Auteur : Juju
E-Mail : justine_767@msn.com
Résumé : Sam est pleine de certitudes quant à son avenir. Mais le destin va en décider autrement…
Genre : Romance Sam/Jack, Aventure (un peu)
Spoilers : Saison 7, Saison 8 (en grande partie)
Disclaimer
: Les personnages et les lieux sont la propriété de la
MGM et de SHOWTIME. Je ne suis pas payée pour avoir
écrit cette fanfiction, c’était juste pour le
plaisir (just for the fun !).
Dédicace
: Un gros gros merci à Hito pour m’avoir si gentiment
aidé. Un conseil : lisez ses fics ! (si ce n’est pas
déjà fait…)
A corps perdu…
Salle de briefing du SGC, Mardi 9 Mars, 8h57
Non !!!...
Non…, elle ne devait pas penser à ça…
Non,
elle ne devait pas penser à LUI ! Lui, là, assis au bout
de la table, cet homme qu’elle connaissait maintenant par
cœur. Elle ne savait pas pourquoi, mais à chaque
débriefing, c’était désormais une habitude :
elle ne pouvait s’empêcher de l’observer, de
remarquer ses petites mimiques, de capter chacun de ses
sourires… Tout ce qui lui manquait en mission.
C’était plus fort qu’elle. Et à chaque fois,
elle éprouvait une sensation de bien-être
indéfinissable. Sensation qui disparaissait lorsqu’il
posait finalement un regard inquisiteur sur elle, devinant qu’il
était observé. Alors, elle se mettait à trembler
légèrement et baissait les yeux. Ce trouble
imperceptible, personne n’aurait jamais pu le deviner. Sauf
aujourd’hui. Sauf lui.
- Ca va Carter, vous vous sentez bien ?
-
Tout va très bien mon Général,
répondit-elle tout en accrochant un sourire à ses
lèvres.
Il
répondit volontiers à son sourire, visiblement satisfait.
Il la fixa un moment, puis détourna son regard vers Daniel,
à qui il avait quelque peu coupé la parole trois secondes
plus tôt. L’archéologue ne s’en formalisa pas
et reprit son exposé. Alors elle reprit son observation
là où elle l’avait arrêtée, plus
discrètement cette fois. Malheureusement, il se leva au bout de
quelques minutes en annonçant la fin du débriefing.
Machinalement, elle se leva, le salua, et sortit de la pièce,
encore plus troublée que lorsqu’elle y était
entrée.
Laboratoire du Lieutenant-Colonel Carter, SGC, le même jour, 9h05
Deux mois. Deux mois qu’il était général. Et
à chaque briefing de SG-1, c’était la même
chose, la même rengaine : Sam ne pouvait s’empêcher
de penser à lui. Et inlassablement, elle se
répétait le même monologue intérieur.
« Peter est un homme formidable, je suis fiancée et je
vais bientôt l’épouser. Je serai heureuse,
j’aurai enfin tout ce dont j’ai toujours voulu : une
famille. »
Et
pourtant, elle doutait. Cette hésitation insupportable
s’était insinuée en elle dès sa rencontre
avec le nouvel « homme de sa vie ». Il était gentil,
prévenant et agréable, en un mot, adorable. Mais
voilà, le doute persistait et faisait pratiquement de sa vie un
enfer.
Pourtant,
elle ne devrait pas douter. Après toutes ces années, elle
aurait dû l’oublier et passer à autre chose,
construire enfin sa vie… Mais pour l’amour du ciel
pourquoi était-ce aussi difficile ? Amusée, elle songea
qu’elle devrait s’inquiéter d’employer
(même mentalement) son registre de vocabulaire favori.
C’était le signe manifeste qu’il avait fini par
déteindre sur elle. Très inquiétant quand on
savait que l’on pouvait difficilement faire plus idiot que lui.
Et pourtant… Ca lui allait si bien !
- Sam ? Ca va ?
Daniel passait sa tête par l’entrebâillement de la porte.
- « Très bien Daniel, merci, répondit Sam en souriant à son ami.
-
Je m’inquiétais parce que je passais par là
et je vous ai entendue parler toute seule, alors je viens prendre de
vos nouvelles…
-
Non, non, ça va bien, merci, répéta t-elle
en souriant, inquiète cependant à l’idée
d’avoir pensé à voix haute.
-
D’accord, alors je vous laisse, sourit
l’archéologue à son tour, amorçant un
mouvement pour s’éloigner.
- A plus tard Daniel !
-
C’est ça, à tout à l’heure. Au
fait…, reprit-il en se retournant vers la jeune femme,
l’air perplexe. Qu’est-ce qui « lui va si bien
» ?
- DANIEL !!!!
- D’accord je m’en vais…
ACTIVATION EXTERIEURE NON PROGRAMMEE, ACTIVATION EXTERIEURE NON PROGRAMMEE !!
- On devrait peut-être y aller non ?
- Je crois, oui. », acquiesça t-elle en se levant
Le
général O’Neill se trouvait déjà en
salle d’embarquement. Il serrait la main et souriait
chaleureusement à…
« Papa !! ».
Sam se jeta littéralement dans les bras de son père.
« - Papa, je suis tellement heureuse de te revoir !
- Moi aussi, ma chérie, moi aussi. » Il sourit.
«
Bon, ben tout le monde en salle de briefing ! Sergent, faites appeler
Daniel Jackson et Teal’c et dites leur de venir
immédiatement. », ordonna Jack un peu maladroitement.
Salle de briefing du SGC, le même jour, 9h21
«
- J’ai réussi à obtenir du Grand Conseil
l’autorisation de venir moi-même sur Terre. Ca a
été dur mais je suis là, commença Jacob.
-
Que se passe t-il pour que les Tok’râ se
décident soudainement à reprendre contact avec nous ?,
s’enquit la jeune femme.
- Nous avons des problèmes. De gros problèmes…
- Quel genre ? demanda t-elle en fronçant le nez.
-
Nous avons appris par un de nos espions infiltrés chez
Ba’âl que ce dernier s’apprêtait à
lancer une attaque de grande envergure sur le site Bêta, reprit
le Tok’Râ d’une voix lasse. Il a appris la
destruction du site Alpha mais ne sait pas que l’alliance est
rompue. Il espère trouver de nombreux responsables Jaffas et
Tok’râ… afin de leur soutirer des informations.
-
Et laissez-moi deviner, vous avez besoin de nous pour aller
botter les fesses de ces serpents ?, ironisa Jack, prenant enfin la
parole. Non, c’est juste parce que je garde un très
mauvais souvenir de notre ami Ba’âl…
-
C’est pourquoi nous devons lui faire croire à la
pérennité de l’alliance, continua Jacob sans
prêter attention aux sarcasmes du général.
S’il s’aperçoit qu’elle est dissoute, il
n’hésitera pas à attaquer la Terre qui sera sans
défense. Je pense ne pas me tromper en affirmant que vous
n’avez aucun contact avec les Asgard depuis… deux mois
c’est ça ?
-
Ouais, depuis qu’ils m’ont sorti d’hibernation,
ils font comme si je n’existais pas. C’est vexant quand
même. Ce genre de choses, ça crée des liens
d’habitude…
-
Jack ! Ce n’est pas une plaisanterie !, sermonna Jacob.
Nous avons réellement besoin de votre aide. Quelques rebelles
Jaffas ont accepté de nous aider exceptionnellement devant le
danger que représente Ba’âl. Nous aurions besoin de
plusieurs équipes SG sur le terrain.
-
Mon Général, je demande l’autorisation de
participer à la mission avec SG-1 ». Elle consulta du
regard Daniel, puis Teal’c. Tous deux hochèrent la
tête en signe d’affirmation. Etrangement silencieux
d’ailleurs…
-
Accordé, Colonel. Vous partirez dans deux heures avec
SG-3, 6 et 12. Désolé Jacob, mais ce sont les seules
équipes que j’ai sous la main…
- Ca ira Jack, merci. J’aimerai en informer le Grand Conseil. Je dois repartir.
- Déjà ? Tu ne peux pas rester encore un peu ?
-
Sam, chérie, tu sais bien que non… ». Il la
regarda avec un air désolé. Oui, elle comprenait.
Salle d’embarquement de la Porte des Etoiles, le même jour, 11h32
Les
équipes SG étaient réunies en salle
d’embarquement et les chevrons de la porte s’enclenchaient
l’un après l’autre.
« Chevron trois enclenché ! »
Daniel
jeta un regard à Sam. Il avait peur, mais ne laissait rien
transparaître de son état d’esprit. Teal’c non
plus d’ailleurs. Fidèle à son habitude, il
observait la porte, le sourcil levé.
« Chevron quatre enclenché ! »
Toujours
la même méthode. Le grand cercle continuait inexorablement
son mouvement circulaire autour de l’anneau tandis qu’un
nouveau chevron s’enclenchait.
« Chevron cinq enclenché ! »
Mais
où était le général ? Il devrait être
en salle de contrôle et leur souhaiter bonne chance au moins,
comme à chaque fois…songea t-elle, quelque peu
déçue. Et là, rien, pas un regard, pas un sourire,
même pas sa simple présence pour les rassurer, pour la
rassurer. Il devait sûrement être au
téléphone avec le président, où faire
quelque chose d’important dans ce goût là…
C’est vrai, après tout, il n’avait pas que ça
à faire !, se dit la jeune femme, légèrement
agacée par sa propre réaction face à
l’absence de son supérieur hiérarchique.
« Chevron six enclenché ! »
La
porte blindée de la salle d’embarquement s’ouvrit
tout à coup et laissa apparaître… Jack ???
«
Et oui, c’est moi ! Contents de me voir hein ? Je me disais
qu’un peu de sport ne me ferait pas de mal, après tout, il
faut bien s’entretenir non ? ... Ben quoi, vous ne dites rien ?
».Toujours le mot pour rire…
«
- Je suis heureux de vous voir parmi nous Général
O’Neill. Combattre à vos côtés me manquait.
- A moi aussi Teal’c.
-
Jack ? Si vous venez, qui va s’occuper de la base pendant
votre absence ? demanda Daniel avec son habituel sens pratique.
-
J’ai confié le commandement à Siler,
j’ai confiance en lui. De toute façon, il ne fera
qu’accueillir les équipes qui rentrent. En plus j’ai
l’autorisation du président alors…
- Ah bon ! Alors je ne dis plus rien si ce n’est bon retour Jack. Comme au bon vieux temps, hein ?
- Comme au bon vieux temps, Daniel. »
Il observait la jeune femme debout à ses côtés.
