’ai… Je me suis enfuie.
-    Enfuie ?
-    Oui. Peter a acheté une maison, et quand il me l’a montré, je me suis enfuie. », avoua t-elle.
Elle avait décidé de ne pas lui mentir. A quoi bon après tout, puisqu’il lisait en elle comme dans un livre ouvert…
Jack, lui, était abasourdi. Il pensait qu’elle filait le parfait amour avec son « Pete ». En fait, non, songea t-il, « sinon, elle ne serait pas venue me parler ». A ce souvenir, il se sentit coupable d’avoir ainsi rabroué Sam. Elle ne le méritait pas. Ce qu’il avait devant les yeux, c’était une jeune femme complètement perdue.
« - Vous avez eu peur ? demanda t-il avec douceur.
-    En quelque sorte, oui, répondit-elle. Tout ça va trop vite…
-    Tout ça quoi ? poursuivit Jack, profitant du fait qu’elle se confiait ainsi à lui pour poursuivre la conversation.
-    Le mariage, entre autres… Ma relation avec lui, en fait.
-    Vous l’aimez ? »
Etonné d’avoir lui-même posé cette question, il se figea aussitôt. Il voulut lui dire qu’elle n’était pas obligée d’y répondre, mais il était bien trop curieux de connaître la réponse qu’il s’en empêcha.
Sam le fixa. Incapable de répondre à sa question, elle tenta de faire passer tout ce qu’elle ressentait par son regard. Tout l’amour qu’elle éprouvait pour lui.
Il avait compris le message. Il se passa la main dans les cheveux et gratta sa nuque. Jack O’Neill semblait embarrassé. Très embarrassé…
Elle ne put détacher son regard de cette main. Elle éprouva tout à coup une folle envie d’y joindre la sienne et de caresser elle aussi sa peau. Plus qu’une envie, un besoin. Et visiblement, elle n’était pas la seule à ressentir ce besoin.
Comme deux aimants, ils se rapprochèrent involontairement et Jack fit glisser sa main sur la joue de Sam. Elle ferma les yeux et, totalement inconsciente de ce qu’elle était en train de faire, elle abolit la distance qui séparait leurs lèvres.
Magique. C’est ce qu’elle pensa lorsque Jack l’embrassa. Son cœur faisait des bonds gigantesques dans sa poitrine, et elle voulut approfondir le baiser. Mais Jack se recula précipitamment, l’air horrifié. Sam, elle, grelottait de froid.
« Je suis vraiment désolé, Carter, pardonnez-moi… », balbutia t-il en s’éloignant encore.
Il fixa encore une fois ses yeux afin de sonder ses pensées. Tout ce qu’il put y lire, c’était une profonde déception. Et cela le troubla profondément.
« - Je vais aller vous chercher de quoi vous changer, ajouta t-il. Après, je vous ramènerais chez vous…
-    Non ! s’exclama t-elle en l’interrompant, reprenant soudain conscience de l’endroit où elle était et de ce qu’elle venait de faire. Non, s’il vous plaît, supplia t-elle, plus doucement, je ne veux pas, pas maintenant…
-    Bon, eh bien… reprit-il d’une voix mal assurée, tentant vainement de reprendre contenance. Je peux vous proposer mon lit, je dormirai sur le canapé…
-    Non… », répéta t-elle d’une voix que Jack ne lui connaissait pas.
Ce faisant, elle se leva et s’approcha de lui, la couverture tombant à ses pieds. Le sang de Jack se glaça dans ses veines. Pour bouillir l’instant d’après. Elle était trop près. Beaucoup trop près. Il pouvait voir les larmes encore accrochées à ses cils. Lorsqu’elle se pencha pour un second baiser, il se maudit de se laisser ainsi faire. Il saisit ses bras et voulut l’écarter de lui, mais elle résista. De plus, le regard qu’elle lui lança lui ôta toute envie de se battre contre son envie de la sentir tout contre lui. Alors, il l’embrassa de nouveau. Encore une fois, elle voulut approfondir le baiser, et il y répondit. Elle tremblait, mais elle ignorait si c’était de froid ou de désir. A cet instant, chaque parcelle de son corps l’appelait à lui et elle n’avait plus qu’une envie : sentir la peau de Jack contre la sienne. Finalement, elle opta pour le désir et se laissa complètement aller à l’appel de ses sens. Le contact des mains de Jack sur son corps l’électrisa, et elle passa les siennes sous son Tee-shirt. Ils avaient maintenant perdu tout contrôle. Il semblait que leurs deux corps s’appelaient désespérément. S’abandonnant à la chaleur qui envahissait leurs membres, ils se laissèrent tomber sur le canapé…