Incapable de parler, elle lui sourit. Comme d’habitude.
« Chevron sept enclenché et verrouillé ! Ouverture de la porte ! »
Mue par l’habitude, Sam avança sur la passerelle.
« Alors Carter, ça vous fait quoi de me revoir partir avec vous ? »
Elle sentit sa présence dans son dos et devina son sourire.
« Vous nous avez manqué, mon Général. Vous m’avez manqué… »
Et sans lui laisser le temps de réfléchir, sans
même prendre pleinement conscience de ce qu’elle venait de
dire, elle traversa le vortex.
Site Bêta, 11h37
Elle arriva la première de l’autre côté du
passage. Les alentours de la porte étaient déserts.
Daniel, Teal’c, Jack et les trois autres équipes SG
arrivent l’un après l’autre. Immédiatement,
ils se placèrent autour de la porte, leurs armes pointées
vers…
«
- Des arbres !! Chouette, ça aussi ça me manquait !
Quelqu’un aurait-il omis de me dire que cette planète
était recouverte d’une immense et épaisse
forêt ?
-
Mon Général, je suis désolée, je
croyais que vous le saviez… ». Elle lui lança un
regard d’excuse. Jack la fixa, puis finit par dire en la
regardant dans les yeux :
«
C’est pas grave, Carter, vous êtes toute excusée.
». Elle lui sourit, il répondit à son sourire.
«
- Sam, il faudrait peut-être y aller non ? ». Daniel sortit
la jeune femme de sa rêverie. Il n’avait rien manqué
de cet échange et la regardait avec un sourire narquois. Egal
à lui-même.
«
- Désolée, Daniel, mais un Jaffa du nom de Lok’tin
devait nous attendre. Il doit nous mener au camp de base.
-
Colonel Carter, j’ai l’impression que la situation
est des plus étranges. Comment se fait-il que personne ne garde
la porte des étoiles ?
- Vous avez raison, Teal’c. Ca me semble bizarre à moi aussi.
-
Excusez-moi, mais ne suis-je pas le chef ? Enfin, je veux dire
que ce serait mieux si vous évitiez de faire comme si je
n’existais pas…
- Excusez-moi, mon Général. L’habitude…
- Arrêtez un peu de vous excuser Carter. C’est devenu une manie ou quoi ??
- Par… Oui mon Général. »
Il avait toujours eu cette faculté de lui faire perdre tous ses
moyens. Comme au bon vieux temps… , songea t-elle, un brin
mélancolique.
Soudain, un appel retentit derrière eux :
«
- Mon Général, la porte est en train de s’activer !
». Le major Harris avait les yeux fixés sur les chevrons
qui s’enclenchaient un à un.
« - Mais ne restez pas là bon sang ! Déployez-vous et à couvert ! »
Ils eurent juste le temps de se cacher derrière les arbres
à proximité quand la porte s’ouvrit. Une petite
armée de Jaffas en sortit.
« - Mon Dieu, ce sont les Jaffas de Ba’âl ? Daniel ?
- Non, ce sont des rebelles, répondit-il en sortant de sa cachette »
Les autres l’imitèrent. Les Jaffas baissèrent leurs
armes en les voyant. L’un d’entre eux, le plus grand en
vérité, s’approcha de Jack et lui dit :
« - Vous êtes les soldats de la Tau’ri envoyés en renfort ?
-
Oui c’est tout à fait ça. Vous êtes
toujours aussi bien renseignés à ce que je vois »
Le Jaffa le dévisagea, perplexe. Il ne devait sûrement pas
comprendre l’humour … O’Neillien.
« - C’est pas grave, laissez tomber, reprit Jack. Vous devez être Lik’ta, je présume ?
- Non, je suis Lok’tin, ancien prima d’Anubis.
- Oui, c’est ce que je voulais dire…
- Vous êtes l’ancien prima d’Anubis ?? demanda Daniel, apparemment surpris.
- Oui. Mon peuple vous remercie d’avoir détruit le faux dieu.
- De rien, de rien. On a l’habitude… répondit Jack.
-
C’est ce que j’ai cru comprendre, en effet, coupa le
Jaffa. Vous êtes l’équipe SG-1 dont tout le monde
parle?
-
Oui c’est nous. Voici le Colonel Carter, Daniel Jackson et
Teal’c. Moi, c’est le général Jack
O’Neill, avec deux ‘l’, et derrière ce sont
les équipes SG-3, 6 et 12.
- Nous sommes enchantés de faire votre connaissance, sourit Lok’tin.
- Bien, maintenant que les présentations sont faites, vous pouvez nous conduire au camp de base ?
-
Bien sûr O’Neill. Suivez-nous. Il se situe à
environ deux kilomètres au nord d’après vos
unités de mesure.
- Parfait, alors en route mauvaise troupe ! »
Jack fit un signe derrière son épaule et tous se mirent
en route, lui devant, Sam et le reste de SG-1 derrière, les
autres les suivant de près.
Ils marchaient depuis de longues minutes déjà quand le général interpella son second :
« -Carter, venez ici..
- Oui mon Général, qu’y a-t-il ? lui demanda t-elle, surprise et inquiète.
-
Oh, rien de spécial, Carter, ne vous inquiétez
pas… Je voulais juste… discuter un peu avec vous…
-
Discuter… avec moi, mon Général ??
répondit-elle, encore plus étonnée. Mais…
de quoi ?
-
Et bien, ne le prenez pas mal et n’y voyez aucune
indiscrétion, mais j’aimerai savoir si votre
mariage… comment dire… est en bonne voie ?
- Pardon ?
- Oui, je veux dire… dans les préparatifs… pour la cérémonie…
-
Oh ! Eh bien, oui mon Général, tout se passe bien.
Nous avons prévu la cérémonie pour le 14 avril,
Pete veut faire ça au plus vite. Je devais envoyer les
invitations officielles demain mais je ne sais pas si ça sera
possible avec la mission…
-
C’est pas grave, Carter, elles attendront bien un jour de
plus…, sourit-il. A propos, vous comptez inviter du monde ?
-
En fait, Pete désire inviter toute ma famille ainsi que la
sienne, même si je suis légèrement en froid avec
certains membres de la mienne… Il a toujours aimé les
grands mariages…
-
Oui, je vois. Et vous allez porter la belle robe très
blanche avec la longue traîne tenue par des petites filles avec
des fleurs dans les cheveux ?
- Oui, quelque chose dans ce goût là, affirma Sam avec une grimace. Il remarqua son expression.
- Ca na pas l’air de vous plaire on dirait ?
-
J’aurais largement préféré un mariage
discret en petit comité... Là, ça fait un peu trop
« grande pompe » à mon goût. Mais je ne serai
pas totalement dépaysée puisque je pourrai compter sur la
présence de mon père, de Daniel, de Teal’c…
et de la vôtre bien entendu.
- Oui, bien entendu… Au fait, pourquoi Jacob n’est pas avec nous ?
-
Oh, il avait une autre mission à accomplir pour le Grand
Conseil. Ils avaient plus besoin de lui que nous apparemment. Mais je
crois plutôt que c’est pour l’éloigner de
moi…
- Il vous manque ?
- Oui, beaucoup…
- O’Neill, nous arrivons ! »
Lok’tin montrait la direction du camp de base. Pendant
qu’ils se dirigeaient vers les tentes, Sam ne pouvait
s’empêcher de penser que Jack avait subitement
changé de sujet lorsqu’elle avait dit pouvoir le
compter parmi ses invités…
Camp de base du site Bêta, 11h52
Le camp était très rudimentaire en apparence. Les Jaffas
sur place avaient dû le construire à la hâte, ce qui
ne plut pas du tout à Jack.
«
- Non, mais c’est une blague ?! Comment voulez-vous que
l’on puisse se défendre correctement si l’on
n’a pas tout le matériel nécessaire ? C’est
solide ce truc au moins ?!
-
Ce « truc » comme vous l’appelez O’Neill
est tout ce que nous avons pu bâtir en l’espace de quelques
jours seulement. De plus, nous avons rassemblé le plus
d’armes possible malgré le nombre plus que réduit
de combattants à disposition. » Lok’tin
s’inclina humblement, mais on pouvait clairement discerner la
lueur de colère qui brillait dans ses yeux. Cela ne suffit pas
à calmer le général, passablement
énervé.
-
« Plus que réduit » vous dîtes ? Et
ça veut dire quoi « plus que réduit » ?
-
Avec vos équipes et les renforts envoyés par la
Tok’râ, nous sommes un peu plus d’une centaine
d’hommes.
-
Voyez-vous ça, une centaine d’hommes ?? Et vous
trouvez que c’est suffisant pour repousser une armée, vous
?
-
En fait, cette riposte ne sert qu’à donner le change
en quelque sorte, mon Général.
-
Et vous entendez quoi par « donner le change »,
Carter ? Seriez-vous en train de me dire que cette mission est une
mission suicide ?
-
Non, pas exactement, répondit
l’intéressée sans se démonter. En fait, nous
devons montrer un minimum de résistance, le plus longtemps
possible, puis fuir avant que nous soyons tous tués. »
Daniel se retourna vers Sam, perplexe :
« - Mais si nous fuyons, Ba’âl saura que l’alliance est affaiblie.
-
Très juste, Sherlock. Encore un détail que je
voudrais que l’on m’éclaircisse…
-
Ce que j’allais justement faire, O’Neill, continua
Lok’tin. Les Tok’râ se sont arrangés pour
faire croire à Ba’âl que l’évacuation
du site Bêta était en cours. Ainsi, il sait qu’il ne
rencontrera pas beaucoup de résistance.
-
Mais, persista Daniel, les « responsables » sont
censés partir en premier lors d’une évacuation, non
? Et Ba’âl veut justement les capturer ! Pourquoi attaque
t-il alors qu’il croit savoir qu’ils sont partis ??
-
Parce qu’il croit que nous pensons être hors de
danger. Il a fait circuler de fausses informations parmi ses Jaffas
disant qu’il partait attaquer une planète très loin
d’ici. Il sait que des espions sont infiltrés parmi eux et
espère ainsi les duper en leur faisant croire que cette
planète ne l’intéresse pas…
- Et donc, seuls quelques-uns de ses fidèles sont au courant, n’est-ce-pas ? interrogea Sam.
- En effet, colonel Carter, affirma le jaffa.
- Cette tactique m’a l’air très dangereuse, si vous voulez mon avis.
-
Teal’c a raison ! protesta Jack. Tout ça c’est
de la… désinformation. Comment savoir que toutes ces
suppositions sont fondées ?
- Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir O’Neill.
- Laissez-moi deviner… Il faut aller se battre contre eux c’est ça ?
- Tout à fait, acquiesça Lok’tin.
- Ben nous voilà dans de beaux draps ! »
Jack se calma peu à peu. Cette situation ne l’enchantait guère, loin de là !
Même endroit, 17h24
Après s’être installées, SG-3 et 6
reçurent l’ordre de faire le tour des environs. SG-1 et
SG-12 ainsi que le général O’Neill restèrent
au camp de base afin de faire l’inventaire des armes
disponibles. Ils s’étaient finalement réunis
autour d’un feu de camp pour faire le point sur la situation. Ce
fut Jack qui prit la parole.
« - Alors vous avez remarqué quelque chose de bizarre dans les environs, Harris ?
-
Négatif, mon Général. Nous n’avons
rencontré que quelques Jaffas très peu bavards.
- Je me doute. Et pour les armes, ça donne quoi Teal’c ?
-
Nous avons une centaine de longs bâtons et vingt-sept
zak’nik’tel, O’Neill. Avec nos armes à
projectile, je pense que nous sommes suffisamment équipés
pour essuyer une attaque ennemie.
- Bien, c’est tout ce qui me préoccupe. Daniel, du nouveau ?
-
Eh bien, comme l’a dit le major Harris, ces Jaffas ne sont
pas très bavards. J’ai juste réussi à parler
à un Tok’râ du nom de Talmak.
- Oh, Talmak…
- Une connaissance à vous, Carter ?
-
Une connaissance de Jolinar serait plus juste. Mais elle ne le
côtoyait pas beaucoup. Je sais juste qu’il est très
aimable.
-
C’est exact, continua Daniel. Il a volontiers
répondu à mes questions. Je sais donc que
Ba’âl ne viendra pas en personne, mais qu’il envoie
deux Ha’taks. L’assaut est prévu demain, aux
alentours de midi semblerait-il.
-
Je suppose que ce Talmak tient ces informations de Lok’tin
?, demanda Jack en fronçant les sourcils.
- Je ne sais pas, mais sûrement. Pourquoi ?, demanda Daniel.
-
Ce Jaffa ne m’inspire pas confiance. Je me demande comment
Ba’âl a réussi à trouver l’emplacement
du site Bêta, pas vous ?
- Oui, mais pourquoi lui ? Ca pourrait être n’importe qui après tout.
- Daniel… Vous ne trouvez pas qu’il est un peu… « faux » ?
-
Je suis d’accord avec vous, mon Général,
ajouta Sam. Je n’ai pas non plus confiance en lui.
-
Merci Carter, je savais que vous seriez de mon avis. En tout cas,
tout ça me paraît un peu gros à avaler…
-
A moi aussi O’Neill, renchérit Teal’c.
Néanmoins Lok’tin ne me paraît pas dangereux.
-
Bon, trêve de bavardages, reprit le général
après quelques secondes de silence. Il faut se reposer si on
veut être en forme demain. Carter et Reynolds, vous prenez le
premier quart, Harper et moi le deuxième, Teal’c et Harris
le troisième et enfin Woeste et Green le dernier.
- A vos ordres ».
Sam
se releva et partit s’asseoir un peu plus loin. Elle avait besoin
de se retrouver seule un moment, mais c’était sans compter
sur la sympathie du colonel Reynolds.
« - Un petit café, colonel ?
- Volontiers ! », lui répondit-elle dans un sourire.
En se retournant, elle aperçut Jack qui pénétrait
dans la tente la plus proche. Involontairement, elle soupira…
Camp de base du site Bêta, Mercredi 10 mars, 6h50
Sam ouvrit lentement les yeux et se réhabitua à la
lumière. Elle chaussa ses rangers, enfila sa veste de treillis
et sortit de la tente. Elle mit sa main en visière au dessus des
yeux, agressés par la violente clarté du soleil. Tout
autour, c’était l’effervescence : des Jaffas
faisaient des allers-retours incessants, les quelques
Tok’râ présents s’étaient
regroupés près d’une tente et entretenaient une
sorte de conciliabule secret et les équipes SG faisaient des
rondes autour du camp. Seuls Daniel et Jack étaient assis
auprès du feu, quasiment éteint. Sam s’approcha
d’eux.
«
- Alors Carter, bien dormi ? ». Un sourire s’étira
sur le visage de Jack tandis qu’il se moquait gentiment de son
second. Celle-ci lui sourit à son tour, puis vint
s’asseoir auprès de ses amis.
« - Très bien, mon Général, merci. Bonjour Daniel.
-
Bonjour Sam. Vous m’avez l’air fatiguée en ce
moment, ajouta t-il d’un air soucieux.
- Un peu, c’est vrai, mais ça va aller.
- Tant mieux Carter, parce que ça va être la fête d’ici peu de temps !
- La fête, mon Général ?
- Oui, enfin, façon de parler…
-
J’ai compris, rassurez-vous », conclut Sam d’un
sourire, toujours aussi amusée par son comportement. Il avait
beau être général, il gardait encore ce petit rien
d’espièglerie qui faisait tout simplement qu’il
était lui. Sa marque de fabrique en quelque sorte.
Jack reprit la parole après un court moment de silence :
«
- Teal’c est parti discuter rébellion avec notre ami
Lok’ta, il devrait pas tarder à revenir.
D’après lui, il est très sympathique, pour un
Jaffa…
-
Je pense que nous devrions faire confiance à
Lok’tin, rétorqua Daniel en appuyant volontairement sur le
nom du Jaffa. Il s’est rebellé contre Anubis quand
même.
-
Il ne s’est PAS rebellé Daniel, il n’a rejoint
la cause qu’après la mort d’Anubis, ce qui fait une
grande différence.
- Peut-être, mais il a reconnu qu’il n’était pas un dieu
- Vous l’avez entendu le dire ? Parce qu’à moi, il n’a rien dit…
-
Non, bien sûr que non, Jack. Mais s’il ne le croyait
pas, il ne serait pas avec nous aujourd’hui
- Et pourquoi pas ? Il peut être un espion après tout !
- Non je ne crois pas
- Moi si
- Moi non
- Moi si. Daniel ?
- Jack ?
- La ferme !
- Vous ne changerez jamais hein ?
- Non, jamais.
-
Alors j’abandonne… ». Daniel poussa un soupir
d’exaspération et se leva pour s’éloigner,
tandis que Sam se retenait de ne pas rire. Ca aussi ça lui
manquait.
Soudain, un cri retentit au loin. Les deux militaires se
levèrent d’un bond, aux aguets, l’oreille tendue. Un
second cri se fit entendre. Aussitôt, tous les Jaffas se
ruèrent dans les tentes réservées aux stocks
d’armes et en ressortirent solidement équipés.
« - Colonel ! Qu’est-ce qui se passe ici, bon sang !?
- Je… Je n’en sais rien, bredouilla Sam.
- Regardez ! s’exclama Daniel, un doigt pointé vers le ciel.»
De nombreux points à l’horizon se dirigeaient vers le
camp. Ils étaient des centaines. Au fur et à mesure de
leur approche rapide, leur silhouette se fit plus nette.
« Des planeurs de la mort ! »
Jack
et Sam coururent vers leurs tentes respectives, suivis de près
par Daniel. En quelques secondes, ils en resurgirent armés de
leurs P-90.
Sam n’avait jamais vu une telle confusion. Les Jaffas, pris de
court, n’avaient pas eu le temps d’installer leurs postes
de défense. Ils tiraient sur les planeurs avec leurs longs
bâtons, en vain. Bientôt, les troupes ennemies
débarquèrent et ce fut la panique totale. Elle entendit
de loin le général ordonner le repli à la porte.
Elle se mit à courir alors aussi vite qu’elle le put. Au
bout de quelques mètres, elle se retourna pour voir si ses
coéquipiers la suivaient. C’est alors qu’elle
l’aperçut. Un Jaffa, à deux mètres
d’elle, la pointait avec son arme. Elle le vit faire feu, elle
sentit la douleur au niveau de son abdomen, et le temps de porter ses
mains à son ventre, elle sombra dans un noir total.
Lieu inconnu, jour inconnu, heure inconnue
Des voix. Des voix et de la lumière. De la lumière qui
s’intensifiait peu à peu. Elle essayait de distinguer ce
qui l’entourait. Ses paupières refusaient cependant de
s’ouvrir. Elle ne percevait que des sons, en l’occurrence
deux voix bien distinctes qui s’élevaient quelque part sur
sa gauche. Une voix grave qu’elle connaissait parfaitement, mais
une autre qu’elle ne reconnaissait pas. Son corps lui semblait si
lourd ! Quand la voix grave s’éloigna, elle eut
l’impression de sombrer à nouveau et son cerveau replongea
dans les brumes de l’inconscient.
…………………………………………………………………………………………………...
Quand
elle revint à elle pour la seconde fois, la voix
n’était plus là. Lentement, elle s’assura que
tous ses membres étaient en état de fonctionner
après un long engourdissement. Elle fit bouger ses orteils et
remua ses doigts. Parfait ! Maintenant, les yeux ! Ses paupières
semblaient soudées, mais elle parvint finalement à les
ouvrir. Pour les refermer aussitôt ! La lumière
était tellement intense ! Qu’à cela ne tienne, elle
allait réessayer. Cette fois-ci, elle parvint à les
garder ouvertes, au moins assez longtemps pour distinguer où
elle était. De grands murs gris, des lits alignés contre
le mur d’en face, la clarté aveuglante des néons
au- dessus d’elle… Pas de doute possible. Elle se trouvait
à l’infirmerie du SGC. Rassurée, elle se
détendit. Mais la fatigue se fit sentir aussitôt, et Sam
sombra docilement dans le sommeil…
Infirmerie du SGC, Vendredi 12 mars, 10h12
« - Alors docteur, comment vont mes grands blessés aujourd’hui ?
-
Oh, Jack, ça va on a compris ! Je sais que je n’ai
qu’une jambe cassée, mais ça n’est pas une
raison pour vous moquer sans arrêt !
-
Eh bien, mon Général, le docteur Jackson va
très bien. Sa jambe est en voie de guérison et son
traumatisme crânien n’a pas eu de séquelles graves.
- Vous êtes sûr ? Vous avez bien vérifié ?
- Jack !!