Domicile du Général O’Neill, Dimanche 21 Mars, 10h17

Sam émergea doucement du sommeil. Le soleil lui agressa les yeux, et elle enfouit sa tête dans son oreiller. Oreiller ?? Mais il n’y avait pas d’oreiller dans le… Sam se redressa. Elle n’était plus dans le canapé, mais dans un lit. Son lit apparemment. Elle pouvait sentir son odeur sur les draps. En jetant un regard circulaire autour d’elle, elle constata que l’ameublement était des plus simples. Une armoire, une commode, une table de nuit, un lit. Ce lit même dans lequel elle était allongée, nue. Ses affaires étaient posées sur la commode, soigneusement pliées. Jack n’était pas à ses côtés. Un vague sentiment de culpabilité l’envahit. Elle avait passée la nuit avec lui et avait complètement oublié Peter. Son propre comportement la surprit. Jamais elle n’aurait pensé être un jour infidèle. Mais voilà, elle n’avait pas vraiment réfléchi aux conséquences de ses actes. Et quels actes ! songea t-elle en souriant. Elle enfouit sa tête dans les draps et respira profondément l’odeur de l’homme qu’elle aimait imprégnée dans le tissu. Parce qu’elle avait les idées claires maintenant. Il n’y avait que lui. Il n’y avait toujours eu que lui, en fait. Personne d’autre. Son cœur se gonfla et pour la première fois depuis quelques jours, elle se sentit vraiment heureuse. Comblée. Qu’importe ce qui pourrait arriver maintenant, elle venait de goûter au vrai bonheur et une chose était sûre, c’était qu’elle ne pourrait plus s’en passer une seule seconde.
Mais un doute s’immisça en elle. Et lui ? Qu’en pensait-il ? Peut-être avait-il été déçu… Impossible, se dit-elle en secouant la tête. Elle se sentit rougir. Jack était un amant formidable. Jamais elle n’avait été aimée comme ça, jamais…
Pleine de certitudes sur l’état d’esprit de Jack. Elle repoussa les draps. Se dirigeant vers la commode, elle jeta un regard au miroir en passant devant la garde-robe. Elle était belle. Tout simplement belle. Et rayonnante ! songea t-elle en se moquant du sourire niais qui flottait sur ses lèvres. Qu’importe ! Elle entreprit de s’habiller, puis sortit sur le palier. Il n’y avait aucun bruit dans la maison. Légèrement inquiète, elle descendit quelques marches d’escalier et le vit. Il était dans le canapé, la tête entre les mains. La tasse de café de la veille était toujours posée sur la table basse. Très peu confiante sur ce qui allait suivre, elle avança finalement jusqu’au milieu du salon. Il ne semblait pas l’avoir entendue, perdu dans ses pensées.
« Jack ? » appela t-elle d’une voix douce.
Elle le regretta aussitôt. Son visage affichait une mine fermée, inexpressive. Sa mine des mauvais jours…
« Carter… », dit-il en soupirant.
Il l’avait appelée par son nom de famille. Mauvais signe, songea t-elle. Il poursuivit.
« Ecoutez… Ce qui s’est passé était une erreur… », annonça t-il sans aucun préambule.
Sam sentit ses jambes faiblir. Sa réaction était tout le contraire de ce qu’elle attendait. La sensation de joie ressentie quelques instants plus tôt s’évanouit instantanément.
« - Je… J’ai appelé chez vous. Votre fiancé ne devrait pas tarder à arriver, dit-il simplement.
-    Quoi ? s’étonna t-elle. Vous avez fait… quoi ?? demanda t-elle en élevant la voix, revenant naturellement au vouvoiement.
-    Ecoutez, répéta t-il en levant la main. Jamais ce qui s’est produit n’aurait dû arriver, et vous le savez tout autant que moi. J’ai profité de votre faiblesse et je m’en excuse, dit-il piteusement.
-    De ma faiblesse ? Mais… je… C’est moi qui ait prit l’initiative, non ? »
Sam était abasourdie. A ses mots, Jack se releva et s’approcha d’elle.
« - Nous avons transgressé la loi, Carter, je vous le rappelle, dit-il simplement, haussant légèrement le ton.
-    Mais, je croyais…
-    Eh bien vous croyiez mal, la coupa t-il. Je n’étais pas dans mon état normal.
-    Pas dans votre état normal ? s’étrangla Sam. Merci, mais je l’avais remarqué !
-    Colonel ! rugit-il. Je vous interdis de me parler sur ce ton ! »
Ses yeux lançaient littéralement des éclairs. Sam, elle, était maintenant plus en rage qu’autre chose. Comment osait-il ? Le bruit d’une voiture qui s’arrêtait devant la maison se fit entendre.
« - Colonel, reprit-il, rien de ce qui s’est passé ici cette nuit ne doit sortir de cette maison, c’est compris ?
-    Désolée, mais je ne peux pas l’oublier si facilement, rétorqua t-elle.
-    Eh bien vous vous y efforcerez quand même, s’exclama t-il. Nous avons juste couché ensemble dans un moment d’égarement. Point final. Fin de l’histoire. », conclut-il sur un ton qui se voulait méprisant.
Elle était sciée. Comment pouvait-il se montrer si tendre et à la fois si cruel? Quelqu’un frappa à la porte. Jack lui jeta un dernier regard, puis alla ouvrir la porte, tandis que Sam essayait tant bien que mal de rassembler les morceaux de son cœur brisé.

…………………………………………………………………………………………………...