-
Sachez Daniel que je ne fais que m’inquiéter pour
vous… Je demande simplement au docteur si votre cerveau
n’a pas été trop… endommagé…
-
Quant au colonel Carter, je suis très optimiste. Elle a
montré des signes de réveil et celui-ci ne devrait plus
tarder maintenant…
- C’est bien ce que je pensais… », conclut Jack tout en se dirigeant vers le lit de Sam.
Elle
avait ouvert les yeux depuis plusieurs minutes déjà et
n’avait rien manqué de la discussion entre les trois
hommes. Elle l’observa tandis qu’il s’arrêtait
à quelques centimètres d’elle.
« - Alors, Carter, on fait une petite sieste ? »
Elle
voulut lui répondre, mais sa gorge était
désespérément sèche. Le médecin,
l’ayant remarqué, s’approcha d’elle.
« - Mon Général, je dois l’ausculter maintenant.
- Mais faites donc docteur, faites donc… ».
Il
adressa un de ses plus beaux sourires à Sam, assorti d’un
clin d’œil. Celle-ci, bien que surprise, lui
répondit sans hésiter. C’est alors qu’il
quitta la pièce après avoir salué Daniel, et Sam
ressentit à nouveau cette impression de vide qu’avait
insinué en elle le départ de la voix quelques heures plus
tôt.
«
Alors, Sam, ça va ? » demanda Daniel inquiet. Elle
acquiesça de la tête. Pourtant, son bas-ventre lui faisait
mal. Une terrible peur l’envahit alors soudainement.
«
Ne vous inquiétez pas colonel, répondit le médecin
à sa question silencieuse. Votre blessure, bien que très
profonde, n’est pas très grave, et aucun organe n’a
été endommagé. Un peu de repos suffira. Le
général s’est inquiété pour rien en
définitive, ajouta t-il en adressant un regard malicieux
à Daniel ». Sam haussa les sourcils. Le
général, s’inquiéter pour rien ? Elle tourna
son visage vers son voisin de lit.
«
Jack a eu très peur pour vous. C’est lui qui vous a
ramené sur Terre après l’attaque. Il passait
très souvent pour prendre de vos nouvelles. Ca fait deux jours
que vous êtes inconsciente, expliqua t-il…. Il est
sûrement parti prévenir Peter à l’heure
qu’il est… »
Peter ! Il devait être fou d’inquiétude…
«En
plus, il ne se souciait même pas de moi », ajouta Daniel
dans un sourire. Elle ne savait pas pourquoi, mais savoir que Jack
s’inquiétait pour elle à ce point lui
réchauffa le cœur.
Mais
il ferait ça pour n’importe lequel de ses hommes…,
songea t-elle en soupirant, effaçant le peu de joie ressentie
quelques secondes plus tôt.
……………………………………………………………………………………………...........
« Ma chérie ! »
Pete
s’engouffra dans la pièce en bousculant une pauvre
infirmière dont le seul tort avait été de se
trouver entre lui et l’objet de son soudain enthousiasme. Sam en
l’occurrence.
«
- Ma chérie ! Mais qu’est-ce qui t’es arrivé
? J’étais fou d’inquiétude ! Ca fait deux
jours que je n’ai pas de nouvelles et quand j’appelais,
personne ne voulait me dire ce qui t’était arrivé !
Mon Dieu, mais tu es blessée ! Tu as mal ? Oh, j’ai eu si
peur…
-
Ca va Pete, ne t’inquiète pas, je vais très
bien, sourit-elle en levant la main pour lui caresser la joue.
- Alors, raconte-moi ce qui s’est passé !
-
Tu sais très bien que je ne peux pas. Tout ce que je peux
te dire, c’est qu’on a subi une attaque Goa’uld
à laquelle on ne s’attendait pas…
- Tu veux dire ces espèces de « serpents » dont tu m’as parlé ?
-
Oui, c’est ça, acquiesça t-elle en souriant
à l’expression employée par Peter qui lui rappelait
étrangement le général. Mais ne
t’inquiète pas, je te l’ai dit, ce n’est que
superficiel.
- Ca me rassure. Mais quand même, ils auraient pu me le dire tes collègues…
-
Ce ne sont pas des « collègues » de bureau,
Peter. Et ils n’ont pas le droit de donner des renseignements
internes à la base à des civils.
- Même à ton fiancé ?
-
Même à mon fiancé ! », sourit-elle en
s’approchant de lui pour lui déposer un baiser sur les
lèvres.
C’est ce moment que choisit le général
O’Neill pour pénétrer dans la pièce.
Aussitôt, Sam s’interrompit dans son geste et se mit
à rougir violemment. Mais pourquoi était-elle aussi
gênée ?! Pete, surpris, lui lança un regard
interrogateur, puis se retourna dans la direction vers laquelle Sam
était tournée.
«
- Ah ! C’est vous le général qui m’a permis
d’entrer ? Je voulais vous remercier pour ce que vous avez fait
c’est très…
-
Oh, mais ne vous embêtez pas avec les remerciements,
c’est normal voyons, coupa Jack. Je ne voulais pas empêcher
Carter de voir son fiancé. ». Celle-ci releva brusquement
la tête qu’elle avait gardée baissée depuis
l’arrivée de Jack. Son fiancé ?? Il ne
l’avait jamais appelé comme ça auparavant…
Bon, c’est vrai qu’il ne parlait pas beaucoup de lui, mais
quand il le faisait, il l’appelait par son nom de famille,
quelquefois par son prénom, mais là ! Son fiancé ?
- « Eh bien, merci quand même général… ?
- O’Neill. Mais vous pouvez m’appeler Jack.
- Très bien Jack, enchanté, dit-il en lui tendant la main.
- Moi de même, sourit-il en la lui serrant.
- Alors comme ça ma petite Sam fait des siennes ?
- Oh, mais ce n’est pas la première fois vous savez.
- Ah oui ? Racontez-moi tout !
- Avec plaisir !
- Sam, chérie, ça ne te dérange pas ?
- Non, non, vas-y », répondit-elle d’une voix éteinte.
Pete
lui déposa un baiser sur la joue puis s’éloigna en
compagnie de Jack. Sam, elle, n’en revenait toujours pas. Jack
qui sympathise avec Peter ? « Mais c’est le monde à
l’envers ! », pensa t-elle. Lui qui avait toujours
été très peu loquace dès qu’il
s’agissait de son fiancé ! Là, c’était
le bouquet !
Si
ça se trouve, il avait juste envie de le connaître. Ils
pouvaient bien être amis après tout… Mais non, bien
sûr que non ! songea t-elle. Pete et lui, amis ? Impossible. Et
pourtant…
En
regardant les deux hommes s’éloigner, elle ne put
s’empêcher ni de penser que tout ça sonnait faux, ni
de remarquer que Peter faisait pâle figure à
côté de l’homme qu’elle avait aimé.
Avait ?
Salle de briefing du SGC, Samedi 13 Mars, 8h05
«
Bien ! Puisque tout le monde est là, on va pouvoir commencer !
», lança une voix espiègle dans le dos de Sam.
Celle-ci ne put s’empêcher de sourire. Cela faisait
maintenant cinq bonnes minutes que Daniel, Teal’c et elle
attendaient après lui, mais il n’était
résolument pas dans les habitudes de Jack O’Neill
d’arriver à l’heure… Même en
étant général.
Il s’assit, puis se tourna vers son second, un sourire radieux accroché au visage.
«
- Tout d’abord, je voudrais savoir comment va notre colonel
préféré. Alors Carter ? Ca va mieux ?
-
Euh… ». Sam hésita à répondre. En
jetant un coup d’œil à ses deux amis assis en face
d’elle, elle constata avec soulagement qu’ils
étaient tout aussi surpris qu’elle. Son « colonel
préféré » ? Elle rougit
légèrement puis se décida à prendre la
parole devant le sourire toujours aussi large de son supérieur.
« - Oui, mon général, ça va mieux…, assura t-elle en reprenant ses propres mots.
- Parfait, alors on peut commencer. Daniel, je vous laisse la parole.
-
Oui, merci. » Il marqua une pause. « Nous
savons tous que le site Bêta a été attaqué
le 10 mars dernier aux alentours de 7h00 par des Jaffas de
Ba’âl. Or, nos sources ne prévoyaient
l’attaque que bien plus tard, vers midi. Visiblement, un espion
de Ba’âl était infiltré parmi nous.
- A qui pensez-vous, Daniel Jackson ? demanda posément le jaffa.
-
En fait, certains d’entre nous pensaient à
Lok’tin, poursuivit l’archéologue en jetant un
regard en coin à Jack, puis à Sam. Mais en
réalité, il s’agirait d’un autre Jaffa,
anciennement à la solde d’Anubis également,
nommé Kor’nac . La Tok’râ l’a
intercepté alors qu’il tentait de rejoindre un des
Ha’taks peu après la bataille. Il a tout avoué par
la suite.
- Et qu’a-t-il avoué au juste ? demanda Sam.
-
Eh bien, il a confirmé avoir rejoint les troupes de
Ba’âl après la mort d’Anubis, puis
s’être proposé en tant qu’espion parmi les
rebelles. Il a aussi affirmé avoir tiré sur vous juste
avant de fuir, Sam.
- Donc, ce Lok’tin n’était pas un espion ? , s’étonna O’Neill.
-
Apparemment non, Jack. Du moins, nous savons qu’il
n’a pas pris part aux affrontements sous les ordres de
Ba’âl…, ajouta Daniel, perplexe.
-
Oui, mais peut-être qu’il est un espion quand
même. Ce type me paraît louche, et à Carter
aussi… ». Jack reporta son regard vers elle et remarqua
qu’elle le fixait. Elle ne réagit que lorsqu’il
toussota pour s’éclaircir la gorge.
-
Oui, mon Général, tout a fait, répondit
précipitamment Sam, légèrement rouge.
- Bien, continua ce dernier dans un sourire adressé à la jeune femme. Alors Daniel ?
-
Eh bien je ne sais pas, Jack. La Tok’Râ est en train
d’interroger tous les rebelles présents à ce moment
là. Nous verrons bien.
-
D’accord. Personne n’a rien d’autre à
ajouter ? Teal’c ? Carter ? Bon, alors débriefing
terminé, poursuivit-il devant leur silence. Je vous accorde une
semaine de congés en raison de la blessure de Carter, mais
restez en contact permanent au cas où… »,
conclut-il en se levant.
Sam
se releva elle aussi, non sans difficulté, salua
brièvement le général et sortit de la pièce
d’un pas rapide.
Elle
se sermonnait intérieurement de s’être encore une
fois faite remarquer. Pourtant, elle ne pouvait s’empêcher
de se poser un tas de questions. Pourquoi paraissait-il si proche tout
à coup ? De plus, son comportement était si
étrange !
C’est
donc avec un esprit des plus embrouillés que le colonel Carter
pénétra dans son laboratoire, où elle avait de
toute façon l’intention de passer une partie de ses
congés.
…………………………………………………………………………………………………...
Cela
faisait maintenant deux bonnes minutes que Sam s’acharnait sur
son microscope. Elle ne parvenait pas à le régler
correctement à cause des pensées qui se bousculaient dans
sa tête et était incapable de réfléchir de
manière sensée. Et cela faisait deux bonnes minutes que
le général O’Neill se tenait dans
l’encadrement de la porte, nonchalamment appuyé contre le
mur, les yeux rivés sur elle. Elle avait senti son regard et
feignit la surprise lorsque il avança d’un pas pour se
faire remarquer. Sam releva brusquement la tête.
« - Oh, mon général, c’est vous !
-
Très juste, c’est moi. Vous attendiez
quelqu’un d’autre ? demanda Jack dans un sourire.
- Non, non. C’est juste que vous m’avez fait peur…
- Mais c’était le but ! »
Il
s’avança encore et s’arrêta juste devant le
bureau de Sam, les mains dans les poches. Il était si
près qu’elle pouvait sentir les délicieuses
effluves de son parfum.
« Si c’est comme ça que tu espères te concentrer… », se morigéna t-elle.
« - Alors Carter, qu’est-ce que vous faîtes ?, reprit-il d’une voix neutre.
- Ca vous intéresse mon Général ?
-
Mais bien sûr, voyons ! Tout ce que vous faîtes
m’intéresse Carter… ajouta t-il d’un sourire
séducteur.
-
Eh bien, je fais quelques analyses, rien de très
compliqué, répondit Sam, quelque peu troublée par
l’expression de son supérieur.
- Vous analysez quoi ?
-
Des échantillons de naquada trouvés sur
P2X567, poursuivit-elle devant sa curiosité inhabituelle.
- Et vous avez trouvé quelque chose ?
- Je n’ai pas encore commencé à vrai dire…
-
Ah. Bon, ben je vais vous laisser analyser alors, conclut-il en
souriant. Au fait, Carter, vous n’avez pas l’intention de
passer vos congés à la base j’espère ?
- Si, en partie. Enfin aujourd’hui tout du moins. Pourquoi ?
-
Il n’en est pas question. Rentrez chez vous. Et c’est
un ordre… ajouta t-il d’une voix ferme.
- Mais, mon Général…
- Raaaaahhh ! Pas de mais !, la coupa t-il en levant la main.
- D’accord. A vos ordres mon Général, sourit-elle.
- Bien. A bientôt alors…
- Oui, à bientôt, mon Général »
Le
sourire qu’il afficha en quittant la pièce troubla Sam au
plus haut point. Son regard aussi d’ailleurs. Il n’avait
pas eu d’attitude comme celle-là avec elle depuis…
Non, en fait, il n’avait jamais été comme ça
avec elle. Ils avaient déjà été très
complices, mais là, elle avait la nette impression qu’il
essayait de… « me séduire… », songea
Sam en soupirant. Etrangement, elle se sentait bien, malgré le
trouble qui l’habitait. Bien qu’elle ne veuille
l’avouer à quiconque, et même pas à
elle-même, les sourires de Jack lui manquaient…
Domicile de Samantha Carter, Dimanche 14 Mars, 9h18.
Sam
tournait en rond comme un lion en cage. Depuis son retour, la veille,
elle avait nettoyé sa maison de fond en combles, astiqué
les meubles et fait briller les petites cuillères. Mais
maintenant qu’elle avait fini, elle s’ennuyait. Dieu !
qu’elle s’ennuyait ! A la base elle aurait eu quelque chose
à faire au moins ! De plus, Pete ne pouvait pas venir ce
week-end. Il était retenu par une « affaire importante
», disait-il, et cela agaçait la jeune femme au plus haut
point. Qu’y avait-il de plus important qu’elle ? Non mais !
Tout
à ses réflexions, Sam se sentit un peu coupable. Elle
n’avait pas le droit de penser ça. Après tout, elle
était beaucoup plus absente que lui, et ça devait le
faire souffrir au moins autant qu’elle, non ? Mais elle devait
bien avouer que son futur mari ne lui manquait pas tant que
ça…Son futur mari ? Elle jeta un œil à son
annulaire gauche et y aperçut la bague qu’il lui avait
offerte quelques semaines plus tôt en lui demandant de
l’épouser. En y repensant, Sam sentit une boule se former
dans son ventre. C’était la chose à laquelle elle
s’attendait le moins. Elle avait demandé du temps pour
réfléchir. Réfléchir à quoi ? A
Jack, bien entendu. « Si tout avait été
différent, je ne serais pas là », avait-il
répondu lorsqu’elle lui avait annoncé qu’elle
avait été demandée en mariage. Qu’est-ce que
ça voulait dire ? Cette simple phrase l’avait
complètement déstabilisé et elle ne put dormir la
nuit suivante. Par la suite, il s’était
éloigné d’elle, mettant une distance presque
insupportable entre eux. Pourtant, elle ne pouvait
s’empêcher de penser encore et toujours à lui,
même après que Peter soit entré dans sa vie. Lui et
ses sourires charmeurs uniquement adressés à elle, lui et
son attitude séductrice des deux derniers jours, lui et son
allure nonchalante terriblement sexy… Tout chez lui
l’attirait. Cet homme respirait la virilité, il en
était l’incarnation même. Inévitablement, sa
pensée dériva vers son corps. Ce corps qu’elle
avait si souvent rêvé de caresser, sa peau qu’elle
imaginait contre la sienne, son parfum près d’elle, si
près d’elle…
«
Oh, arrête un peu de rêver ma pauvre !... », se
morigéna t-elle, ce qui eut pour effet instantané de
faire descendre son moral à près de zéro.
La
sonnerie du téléphone la tira de ses pensées.
Fébrilement, elle se leva du canapé où elle ne
s’était même pas rendue compte être assise et
décrocha le combiné.
« -Carter.
-
Sam, chérie, c’est moi !, répondit une voix
enjouée à l’autre bout du fil.
- Ah, Pete, c’est toi ?
- Oui, qui veux-tu que ce soit d’autre ? s’amusa t-il.
- Personne, bien sûr, personne. Ca va ? demanda t-elle sans enthousiasme.
- Moi oui, mais toi ? Tu m’as l’air fatiguée…
-
Oui, c’est vrai, un peu, mais ça va, mentit-elle.
Elle s’efforça de répondre moins froidement, en
vain.
- Tu es sûre qu’il n’y a que ça ?
- Oui Peter, que veux-tu qu’il y ait d’autre ?, demanda t-elle, agacée.
-
Rien, rien, ne t’énerves pas… répondit
précipitamment le jeune homme. Je t’appelle pour te dire
que je ne pourrais pas venir te voir avant la semaine prochaine, voire
même celle d’après. Je suis vraiment
désolé, mais je ne pensais pas que cette affaire me
retiendrait aussi longtemps… Tu ne m’en veux pas ?
-
Non, je ne t’en veux pas, répondit machinalement
Sam, bien que la nouvelle ait aggravé son humeur
déjà passablement irritable.
-
Tant mieux alors ! Tu es sûre que ça va ? redemanda
t-il encore, laissant percer l’inquiétude dans sa voix.
-
Mais oui, Pete, combien de fois faut-il te le
répéter !!, dit-elle en élevant la voix beaucoup
plus qu’elle ne l’aurait voulu.
-
Je sais que tu m’as dis que ça allait ! Ce que je
veux savoir, c’est ce que tu ressens vraiment…, insista
t-il.
- Ecoute Pete, tu le fais exprès ou quoi ?
-
Mais non !, poursuivit-il en tentant de calmer sa fiancée.
Mais tu es bien désagréable aujourd’hui, ma
chérie, j’ai fait quelque chose de mal ?
- ……
- Sam ?
- ……
-
Sam, écoute, reprit-il après quelques secondes de
silence. Je ne veux pas te déranger. Je rappellerai plus tard
dans la journée, quand tu seras plus disposée à me
parler…
- C’est ça, à tout à l’heure. »
Elle
n’attendit même pas le « Je t’aime » de
rigueur et raccrocha le téléphone sans plus de
cérémonie. Cette conversation n’avait pas
réussi à la calmer, juste à l’énerver
un peu plus. Peter l’agaçait alors qu’il
n’avait rien fait de mal, si ce n’est vouloir prendre de
ses nouvelles. Elle réfléchissait à la question
lorsque le téléphone sonna pour la seconde fois.
Persuadée que c’était Peter, elle décrocha
avec l’intention de s’excuser, même si
c’était la dernière chose dont elle avait envie.
«
- Ecoute, Pete, je suis désolée, je ne voulais pas
être désagréable avec toi. Mais je ne suis pas
vraiment dans mon assiette en ce moment », dit-elle d’une
voix qu’elle voulait lasse. C’est à ce moment
qu’elle regarda le numéro qui s’affichait sur le
téléphone. Ce n’était pas celui de son
fiancé.
« - Alors, Carter, on cherche à se faire pardonner ?, demanda une voix amusée.
-
Mon Général ? s’étrangla t-elle.
Je… je suis désolée, je croyais…
-
…Que c’était Peter, j’avais
deviné, coupa t-il, toujours aussi joyeux. Et je croyais vous
avoir dit d’arrêter de vous excuser à tout bout de
champ, je me trompe ?
- Non, vous avez raison, répondit-elle en souriant. Qu’est-ce qui se passe ?
- Comment ça qu’est-ce qui se passe ? Je n’ai pas le droit de vous appeler sans raison ?
- Si, bien sûr, bafouilla t-elle alors que les battements de son cœur accéléraient.
- En fait si, j’ai menti, il y a une raison… continua t-il d’une voix plus grave.
- Laquelle, mon Général ? demanda précipitamment Sam.
-
En fait, c’est assez difficile à dire… Ca me
gêne d’avoir à vous dire ça mais…
»
Il
s’interrompit. Visiblement, ce qu’il avait à avouer
(car c’était bien ce qu’il avait l’intention
de faire apparemment, avouer quelque chose) était
particulièrement personnel pour qu’il en soit
gêné. Il faut dire que le général
O’Neill était plutôt réservé…
Plutôt ?? Non, complètement et définitivement
« réservé », pensa Sam, voire même
timide, en tout cas en ce qui concernait de près ou de loin son
intimité. Tandis que Jack essayait tant bien que mal de
reprendre une contenance à l’autre bout du fil, le
cœur de Sam battait à tout rompre dans l’attente
d’une hypothétique révélation. Il poursuivit
cependant.