Il n’avait fait aucun commentaire en la voyant. Jack lui avait dit qu’elle était arrivée chez lui le matin même pour ne pas éveiller ses soupçons. Ils s’étaient simplement serrés la main, puis Sam était repartie avec lui sans un regard pour l’homme avec qui elle avait passé la nuit. Mais elle savait que Peter avait deviné ce qui s’était passé, du moins en partie. La preuve était qu’il ne lui avait pas demandé où elle était avant d’arriver chez Jack. Et aussi qu’il roulait beaucoup trop vite dans les rues de Colorado Springs.
Sam, elle, avait la tête baissée. Elle était à la fois outrée par l’attitude de Jack et complètement bouleversée. Elle ne pleurait pourtant pas, estimant l’avoir assez fait ces dernières heures pour être à court de larmes. Le visage de Peter était fermé et il était concentré sur la route. Il le semblait tout du moins. Lorsqu’il s’arrêta devant la maison de Sam, il jeta un regard en coin à la jeune femme avant de sortir de la voiture, en faire le tour et lui ouvrir la portière. Il lui tendit le bras pour l’aider à sortir. Elle accepta son aide et se retrouva bientôt assise dans le canapé du salon, une tasse de café à la main. Cette scène lui rappelait étrangement celle qui s’était déroulée la veille, et pourtant, tout était différent. La donne avait complètement changé. Elle devait maintenant assumer les conséquences de ses actes, effrayée à l’idée de devoir tout lui raconter. Il se plaça devant elle, debout, et essaya de capter son regard. Mais, elle, fuyait désespérément le sien.
« Alors ? » demanda t-il simplement. Sa voix était légèrement empreinte de colère.
« Alors ? » répéta t-il moins calmement devant le mutisme de Sam. Celle-ci leva finalement les yeux vers lui, et la tristesse qu’il y lut le radoucit quelque peu. Il s’assit à côté d’elle, mais elle eut un mouvement de recul lorsqu’il essaya de lui prendre la main. Surpris, il reprit la parole.
« Sam… Tu veux bien me dire ce qui s’est passé ? » demanda t-il simplement.
Il avait tout deviné, Sam s’en doutait. Il ne lui restait plus qu’à jouer cartes sur table à présent. Elle soupira intérieurement, puis se décida enfin à prendre la parole.
« - Pete, commença t-elle… Je ne crois pas que la maison soit une bonne idée…
-    Ca, je l’avais compris, dit-il doucement. Ce que je voudrais savoir, c’est où tu étais cette nuit…
-    Chez le Général O’Neill, répondit Sam, la tête basse.
-    Et ?... poursuivit-il, redoutant pourtant plus que tout au monde la réponse.
-    Et… hésita t-elle. Je… suis désolée… », finit-elle par dire.
Pas besoin d’en dire plus. Tout avait été dit. Peter s’enfouit la tête entre les mains, puis lui demanda sans la regarder.
« - Ca fait combien de temps que ça dure ?
-    Que… Quoi ? Non, Peter, ça n’est pas ce que tu crois, répondit-elle étonnée.
-    Ah oui ? Pourtant, tu viens de m’avouer que tu avais passé la nuit avec lui, dit-il en redressant la tête, excédé.
-    Oui, mais… C’était un accident, avoua t-elle en relevant la tête.
-    Un accident ? s’énerva t-il. Tu veux me faire croire que tu as couché avec ce type par accident ?
-    Exactement, répondit-elle, la voix brisée.
-    Alors c’est fini ? » demanda t-il après quelques secondes de silence.
Sam le regarda cette fois dans les yeux. Elle était incapable de répondre à sa question. Tout était encore bien trop confus dans sa tête pour pouvoir penser clairement. Peter se leva et enfila son manteau.
« Ecoute, Sam… Je peux comprendre que notre histoire va un peu trop vite pour toi, mais ce que je n’admets pas, c’est que tu te réfugies dans les bras du premier venu…, dit-il calmement. Je vais te laisser réfléchir un peu… Sam, je t’aime, chuchota t-il en s’accroupissant devant elle, mais je crois qu’on doit respirer un peu tous les deux. Je pars pour quelques jours, n’essaye pas de me joindre. », conclut-il en se relevant.
Il s’éloigna en direction de la porte, laissant la jeune femme là où elle était. Lorsqu’elle l’entendit actionner la poignée, elle se retourna vivement. Il la regardait
« Je ne sais pas si j’arriverai à te pardonner un jour, Sam. Mais j’essaierai… »
Puis il referma la porte derrière lui. Elle entendit le moteur de sa voiture vrombir, puis s’éloigner, jusqu’à ne plus rien entendre. Encore une fois, Sam eut l’impression que tout s’écroulait autour d’elle. Le lendemain, elle devait reprendre le travail, mais rien au monde ne lui parut plus difficile en cet instant que la perspective de retourner au SGC.


SGC, Lundi 21 Mars, 8h00.

L’ascenseur était vide. Sam s’en réjouit et l’emprunta afin de se rendre au niveau de la salle de briefing, non sans être passée par l’infirmerie et avoir eu confirmation qu’elle pourrait reprendre du service. Elle était revenue à la base dès la veille au soir, ne supportant plus de rester seule chez elle. Elle n’avait cependant presque pas dormi de la nuit, agitée de cauchemars retraçant les évènements du week-end. Mais elle avait tout de même prit une résolution concernant son avenir. Elle s’interrompit dans ses réflexions lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrirent. Elle pria intérieurement pour que ce ne soit pas lui. Heureusement, la tête, puis le corps de Daniel apparurent dans son champ de vision, les bras chargés de dossiers.
« - Ah ! Sam ! dit-il joyeusement. Alors, ces vacances ?
-    Ca a été, Daniel, répondit-elle en se forçant à sourire. Et vous ?
-    J’en ai profité pour finir la traduction de P2M-665, répondit-il tout en ajustant ses lunettes sur son nez, signe pour lui d’un enthousiasme débordant. C’est très intéressant, j’avais d’ailleurs l’intention d’en parler au briefing justement…
-    Ca a l’air intéressant en effet... », sourit-elle, sincèrement cette fois. Revoir son ami lui fit plus de bien qu’elle ne l’aurait imaginé. Celui-ci l’observait, debout à ses côtés.
« - Vous êtes sûre que ça va ? demanda t-il. Vous m’avez l’air…
-    Fatiguée, Daniel, le coupa t-elle. Je suis simplement fatiguée.
-    Ah bon ? Pourtant vous sortez d’une semaine de congés… », remarqua t-il, perspicace.