-
Eh bien… Je vais devoir interrompre vos congés.
Felger a été trifouiller dans votre labo et il a
essayé de faire fonctionner un réacteur à naquada.
Il l’a malheureusement endommagé comme
c’était à prévoir. Il a failli faire
exploser toute la base ! Je l’ai mis de corvée de chiotte
pendant un mois entier ! ajouta t-il en riant légèrement.
- Je vais venir arranger ça alors, poursuivit-elle en se forçant à rire.
- Très bien, je vous attends dans une heure alors, Colonel.
- A vos ordres, mon Général. A tout à l’heure.»
Elle
reposa lentement le combiné sur son socle. Puis elle se laissa
tomber lourdement sur le canapé, non sans faire une grimace de
douleur, à cause de sa blessure. Elle tourna
légèrement la tête et regarda le
téléphone encore une fois. L’espace de quelques
secondes, elle avait cru que ce qu’il allait dire était
tout autre. Non, en fait, elle était persuadée
qu’il y avait autre chose. Elle se surprit alors à
imaginer ce qu’il aurait pu lui avouer. Qu’elle lui
manquait ? Peut-être, quoique très peu probable.
Qu’il avait besoin d’elle ? En fait il avait
réellement besoin d’elle, mais pas de la façon dont
elle l’espérait. Qu’il l’aimait ? Certainement
pas ! …
Elle
préféra arrêter là ses hypothèses
pour le moins puériles. Amusée, Sam songea qu’elle
devait avoir l’attitude d’une adolescente de quinze ans
tout au plus ! D’un pas plus léger, elle se dirigea vers
l’escalier avec l’intention de préparer son sac. Au
moins, à la base, elle ne s’ennuierait plus…
SGC, même jour, 11h47
Sam essuya ses mains moites sur son pantalon kaki. Elle sentait que son
cœur battait à un rythme bizarre,
désordonné. Ses jambes, elles, tremblaient. Elle se
redressa afin de pouvoir se tenir correctement debout. Puis, lentement,
elle leva le poing vers la porte et frappa. Juste une fois. Pas la
peine de tambouriner non plus… Elle entendit sa voix, grave mais
parfaitement distincte, résonner de l’autre
côté, lui intimant l’ordre d’entrer. Ce
qu’elle fit. Elle évita son regard en
pénétrant dans la pièce et prit bien soin de
refermer la porte derrière elle. Fermant un instant les yeux
pour se donner du courage, elle se tourna finalement vers le visage
souriant de son supérieur.
« - Ah ! Alors colonel ? C’est fini ces petites réparations ? demanda t-il d’une voix enjouée.
-
Oui, mon Général, affirma la jeune femme tout en se
mettant au garde à vous. Ce n’était pas grand-chose
en fait, il n’y avait aucun danger.
-
Repos, Carter, repos. Asseyez-vous. », lui dit-il en lui
montrant le siège en face de son bureau d’un geste de la
main. Celle-ci obtempéra. « En fait, je savais que
ce n’était pas grave… »
- Pardon ?
-
Oui, poursuivit-il, quelque peu gêné. J’ai du
trouver une excuse à la dernière minute pour vous faire
venir… Rassurez-vous ! précisa t-il devant l’air
outré de Sam, il y a une bonne raison !
-
Et qu’elle est-elle, mon Général ? demanda
Sam, espérant secrètement qu’une de ses
hypothèses était la bonne.
-
Eh bien… Vous me manquiez…, » chuchota t-il
en s’approchant légèrement au-dessus du bureau.
Elle
ne réagit pas tout de suite. L’information dut faire
plusieurs fois le trajet de ses tympans jusqu’au cerveau pour
qu’elle comprenne ce qu’il venait de dire. Mais ce dernier
finit par interpréter le message et envoya des signaux
d’alerte dans tout son corps. Elle lui manquait !!! Mon Dieu !
Elle avait mal entendu, elle avait très mal entendu,
c’était la seule explication possible… Il fallait
qu’il le répète, elle était sûre
qu’il avait dit complètement autre chose…
«
Excusez-moi, mon Général, mais… j’ai
dû mal comprendre », avoua t-elle en toute
sincérité. Pourtant, même avant qu’il ne lui
réponde, elle savait au plus profond d’elle-même
qu’elle n’avait pas rêvé.
«
J’ai dit que vous me manquiez », répéta t-il,
un sourire s’étalant sur son visage.
Cette
fois, ses mots s’inscrivirent littéralement dans la chair
de Sam, comme imprimés au fer rouge. Une sensation de bonheur
intense l’envahit alors, et elle sentit un sourire fleurir sur
ses lèvres contre sa volonté. Ce qu’elle lut alors
dans les yeux de Jack la stupéfia. Jamais elle n’aurait
cru revoir un jour cette lueur, cette chaleur dans son regard. Elle
sentait la même chaleur se répandre lentement dans ses
veines, et cette sensation la comblait au plus haut point. Des fourmis
commencèrent à ramper sur ses jambes tandis que ses
membres s’engourdissaient.
Mais,
au fur et à mesure qu’elle observait Jack, elle sentit la
panique la gagner, et le bonheur s’enfuir comme il était
venu. Pourquoi avait-il dit cela ? Et surtout, pourquoi maintenant ?
Non, en fait, seul le « pourquoi » tout court
l’intéressait. Peut-être, espérait-elle du
plus profond de son être, qu’il ressentait encore quelque
chose pour elle après tout… Elle se décida quand
même à prendre la parole, le silence durant
déjà depuis plusieurs secondes.
«
- Mais… Pourquoi vous me dites ça ? demanda t-elle en
évitant volontairement le « mon Général
» de rigueur, afin de ne pas remettre tout de suite en place
l’épaisse barrière de l’armée entre
eux.
-
Pourquoi ? répéta t-il, mi-amusé,
mi-sérieux. Mais parce que je le pense tout simplement…
»
Tout
en disant cela, il leva les yeux vers un coin du plafond de la
pièce situé derrière Sam. Intriguée,
celle-ci suivit son regard. Une caméra. Cette vision eut pour
effet désagréable de la ramener brutalement sur Terre.
Jack poursuivit comme si de rien n’était, brisant
totalement la magie qui avait pu naître quelques instants
auparavant.
«
- Bon, eh bien, colonel, vous pouvez disposer… reprit le
général, son sourire s’effaçant de ses
lèvres.
- A vos ordres, mon Général. »
Elle
se releva, les jambes légèrement tremblantes, et salua
brièvement son supérieur d’un signe de tête,
jurant mentalement contre « l’imbécile » qui
avait équipé les caméras de micros. Le trajet
jusqu'à la sortie parut durer une éternité. Elle
finit cependant par atteindre la poignée, l’actionna et se
retrouva bien vite derrière cette porte qui la séparait
maintenant de lui.
…………………………………………………………………………………………………...
Elle
se retrouva sans savoir comment à la porte de son laboratoire.
Depuis qu’elle avait quitté le bureau, elle ne cessait de
revivre mentalement la scène et les mots qu’il avait
prononcés. Elle lui manquait… En plus, ce
n’était pas simplement pour la forme, songea t-elle,
puisqu’il avait dit qu’il le pensait. Elle revit son regard
plein de sous-entendus et aussitôt, un doux frisson la parcourut
des pieds à la tête. Jack avait un effet
littéralement électrisant sur elle. Et ce qu’elle
avait lu dans ses yeux tout à l’heure n’était
pas le reflet des pensées d’un ami…
C’était purement et simplement du désir. Du
désir et peut-être quelque chose d’autre
aussi… En y repensant, une nouvelle vague de bonheur la
submergea. Elle s’assit sur le tabouret en face de son bureau, un
sourire béat sur les lèvres. Si en cet instant on lui
avait demandé comment elle allait, elle aurait répondu
« heureuse », sans hésiter.
Pourtant,
un doute subsistait dans son esprit. Comment pouvait-il encore
l’aimer après tout ce qui s’était
passé ? Après qu’elle ait accepté
d’épouser Peter afin d’essayer de l’oublier ?
Quoi ?? De l’oublier ? Mais non, voyons, si elle avait
décidé de se marier avec lui, c’était tout
simplement parce qu’elle l’aimait…
C’était évident après tout. Tellement
évident que Sam se prit la tête entre les mains,
s’allongeant à moitié sur son bureau. Elle en avait
assez de réfléchir. Assez d’essayer de deviner les
sentiments d’un homme qu’elle n’aurait de toute
façon jamais le droit d’approcher de plus près.
Assez de ne se sentir vraiment heureuse que lorsqu’il la
regardait ou se tenait près d’elle. Elle avait
déjà passé plus de huit ans à souffrir. En
vain. Jack ne lui apporterait jamais le bonheur dont elle rêvait.
L’avenir, maintenant, c’était Peter…
Daniel qui passait dans le couloir aperçut son amie
affalée sur son bureau. Curieux de nature, il décida
d’en savoir un peu plus. Il frappa doucement trois coups sur le
battant de la porte.
«
- Sam ? Est-ce que tout va bien ? » Celle-ci se redressa
brusquement, légèrement apeurée. Elle se rassura
lorsqu’elle le vit.
«
- Oui, Daniel, très bien et vous ? » demanda t-elle, la
voix faussement enjouée. Seulement, elle ne savait pas à
quel point Daniel la connaissait. Elle en prit conscience à cet
instant.
«- Moi, je vais bien, mais là n’est pas la question… poursuivit calmement l’archéologue.
- Et où est elle alors ? s’amusa t-elle.
-
Je vous ai vu la tête entre les mains en passant par
là, précisa t-il en montrant du pouce le couloir dans son
dos. Et généralement, quand quelqu’un fait
ça c’est soit qu’il réfléchit à
quelque chose de très important et de suffisamment
inquiétant, soit qu’il est très malheureux…
Alors je me demandais… dans quel cas vous étiez…
» poursuivit-il en s’asseyant sur une chaise en face de la
jeune femme.
L’espace
d’un instant, Sam songea à tout nier en bloc. Elle voulait
affirmer ce qu’elle croyait être : heureuse. Mais
l’expression qu’affichait Daniel la rassura, et elle songea
qu’elle pouvait se dévoiler à lui, sans crainte. Il
ne la jugerait pas. Il ne la jugeait jamais. C’était sans
aucun doute le meilleur ami que n’importe qui puisse rêver
d’avoir.
Alors, elle se confia. En partie seulement. Elle omit bien sûr
Jack dans son histoire, ne parlant que des doutes qu’elle
éprouvait dans sa relation avec Peter. Mais le jeune homme
n’était pas dupe, loin de là, et il avait compris
depuis longtemps le pourquoi du mal-être de Sam. Il écouta
donc patiemment les confidences de son amie, n’intervenant que
pour l’encourager à continuer, lui souriant
lorsqu’il voyait que c’était difficile…
Lorsqu’elle eut fini, Daniel décida qu’il
était temps pour lui de jouer un rôle dans cette histoire.
« - Allez le voir, dit-il simplement.
- Pete ? répondit la jeune femme, étonnée. Mais qu’est-ce que je vais lui…
- Non, Sam, pas Pete, l’interrompit Daniel, le regard plein de sous-entendus.
- Mais qui alors ? demanda t-elle, alors qu’elle savait parfaitement à qui il pensait.
-
Allez-lui parler, Sam, c’est tout ce que j’ai
à vous dire, conclut-il en jetant un regard par-dessus son
épaule. Et c’est ce que vous avez de mieux à faire,
croyez-moi. », ajouta t-il avant de tourner les talons et de
sortir de la pièce.
Elle
ne réagit même pas lorsqu’il quitta le laboratoire.
Elle était bien trop bouleversée par ce qui venait de se
passer. Daniel avait compris, tout compris. Et il n’était
peut-être pas le seul, songea t-elle en pensant à
Teal’c. Sa relation avec Jack était bien trop ambiguë
pour que personne d’autre ne l’ait remarqué.
C’était la deuxième fois en à peine une
heure qu’elle vivait une émotion intense. Bien trop pour
elle. Elle jeta un regard à sa montre, il était midi
passé. Elle pensa un instant à aller au mess, mais le
monde qui devait s’y trouver à cet instant l’en
dissuada. De toute façon, elle n’avait pas vraiment faim.
Sam
prit donc la direction de ses quartiers avec l’intention
d’aller se reposer une heure ou deux. Même si elle savait
pertinemment qu’elle ne parviendrait pas à fermer
l’œil.
SGC, même jour, 15h18.
Même pas quelques minutes ! Elle n’avait même pas
réussi à dormir ne serait-ce que quelques minutes ! Tout
en se redressant dans son lit, Sam ragea intérieurement contre
l’homme qui occupait ses pensées et qui
l’empêchait de dormir. Même en étant plus ou
moins loin d’elle, il ne quittait pas le petit coin tranquille
qu’il s’était fait dans la tête de Sam.
« Mais pas seulement dans la tête… », songea
t-elle, désabusée. Désabusée car elle
s’était habituée à cette sensation enfouie
au plus profond de son cœur. Quoiqu’elle fasse, elle serait
toujours amoureuse de cet homme. C’est la seule chose dont elle
avait pris conscience après trois heures de combat
acharné avec sa conscience afin de trouver le sommeil. Il
n’y avait rien à faire. Strictement rien. A moins
que…
D’un geste vif, elle sortit ses jambes du lit et se retrouva
debout. Un léger vertige lui fit sentir que la fatigue
était toujours présente. Qu’importe ! Elle chercha
des yeux son pantalon de treillis qu’elle avait retiré
avant de se coucher. Il était plié et posé sur la
chaise en face d’elle. Elle s’en saisit et l’enfila
rapidement. Après un rapide regard vers le miroir et une vaine
tentative de coiffage de mèches rebelles, elle sortit de ses
quartiers d’un pas décidé.
Ce n’est que lorsque Sam heurta Teal’c de plein fouet au
détour d’un couloir qu’elle sortit de ses
pensées.
« - Colonel Carter, est-ce que ça va ? demanda le jaffa tout en aidant la jeune femme à se relever.
-
Bien, Teal’c, merci, répondit Sam en
époussetant son pantalon. Je suis vraiment
désolée, ajouta t-elle, je ne vous avais pas vu…
-
Je l’avais remarqué, sourit-il
légèrement. Vous aviez l’air
préoccupée…
-
En effet, Teal’c. En fait, je cherche le
général O’Neill. Savez-vous s’il est dans son
bureau en ce moment ?, demanda t-elle.
-
Il me semble qu’O’Neill se dirigeait vers ses
quartiers quand je l’ai croisé il y a quelques minutes,
répondit-il de sa voix neutre les mains croisées dans le
dos comme à son habitude. Il y est peut-être encore…
-
Merci, Teal’c, sourit Sam. Bon, eh bien, à plus tard
!, fit-elle en s’éloignant déjà.
- A plus tard colonel Carter. », s’inclina le jaffa.
Il
regarda la jeune femme marcher rapidement puis disparaître au
bout du couloir. Son attitude lui semblait inhabituelle. Sans se poser
plus de questions, il se dirigea vers le laboratoire de Daniel
où celui-ci l’avait demandé pour une traduction
« urgente », selon ses propres mots…
Elle
se trouvait là, devant sa porte, hésitante et tremblante
comme quelques heures plus tôt. C’était maintenant
ou jamais. Elle devait avoir une discussion importante avec lui,
c’était comme si sa propre vie en dépendait.
« Savoir ou mourir… ». Bon d’accord,
c’était un peu dramatique, mais la situation
l’exigeait après tout ! Et les quartiers
n’étaient pas équipés de
caméras… Encore une fois, elle frappa à la porte,
et encore une fois, il répondit de sa voix forte et claire. Mais
cette fois, tout était différent…
Elle
pénétra dans la pièce d’un pas mal
assuré et referma la porte derrière elle. Heureusement,
la lumière était allumée. Elle se tourna alors
vers lui et son souffle se coupa brutalement. Lui, la
dévisageait avec un sourire, visiblement content que ce soit
elle qui ait frappé à sa porte. Surtout dans ces
circonstances.
«
- Ah, Carter, c’est vous ! J’ai failli vous hurler dessus,
je croyais que c’était encore Walter qui venait
m’embêter pour une histoire de toilettes bouchées !
», s’amusa t-il.
Voyant
qu’elle ne répondait pas, il suivit son regard et constata
qu’il était fixé sur son torse. D’un geste
vif, il saisit son Tee-shirt et le remit rapidement.
« - Carter ? demanda t-il la voix inquiète.
-
Mon Général ? répondit-elle, braquant
brusquement son regard vers son visage et rougissant
légèrement tout en s’extirpant de sa rêverie.
- Je peux faire quelque chose pour vous ? l’encouragea t-il d’un sourire.
-
Non… répondit-elle, les yeux dans le vague. Euh, je
veux dire, oui, mon Général ! » se reprit-elle en
sursautant.
Pendant
un court instant, son esprit avait dérivé vers des
pensées pas très catholiques à la vue du torse nu
de Jack. Nu et terriblement attirant. Elle avait essayé de
s’imaginer le contact de sa peau sous ses doigts. Une idée
très dangereuse…
« - Et ?... poursuivit son supérieur, étonnamment patient devant le mutisme de son second.
- Je… Je dois vous parler, Monsieur.
- Parler de quoi, Carter ?
- Eh bien, en fait, c’est… assez difficile à dire… hésita t-elle.
- Je vois…. C’est personnel ? demanda t-il en fuyant son regard.
-
Euh… en effet, c’est personnel, répondit Sam,
étonnée par sa perspicacité.
- Je vous écoute, ajouta t-il simplement, toujours en évitant de la regarder.
- Voilà… En réalité, je ne sais pas par où commencer…
- Commencez toujours par vous asseoir, sourit-il.
-
Oui, euh, merci… répondit-elle en s’asseyant
sur la chaise en face du lit où il était assis. Alors
voilà… » Elle prit une profonde inspiration.
« En fait, j’ai remarqué que votre comportement
envers moi avait changé depuis quelques temps… Depuis que
j’ai accepté la demande en mariage de Pete en
réalité…, précisa t-elle. J’ai
l’impression que… vous vous êtes…
rapproché de moi », continua la jeune femme en essayant
d’accrocher le regard de Jack, en vain.
Celui-ci
restait assis sur le lit et fixait obstinément un point sur sa
gauche. Après quelques secondes de silence, la jeune femme se
décida à reprendre la parole.
«
J’aimerais savoir quelque chose, Monsieur… dit-elle
simplement. J’aimerais que vous me disiez…ce que vous
pensez… »
Jack
releva la tête et la fixa intensément. Sam avait
l’impression d’être transpercée par son
regard. Il lui sembla qu’il tentait de lire en elle à
travers ses yeux.
« - A propos de quoi au juste ? demanda t-il après un bref instant de réflexion.
- A propos de moi… et de nous… » ajouta t-elle en baissant la tête.
Cette
fois, Jack se leva et se plaça juste devant elle. Elle releva la
tête, curieuse de savoir ce qu’il allait faire. Son
cœur lui semblait au bord de l’implosion. Et plus encore
lorsqu’il s’accroupit devant elle en la regardant dans les
yeux.
«
- A propos de vous… Vous le savez, inutile de
s’épancher sur le sujet, dit-il calmement et, selon Sam,
le plus sincèrement du monde… A propos de nous… la
réponse est simple et indiscutable : il n’y a pas et il
n’y aura jamais de nous. Compris ? » ajouta t-il froidement.
Elle
était abasourdie. Il l’observait, mais son regard
était différent, inexpressif. Elle ne comprit pas.
Quelques secondes plus tôt, il avouait quasiment qu’il
avait des sentiments pour elle (enfin le croyait-elle tout du moins),
et l’instants d’après, il la rembarrait sans plus de
cérémonie ! Elle sentit la colère monter
malgré elle. Il la séduisait ouvertement et
l’envoyait sur les roses quand ça lui chantait ! Mais un
espoir demeurait dans son cœur : peut-être avait-il dit
cela pour dissimuler sa souffrance ?...
«
-Vous avez choisi, j’accepte votre choix, poursuivit-il en se
relevant. C’est tout ce que j’ai à dire. Vous pouvez
disposer…
-
Attendez une minute, l’interrompit Sam. Vous vous fichez de
moi, mon Général ? s’écria t-elle presque.
Vous croyez que vous pouvez vous amuser avec moi comme ça ?
-
M’amuser ? Carter ? s’exclama t-il,
légèrement surpris de sa répartie. Mais de quoi
est-ce que vous parlez ? Vous divaguez ! »
Elle
sentit confusément les larmes lui monter aux yeux. Malgré
la colère, malgré l’indignation, ce qu’elle
ressentait par-dessus tout était de la tristesse. Un profonde et
déchirante tristesse. Il lui sembla que son cœur
s’était tout simplement arrêté de battre.