Elle s’apprêtait à répliquer, mais les portes s’ouvrirent au niveau 27, aubaine dont profita Daniel pour échapper à une éventuelle remarque de Sam. Elle le suivit, et ils se retrouvèrent bientôt en salle de briefing. Teal’c était déjà là, assis dans son fauteuil, les main croisées sur son ventre, ainsi que…
« - Mon Général, salua Sam dans un salut militaire parfait, tandis que son cœur cessait de battre.
-    Repos Carter, répondit-il après l’avoir salué à son tour en la regardant à peine.
-    Bonjour, colonel Carter, salua Teal’c de son habituelle voix posée.
-    Bonjour Teal’c.
-    Jack ? On est en retard ? demanda Daniel.
-    Non, pourquoi ?
-    Parce que d’habitude vous arrivez après nous, alors je me demandais…
-    Oui, bon, Daniel, on a compris, le coupa Jack d’une voix lasse. Je n’ai pas le droit d’être à l’heure de temps en temps ?
-    Si, si, bien sûr, répondit Daniel tout en s’asseyant sur son siège.
-    Bien ! Alors, il paraît que vous avez quelque chose à nous montrer ? dit-il en soupirant.
-    En effet ! Comme vous le savez, j’ai fini la traduction de P2M-665, et ce que j’y ai découvert est véritablement stupéfiant ! En fait, le peuple disparu possédait des caractéristiques très intéressantes… »
Sam décrocha au bout de quelques secondes. D’habitude, pourtant, rien que l’enthousiasme de Daniel pour une découverte scientifique parvenait à capter toute son attention, mais là, elle était plutôt dirigée vers l’homme qui se trouvait à l’autre bout de la table. Mais elle ne le regardait pas pour autant, Elle focalisait juste ses pensées sur cet être pour qui elle éprouvait à la fois une profonde répulsion et un attrait presque incontrôlable. Elle ne cessait de se repasser le film des récents évènements, tout en étant consciente qu’elle se faisait du mal plus qu’autre chose. Et bien qu’en y mettant toute la volonté du monde, elle savait qu’elle ne parviendrait jamais à oublier cette nuit-là. Elle entendit à peine Jack annoncer le lieu de leur prochaine mission et se contenta de prendre d’un air absent le dossier que Teal’c lui tendait. Lorsque Daniel eut finit de présenter les caractéristiques de la planète à visiter, elle émergea de sa quasi-léthargie et annonça une nouvelle qui surprit tout le monde.

« - Mon Général, je souhaite ne pas participer à cette mission, dit-elle simplement.
-    Pardon ? demanda celui-ci. Et en quel honneur ? ajouta t-il un peu froidement.
-    Parce que je souhaite vous remettre ma démission, répondit-elle en sortant une lettre de sa poche.
-    Votre démission ? s’étonna Daniel, plus rapide que Jack. Mais pourquoi ?
-    Pour des raisons personnelles, répondit la jeune femme en jetant un regard glacial à son supérieur.
-    Refusé, colonel, dit simplement Jack. Vous n’avez pas à faire part d’une telle nouvelle en plein briefing. Vous participerez à cette mission, c’est un ordre.
-    Mon Général, avec tout le respect que je vous dois, rétorqua Sam sans s’étonner du ton de Jack, j’ai déjà fait part de ma décision au Pentagone, et ils estiment que ma mutation là-bas serait très utile, en tout cas, ils ne s’y opposent pas.
-    Eh bien, je trouve que vous allez vite en besogne ! s’exclama Jack. Vous étiez censée m’en informer, colonel !
-    Mais c’est ce que je suis en train de faire, mon Général, répliqua t-elle.
-    De plus, votre vie personnelle n’a pas à interférer dans votre travail, à ce que je sache, remarqua Jack, sans relever l’ironie de la jeune femme.
-    Les motifs de ma mutation ne vous regardent pas, mon Général, répondit-elle. Enfin, ils ne vous regardent plus…
-    Colonel ! fulmina Jack. Je vous rappelle que vous vous adressez à un supérieur, alors je serais vous, j’éviterais ce genre de ton avec moi! »
A ces mots, Sam ferma les yeux une seconde. Finalement, elle le salua brièvement, et sans attendre son accord, elle sortit de la pièce sans se retourner.
Daniel la suivit des yeux, puis se tourna vers Jack, incrédule. Ce qui venait de se produire ne leur ressemblait pas du tout. Il interrogea son ami du regard, mais l’expression qu’il affichait le dissuada de faire la moindre remarque. De tout façon, ça avait sûrement un rapport avec leur discussion, puisque Sam en était ressortie en larmes. Mais lorsqu’il avait été voir Jack, celui-ci avait tout nié en bloc, malgré l’évidence.
Teal’c, lui, haussa le sourcil, signe d’une grande perplexité. Jack quitta finalement la pièce, et on entendit la porte de son bureau claquer bruyamment.

…………………………………………………………………………………………………...

Elle n’en revenait toujours pas. Elle ne l’avait jamais vu aussi… odieux, il n’y avait pas d’autre mot, et encore moins avec elle. Mais à la réflexion, elle se dit qu’elle aurait dû prévoir cette réaction. En réalité, celle-ci n’aurait pas dû l’étonner : après huit ans passés à travailler à ses côtés, elle avait pu avoir un aperçu de ses sautes d’humeur. Mais jamais elle n’aurait pensé que Jack puisse être un homme à ce point détestable. Car elle le détestait en cet instant. Pire, elle le haïssait. Elle n’avait qu’une envie, lui coller son poing dans la figure et sentir les os de son nez craquer sous ses doigts. Bon d’accord, c’était peut-être un peu… violent… Mais c’était tout ce qu’il méritait.
Sam s’était directement dirigée vers ses quartiers. Elle entassait à présent ses affaires dans un grand sac. Il ne lui avait pas fallu plus de deux secondes pour prendre la décision de partir tout de suite. Tout ce qui lui importait, c’était d’être le plus loin possible de cet homme. De toute façon, il devait sûrement être en train de téléphoner au Pentagone pour avoir confirmation de sa mutation. Elle les avait appelé la veille et avait longuement discuté avec le responsable du département de recherche du programme « Porte des Etoiles », qui avait alors fait tout son possible pour obtenir la mutation de la jeune femme au plus vite. Et ça s’était fait très rapidement. Quelques « haut placés » devaient penser qu’elle serait plus utile en tant que scientifique à temps complet plutôt que soldat, du fait de sa condition féminine. Mais pour une fois, cela ne la dérangeait pas le moins du monde. Elle allait déménager et tout faire pour que Peter lui pardonne. Après tout, ce n’était qu’une lamentable « erreur de parcours »… C’était sa dernière chance d’être heureuse, et elle n’allait sûrement pas la laisser passer. Mais apparemment, Daniel n’était pas du tout de cet avis.
« - Je peux savoir ce qui se passe ? lui demanda t-il gentiment, appuyé sur le chambranle de la porte.
-    Pardon ? s’étonna Sam en faisant volte-face.
-    Non, parce que là, j’ai pas tout compris… dit-il simplement en fixant le sol.
-    Il n’y a rien à comprendre, Daniel, répondit la jeune femme, comprenant où il voulait en venir.
-    Dois-je en conclure que votre discussion s’est mal passée ?
-    En effet, répondit-elle simplement. Disons qu’il n’a pas été très… coopératif, avoua t-elle, en omettant cependant de faire allusion aux évènements des deux derniers jours.
-    Je suis désolé, confia t-il.
-    Ce n’est pas de votre faute, Daniel, le rassura t-elle tout en recommençant à enfourner des vêtements dans son sac. Je n’aurais pas dû aller lui parler, ce fut une grossière erreur…
-    Justement, c’est moi qui vous l’avais conseillé, poursuivit-il sur un ton d’excuse.
-    Peu importe maintenant…
-    Alors vous allez nous quitter ? demanda t-il, la voix empreinte d’une légère tristesse.
-    Oui, répondit-elle simplement.
-    Vous ne voulez pas réfléchir un peu avant de prendre votre décision ?
-    Ma décision est déjà prise, Daniel, et j’y ai déjà beaucoup réfléchi, souffla t-elle. Je suis vraiment désolée, s’excusa t-elle en se redressant pour regarder son ami.
-    Pourquoi ? Enfin je veux dire, pourquoi maintenant ? l’interrogea t-il.
-    Tout simplement parce qu’il est temps que je consacre plus de temps à ma vie privée. Je vais fonder une famille, et je préfère le faire loin de tout ça, confia t-elle, une nuance de regret dans la voix.
-    Je comprends, dit-il en hochant la tête. Mais ça ne sera plus pareil sans vous… ajouta t-il après un moment de silence.
-    Je sais… »
Comme pour s’excuser encore une fois, Sam s’avança vers l’archéologue et le serra dans ses bras. Il répondit docilement à l’étreinte de son amie.
« - Vous allez nous manquer, chuchota t-il à son oreille.
-Vous aussi… », répondit-elle, la voix légèrement cassée par l’émotion.
C’est ce moment que choisit Teal’c pour se joindre à eux. Sam relâcha Daniel et prit le jaffa dans ses bras. Surpris, ce dernier se laissa pourtant faire, comprenant que c’était très important pour la jeune femme. Elle le libéra à son tour puis, saisissant son sac d’une main, elle sortit de la pièce. Elle avança de quelques pas dans le couloir, puis se retourna. Ils étaient là, tous les deux, graves et tristes.
«  Au revoir ! », leur dit-elle en faisant un signe de la main. Tous deux lui répondirent en souriant, et cela lui mit du baume au cœur. Elle fit alors volte-face en se dirigeant pour la dernière fois vers l’ascenseur qui la ramena à la surface. Elle ne lui avait même pas dit au revoir…


Washington DC, Jeudi 7 Avril, 15h27

« -Nous sommes donc bien d’accord, mademoiselle Carter, demanda la responsable d’agence dans un sourire.
-    Absolument d’accord ! acquiesça t-elle en souriant. Cet appartement est une vraie merveille !
-    C’est vrai, je dois l’avouer. Il vient juste d’être libéré, vous avez beaucoup de chance ! »
Sam ne réagit pas. De la chance ? Pas dans tous les domaines en tout cas, songea t-elle, désabusée. Elle se contenta donc de sourire à la jeune femme en face d’elle.
« - On se revoit à l’agence dans deux jours pour signer le bail alors ? demanda cette dernière.
-    Pas de problème, répondit Sam.
-    Alors, à samedi ! Bonne fin de journée ! fit-elle en tendant la main.
-    Oui, merci, à vous aussi ! », sourit Sam tout en serrant la main qu’elle lui tendait.
Elle sortit de l’agence immobilière. Les rues de la capitale étaient bondées en ce jour d’avril particulièrement ensoleillé. Partant vers sa droite, elle prit la direction de son hôtel, où elle résidait depuis plus de deux semaines maintenant, en attendant de trouver un logement. L’appartement qu’elle venait d’acquérir était gigantesque, avec un balcon immense qui donnait sur la ville entière. Le panorama était exceptionnel. Seul inconvénient : il se situait au trente-et-unième étage de l’immeuble. Mais la femme de l’agence lui avait confirmé que les ascenseurs ne tombaient en panne que très rarement, ce qui, selon Sam, était à moitié rassurant…
Son nouveau travail la passionnait. Bien sûr, pas autant que lorsqu’elle traversait la porte des étoiles, mais elle avait enfin l’occasion de faire des recherches plus poussées. De plus, c’était elle qui dirigeait son équipe, et on lui donnait pratiquement carte blanche. Ce qui lui manquait plus que tout, c’étaient ses amis. Elle n’avait pas revu Daniel et Teal’c depuis son départ, mais ces derniers l’appelaient tous les deux jours environ pour avoir de ses nouvelles. Elle leur manquait énormément elle aussi. Daniel l’avait appelée la veille au soir pour se plaindre encore une fois du comportement exécrable de Jack, qui avait décidément beaucoup changé en deux semaines. Il tyrannisait tout le monde à la base, et même ce pauvre Daniel se sentait martyrisé. Le seul envers qui il n’avait pas encore osé s’en prendre était bien sûr Teal’c, bien que cela ne tarderait pas selon les dires de l’archéologue…
Jack… Malgré toute la colère et la tristesse qu’elle avait pu ressentir, elle ne pouvait s’empêcher de penser à lui. Et plus encore à la nuit qu’ils avaient passée ensemble… Pete avait repris contact avec elle. Il désirait la revoir et tout reprendre à zéro. Mais Sam avait refusé de le faire souffrir à nouveau et avait préféré annuler le mariage, lui souhaitant bonne chance pour la suite. Le mariage… Sam sentit une boule se former au creux de son ventre lorsqu’elle y resongea. Il aurait eu lieu dans une semaine si elle n’avait pas tout gâché. Malgré tout, elle se disait qu’en l’empêchant, elle avait peut-être évité de faire la plus grosse erreur de sa vie, après celle qu’elle avait faite avec Jack. Et c’est ainsi que Peter était sorti de sa vie…
Elle ouvrit la porte de sa chambre et remarqua aussitôt que son répondeur clignotait. Elle ôta son manteau, posa son sac et se dirigea vers l’appareil en question. Décrochant le combiné, elle appuya sur le bouton correspondant au voyant rouge clignotant.
« Vous avez un nouveau message… BIP.. Ah Sam ! C’est moi, Daniel !, fit la voix précipitée du jeune homme. Vous n’êtes pas là ?... Euh, apparemment non. Bon écoutez, il faut que vous me rappeliez tout de suite dès réception de ce message, je répète, rappelez-moi immédiatement, c’est très important, mais je ne peux pas vous en parler sur un répondeur… C’est à propos de Jack… Merci. ».
Sam fronça les sourcils. Ca devait en effet être très important pour que Daniel soit si impatient de lui parler directement. Et c’était à propos de Jack… Sentant l’inquiétude la gagner, elle composa rapidement le numéro de son ami et patienta pendant que la sonnerie monotone se faisait entendre… Une fois… Deux fois… Trois fois…
« - Oui ? demanda une voix à l’autre bout du fil.
-    Daniel, c’est moi, Sam.
-    Ah ! c’est vous, enfin ! Je me demandais…
-    Daniel, ne tournez pas autour du pot s’il vous plaît ! le coupa t-elle. Qu’est-ce qui se passe avec Jack ?
-    Euh… hésita t-il, visiblement surpris qu’elle l’appelle par son prénom. En fait, il est parti…
-    Parti ? s’étonna Sam. Mais comment ça parti ?
-    Ben oui, parti, fit la voix du jeune homme, ennuyé. Il a dit qu’il démissionnait…
-    Quoi ?? s’écria t-elle presque.
-    Oui, poursuivit la voix, moins distincte sûrement parce qu’il avait dû éloigner le combiné de son oreille. Il a dit qu’il partait pêcher.
-    Comme ça ?
-    Ben oui, comme ça. On discutait d’un problème de mission, et puis il s’est énervé, et il est parti…
-    Mais… fit Sam, éberluée. Il ne peut pas !
-    Et si apparemment… Le général Hammond a été dépêché d’urgence pour assurer l’intérim, mais il faut à tout prix aller le chercher… Et personne n’ose…
-    Et alors Daniel ? demanda la jeune femme, redoutant ce qu’il allait lui demander de faire.
-    Et alors… On espérait…
-    Il n’en est pas question ! l’interrompit-elle, déterminée
-    Sam… supplia t-il presque. S’il vous plaît…
-    Vous savez très bien qu’il ne m’écouterait pas…
-    Cette fois, si, j’en suis sûr, affirma Daniel.
-    Et comment pouvez-vous en être persuadé à ce point ?
-    Parce que je lui ai parlé, dit-il simplement. Vous savez… hésita t-il, il est très malheureux depuis votre départ.
-    C’est bien dommage…, répondit-elle, sarcastique.
-    Sam ! Je sais ce qui s’est passé…
-    Pardon ? s’étrangla t-elle.
-    Ecoutez, reprit-il, je sais qu’il a été odieux avec vous, mais je sais aussi qu’il le regrette profondément, croyez-moi.
-    Et vous voulez me faire croire que c’est lui qui vous a dit tout ça ? s’énerva t-elle.
-    Exactement ! Je sais que ça peut paraître étonnant, mais c’est la vérité, assura t-il.
-    …
-    Sam ? Vous devez y aller. S’il vous plaît.
-    Eh bien, soupira t-elle, je pense que c’est une très mauvaise idée… Mais j’irai, finit-elle par dire.
-    Merci Sam ! répondit l’archéologue. Je sais que ça va être dur, mais je vous souhaite bonne chance…
-    Vu votre enthousiasme, je vais en avoir besoin…, ironisa t-elle. Saluez le général Hammond de ma part, s’il vous plaît.
-    Ce sera fait, assura la voix plus sereine de Daniel. Bon eh bien… A très bientôt, alors !
-    Oui, c’est ça, au revoir… »
Elle reposa lentement le combiné sur son socle.
Puis se laissa tomber sur le lit tout proche, les bras en croix. C’était une très mauvaise idée.
Elle allait devoir l’affronter, et même avec toute la volonté du monde, elle savait que ce serait l’une des plus difficiles épreuves de sa vie.


Minnesota, Vendredi 8 avril, 7h56


Elle était partie juste après le coup de fil à Daniel. Ayant aussitôt préparé ses bagages, elle avait réglé sa note d’hôtel, sauté dans le premier taxi puis dans le premier avion à destination du Minnesota. Ce serait déjà assez difficile comme ça, inutile de repousser l’échéance !
Arrivée à bon port, il lui avait fallu louer une voiture, étant donné qu’aucun bus ou taxi ne se rendait dans les régions reculées de l’état. Elle avait roulé toute la nuit, ne s’arrêtant que vers trois heures pour se reposer un peu. La route, ou plutôt le chemin sur lequel elle roulait traversait maintenant une épaisse forêt. Et effectivement, l’endroit où était situé le chalet de Jack était ce qu’on appelait plus communément un « trou perdu ». Quelque peu désorientée, elle avait tout de même fini par trouver un panneau indiquant la direction du lac auprès duquel devait se trouver le fameux chalet, dans lequel il l’avait par ailleurs si souvent « menacé » de l’emmener. Sentant une bouffée d’angoisse monter en elle, elle crispa ses mains sur le volant, tentant vainement de se calmer. Car l’homme à qui elle s’apprêtait à rendre une petite visite l’attirait autant qu’il la repoussait.
Réfléchissant au meilleur discours qu’elle pourrait lui tenir, elle songea à la façon dont elle allait prendre la parole. « Bonjour, mon Général » ? Trop militaire, s’il avait dit qu’il démissionnait, ce n’était pas pour qu’on lui renvoie son grade en pleine figure à la première occasion ! « Salut Jack ! » ? Beaucoup trop familier, il n’apprécierait sûrement pas… « Alors, ça mord ? » ? Complètement idiot ! Non, ce qu’il fallait, c’était trouver la meilleure formule, pour qu’elle attire son attention mais sans le brusquer. « Bonjour », alors. Oui, tout simplement « Bonjour », sans rien d’autre. Suffisamment simple pour le surprendre et débarrassé de tout autre mot pour qu’il se mette en confiance.
Le chemin devint peu à peu plus praticable. Elle parvenait aux abords du lac et put distinguer la surface miroitante au loin. Le soleil venait de se lever et le panorama était tout simplement magnifique. Le chalet de dressait un peu plus à l’est, solitaire et entouré d’une épaisse forêt. Un sourire involontaire naquit sur ses lèvres. Elle allait enfin découvrir cet endroit. Malheureusement pas dans les conditions espérées, mais c’était déjà ça…

Elle se gara à cent mètres de la maison. Inutile d’attirer trop son attention pour l’instant. Elle se devait d’arriver discrètement afin de ne pas troubler le calme qui régnait tout autour. En sortant de la voiture, Sam inspira à fond et se détendit. L’air était pur et elle pouvait percevoir la fraîcheur de la rosée du matin. Refermant doucement la porte, elle prit la direction qu’imposait une petite allée de cailloux, visiblement aménagée par Jack car étant tout sauf droite.
Le chalet était bien sûr entièrement en bois et respirait la tranquillité de l’extérieur. Tout comme lui, songea t-elle. Avançant encore de quelques mètres et parvenant à l’angle de la maison, elle l’aperçut, sa haute silhouette assise dans un transat installé sur le ponton. Il ne tenait pas de canne à pêche, accessoirement remplacée par une canette de bière. Quelque peu étonnée qu’on puisse boire à une heure aussi matinale, elle ne se découragea pas pour autant et fit les quelques pas qui la séparaient encore de lui, restant cependant à une distance respectable. Elle allait juste faire remarquer sa présence lorsqu’il fit retentir sa voix froide, lui glaçant le sang.
« Qui que vous soyez, foutez-moi le camp, j’veux voir personne ! »
Elle n’avait pas été aussi discrète qu’elle l’espérait apparemment. Le joli discours qu’elle avait l’intention de lui tenir s’envola aussitôt, et le mode militaire reprit le dessus.
« C’est ce qu’on m’a dit, mon Général, dit-elle calmement. Mais je me suis permise de venir visiter par moi-même les beautés naturelles du Minnesota… »
Il fit aussitôt volte-face. Son visage afficha une certaine incrédulité, tandis que Sam ne pouvait se départir de son sourire. Jack paraissait complètement déboussolé et malgré elle, cela l’amusa beaucoup, effaçant l’appréhension qu’elle ressentait quelques instants auparavant. Rien que la vue de son visage avait réussi à la calmer.
La surprise de la voir ici passée, sa réponse ne se fit pas attendre.
« - Je ne suis plus général, Carter, dit-il froidement.
-    Permettez-moi d’en douter, mon Général, poursuivit-elle.
-    On vous a envoyée me chercher c’est ça ? demanda t-il en lui tournant le dos, un éclat de colère dans sa voix. Eh bien vous pouvez repartir alors, ça ne m’intéresse pas.
-    Peut-être, mais la base a besoin de vous.
-    Ouais, ben c’est bien dommage ! », ironisa t-il en buvant une gorgée de bière.
C’était très mal parti. Se réprimandant intérieurement, elle se rapprocha encore un peu de lui.
« - Ecoutez, reprit-elle, vous ne pouvez pas partir comme ça…
-    Vous l’avez bien fait vous, la coupa t-il, sarcastique. Et sans me demander mon avis en plus ! Alors pourquoi moi, j’en aurais pas le droit, hein ?
-    C’est différent, répondit-elle calmement.
-    Non, c’est exactement pareil, et vous le savez très bien ! cria t-il en se relevant, face à elle et pointant son index dans sa direction.
-    Vous avez bu, dit-elle simplement après un moment de silence.
-    Et alors ? » Il se rapprocha et Sam sentit une légère appréhension la gagner. « De toute façon, ça m’a rien fait, je ne sais même plus boire correctement ! » Ses yeux lançaient des éclairs.
-    Vous devez rentrer, continua t-elle, la voix tremblante.
-    Pourquoi ? demanda t-il en écartant les bras. Plus rien ne me retient là-bas… »
Il avait dit ces derniers mots d’une voix plus douce. Visiblement, il les regretta aussitôt, se mordant la lèvre, ce qui rendit à la jeune femme un peu de son assurance. Il avait l’air un peu plus disposé à parler.
« - Bien sûr que si…, poursuivit-elle. Il y a Daniel, Teal’c et tous les autres… Ils ont besoin de vous… Le monde a besoin de vous, conclut-elle en inclinant la tête.
-    Tout comme il a besoin de vous Carter, répondit-il méchamment. Pourtant, ça ne vous a pas empêché de vous enfuir vous aussi ! »
Elle allait répondre sur le même ton, mais s’en dissuada aussitôt. Il avait raison. Elle avait fui. Ou plus exactement, elle l’avait fui… Et il en avait l’air pleinement conscient. Baissant la tête, elle reprit la parole.
« - Là n’est pas la question… souffla t-elle.
-    Mais justement, dit-il en se rapprochant encore, faisant monter un peu plus le taux d’adrénaline de la jeune femme. Vous êtes partie sans demander votre reste, comme ça, du jour au lendemain, continua t-il en claquant les doigts.
-    J’avais mes raisons…
-    Qui vous dit que je n’en ai pas ? demanda t-il calmement.
-    Je… hésita t-elle, prise de court. Ce ne sont pas de bonnes raisons…
-    Parce que vous les connaissez peut-être ?
-    Je crois… C’est à cause de moi, n’est-ce-pas ? » hasarda t-elle.
Le visage de Jack se rembrunit. Il se passa une main dans les cheveux et détourna les yeux. C’était bien à cause d’elle. Tout du moins en partie. Etrangement, cela la rassura. Daniel avait peut-être raison en disant qu’il regrettait. Décidée à en avoir le cœur net, elle poursuivit.
« - Alors ? demanda t-elle doucement. C’est à cause de moi ?
-    En partie, grogna t-il.
-    Dans ce cas, je suis désolée…
-    Ca n’est pas votre faute, Carter, l’interrompit-il. C’est à cause de moi. J’ai tout gâché, avoua t-il… Entre nous, je veux dire, précisa t-il devant le regard interrogateur de Sam.
-    A quel moment ? demanda Sam, à la fois curieuse et encouragée par ces révélations.
-    Depuis le début, dit-il en baissant la tête. Je… J’ai essayé de vous séduire, avoua t-il, penaud.
-    Oui, dit simplement la jeune femme en souriant. Et d’ailleurs, je voulais vous remercier pour ça… »
Son sourire s’élargit devant l’incompréhension totale qu’il affichait.
« - Pardon ?
-    Merci… De m’avoir ouvert les yeux, ajouta t-elle finalement.
-    Sur quoi ? demanda t-il, incrédule.
-    Sur moi… et sur vous aussi… »
Sam se délectait littéralement de cette conversation qui s’était complètement écartée de son but premier. Jack s’attendait visiblement à des remontrances et elle, elle le remerciait ! Comprenant son étonnement, elle lui adressa un sourire rassurant. Encore une fois, il porta sa main à sa nuque en baissant la tête.
« Je vous demande pardon, Carter, dit-il simplement. Pour tout ce que j’ai fait… »
Le cœur de Sam se gonfla. Il était adorable, et malgré tout ce qu’il lui avait fait, malgré toute la souffrance qu’elle avait pu ressentir à cause de lui, elle l’aimait toujours. Et encore plus qu’avant… Sans se départir de son sourire, elle se rapprocha encore de lui, ce qui eut pour effet de lui faire brusquement relever la tête. Il avait l’air de comprendre enfin qu’elle ne lui en voulait plus. Bien au contraire…
« - Vous… Vous n’êtes pas en colère contre moi ?
-    Je ne le suis plus, répondit Sam, amusée par la question quelque peu enfantine de Jack.
-    Plus, ça veut dire que vous l’avez été ?
-    En effet, sourit Sam. Je crois que vous l’aviez compris…
-    Oui, fit Jack en souriant enfin. Encore une fois, je suis désolé, vraiment…
-    J’ai compris le message. », dit-elle en baissant la tête.
Ils restèrent un moment comme ça, l’un en face de l’autre en chiens de faïence, sans rien dire. Les mots n’avaient plus d’importance. Ils venaient implicitement de s’avouer leur amour mutuel. Forte de cette certitude, Sam s’approcha de Jack encore un peu et releva la tête, pleinement consciente du danger que cela représentait. Mais qu’importe. A présent, tout ce qu’elle voulait, c’était se blottir contre cet homme qu’elle aimait de tout son être et oublier tout le reste. Lentement, elle continua son mouvement, ne s’arrêtant qu’à quelques centimètres de son visage. Hésitante, elle plongea son regard dans celui de Jack et y lut sa complète approbation. Alors, elle combla l’espace qui séparait encore leurs lèvres et se serra contre lui comme si sa vie en dépendait, comme si chaque particule de son être n’attendait que ce contact. Sentant ses bras se resserrer autour d’elle, elle eut la certitude que tout ce qu’il restait à faire désormais, c’était se consacrer entièrement à cette nouvelle vie qui s’offrait à elle, à corps perdu…

FIN