Elle s’était trompée sur toute la ligne à
son sujet. C’était la seule explication possible. Elle
voulut lui répondre, mais dès qu’elle ouvrit la
bouche pour parler, ce fut lui qui prit la parole sur un ton
méprisant, méconnaissable pour elle.
«
- Colonel, je vous rappelle que vous vous adressez à un
supérieur direct ! Alors faites très attention à
ce que vous dites…
- Ce sont des menaces ?, demanda t-elle la voix déformée par la rage.
-
Exactement ! Quelle perspicacité, bravo ! ironisa t-il.
Maintenant rompez, colonel. Allez donc passer le reste de vos
congés auprès de votre cher fiancé… Il vous
reste encore des invitations à envoyer je crois ? conclut-il
méchamment tout en lui indiquant la porte d’un mouvement
du bras.
- A vos ordres, mon Général », répondit Sam dans un salut militaire parfait.
Puis
elle sortit de la pièce. Elle courut presque
jusqu’à ses propres quartiers et s’effondra sur son
lit en pleurant. Comment avait-elle pu être aussi naïve ?
Comment avait elle pu croire un seul instant que cet homme
l’aimait ? Il voulait sûrement parler d’un sentiment
d’amitié, et pas d’autre chose ! « Mais quelle
idiote ! », ragea t-elle dans son oreiller. Elle avait tout
gâché. Plus rien ne serait comme avant maintenant. Un
profond sentiment de culpabilité l’envahit alors. Elle
avait complètement oublié Peter. Elle se releva
brusquement, le visage toujours inondé de larmes, prit son sac
qu’elle n’avait pas encore déballé et sortit
de ses quartiers en courant vers l’ascenseur. Elle se fichait
complètement des regards ahuris que lui jetaient les autres
soldats en la voyant ainsi. Lorsque les portes de l’ascenseur se
refermèrent sur elle, elle s’effondra une fois de
plus…
Daniel
la vit alors qu’elle courait dans le couloir. Il l’appela
plusieurs fois, mais elle ne l’entendit pas. Il la vit
disparaître dans l’ascenseur. Elle paraissait totalement
bouleversée. L’archéologue décida de tirer
les choses au clair. Devinant que ça avait un rapport avec Jack,
il prit la direction de ses quartiers et ne frappa même pas avant
d’entrer. Sa ferme intention de lui faire la morale
s’écroula comme un château de cartes lorsqu’il
entra dans la chambre sens dessus dessous et le vit assis sur son lit,
la tête entre les mains…
Domicile du Colonel Carter, Mardi 16 Mars, 6h01
Sam ouvrit brusquement les yeux. Elle tourna la tête vers son
réveil : même en congés, elle se réveillait
toujours à une heure très matinale. Elle se pencha vers
l’autre côté et aperçut une forme bizarre
recroquevillée sous les couvertures. Elle émit un
léger grognement lorsque Sam posa la main sur sa tête.
Prenant conscience que son fiancé dormait encore, la jeune femme
se remit complètement sur le dos et referma les yeux. Les images
de son rêve lui revinrent en tête. Ou plutôt de son
cauchemar… Toujours le même. La froideur de son regard, la
méchanceté de ses paroles… Tout était
gravé en elle, mais elle ne s’étonnait plus du tout
de cette si vive réaction. Elle s’était lourdement
trompée sur son compte. C’était un homme amer et
irascible que rien ni personne ne pourrait changer.
C’était la conclusion à laquelle elle était
parvenue après plusieurs heures passées à pleurer
de désespoir à cause de lui.
Daniel l’avait appelée le dimanche soir. Il avait
tenté de comprendre, mais Sam lui avait répondu
qu’il n’y avait rien à expliquer, que
c’était comme ça et que rien n’y changerait.
Il paraissait profondément touché par sa tristesse et
avait aussitôt proposé de passer la voir, mais elle ne
voulait voir personne. Personne, sauf Peter. Il était
arrivé la veille, tard dans l’après-midi et avait
conclu que le mal-être de Sam résultait de leur longue
séparation. Il entreprit alors de la consoler. Après un
dîner au restaurant et un film au cinéma, ils
étaient rentrés. Sam avait passé la nuit à
essayer d’oublier Jack dans les bras de son amant. Peter
était doux et attentionné, il était tout ce
qu’une femme rêvait de voir chez un homme.
C’était l’époux idéal…
Réalisant quelle ne pourrait plus trouver le sommeil, elle se
leva et descendit au rez-de-chaussée, sans avoir oublié
de déposer un baiser sur le front de son fiancé.
…………………………………………………………………………………………………...
« Bonjour ma chérie ! »
Pete
déboula dans la cuisine, visiblement de très bonne
humeur. Il embrassa Sam dans le cou, tandis que celle-ci ne put
s’empêcher de réfréner un léger
frisson de dégoût. Elle se le reprocha
immédiatement. Après tout, elle avait passé la
nuit avec lui ! Elle accrocha un sourire à ses lèvres et
se força presque à l’embrasser. Sa propre attitude
l’étonnait, la répugnait, même. Elle ne se
sentait pas tout à fait honnête envers Peter, et cela la
rongeait intérieurement. Elle prit alors la ferme
décision de faire tout ce qui était en son pouvoir afin
de le rendre heureux, simplement parce qu’il le méritait.
Après
un solide petit déjeuner, les jeunes fiancés
étaient partis en ville, histoire de faire quelques courses et
remplir le frigo pour ces courtes vacances, qui
s’avéraient finalement être une aubaine pour Sam.
Pendant les trois jours qui suivirent, elle ne fit que se consacrer
entièrement à lui, à répondre à ses
moindres désirs, à être enfin la femme qu’il
rêvait d’avoir. Ils sortaient souvent, pour aller au
restaurant ou au cinéma, faisaient de longues ballades ensemble
et se retrouvaient le soir dans le même lit à partager
leurs nuits. Ils parlaient souvent du mariage, et Pete semblait
tellement enthousiasmé que la jeune femme se surprit à
imaginer que pour elle aussi, ce serait finalement le plus beau jour de
sa vie. Elle voulait tellement ressembler à une femme normale,
enfin avoir une famille, un mari et des enfants. Oui, des enfants.
C’était à présent la chose qu’elle
désirait le plus au monde. Et il était plus que
temps… songeait-elle parfois.
Mais le samedi, tout bascula…
«- J’ai une surprise pour toi, lui susurra t-il à l’oreille.
- Ca tombe bien, répondit-elle en souriant, j’adore les surprises… »
Il la guidait en la tenant par la taille. Depuis quelques minutes, elle
avait les yeux bandés et essayait tant bien que mal
d’avancer dans la direction imposée par son fiancé.
Ils étaient dans une rue de Colorado Springs dont Sam ignorait
le nom, étant donné que Peter n’avait pas
souhaité le lui divulguer. A ses dires, c’était
très important. Alors elle jouait le jeu, heureuse de cette
complicité qui existait entre eux. Soudain, il
s’arrêta.
« - C’est là ! cria t-il presque en lui ôtant brusquement le bandeau des yeux.
- Mais Pete, à quoi est-ce que tu… » commença t-elle en riant.
Elle
s’interrompit en regardant ce qui s’étalait
maintenant devant ses yeux. Une maison. Magnifique. De type colonial.
La maison de ses rêves. Peter se plaça derrière
elle et enroula ses bras autour de sa taille.
«
Je l’ai acheté… pour nous… lui dit-il
doucement à l’oreille. Pour nous et nos enfants…
»
Elle
essaya de dire quelque chose. Dire qu’elle la trouvait
magnifique, que c’était la maison dont elle avait toujours
rêvé, qu’elle était en ce moment la femme la
plus heureuse du monde, qu’elle l’aimait…
Mais
aucun son ne sortit de sa bouche. Ses jambes lui semblaient
paralysées et ses pieds scotchés au sol. Elle sentit une
étrange impression l’envahir. Une sensation de vide. Tout
devenait soudain trop réel. Bizarre ça, se sentir vide
à cause de quelque chose de trop réel…
Désespérément réel. Elle se sentait
désemparée. Comme une brebis égarée en
plein désert. La panique la saisit et Sam eut l’impression
de redevenir une petite fille, déboussolée. Son monde si
parfait s’écroulait autour d’elle, tout partait en
lambeaux. Elle avait tout prévu, tout calculé, tout
préparé, mais ce qu’elle ressentait en cet instant,
elle ne s’y attendait vraiment pas. C’était comme si
son cœur gelait littéralement dans sa poitrine, comme si
une main de fer venait de l’empoigner. Elle sentit Peter se
raidir dans son dos. Il attendait une réaction.
« - Sam ? demanda t-il, inquiet. Ca ne va pas ?
- Je… C’est….
-
Si elle ne te plaît pas, on peut trouver autre chose,
dit-il pour la rassurer. Le notaire va penser que je me moque de lui,
mais ça ne fait rien tu sais, ajouta t-il dans un sourire.
-
Non, ce n’est pas… Pete, tu aurait dû
m’en parler, finit-elle par dire un peu froidement.
- Mais, chérie, balbutia t-il. C’était une surprise !
- Quelle surprise, en effet ! répliqua t-elle ironiquement.
- Je croyais que ça te ferait plaisir… fit-il en grimaçant.
- Je suis ravie ! »
Sa
voix se brisa sur la dernière syllabe. Elle sentit les larmes
affluer à ses yeux, et ne prit même pas la peine de
retenir les premières, qui coulaient maintenant le long de ses
joues. Peter la retourna dans ses bras et la mit face à lui.
Incrédule, il esquissa un mouvement pour les essuyer, mais elle
détourna la tête. Une idée absurde lui vint en
tête. Et si elle s’enfuyait ? Loin, très loin
d’ici. Loin de lui surtout. Elle plongea son regard embué
dans le sien et y lit de la peur, de l’étonnement aussi.
Elle ne s’en formalisa pas et le contourna pour
s’éloigner.
«
Sam ! » Il tenta de la prendre par le bras. Mais celle-ci
s’éloignait déjà à grands pas…
«
SAM ! Attends ! S’il te plaît ! » Il se mit à
courir derrière la jeune femme. Mais elle aussi se mit à
courir en l’entendant se rapprocher. Le bruit de ses pas
s’arrêta très vite. Lorsque elle se retourna au bout
de quelques minutes, il n’était plus dans son champ de
vision. Il avait sûrement dû s’arrêter,
découragé par son attitude, et avait dû faire
demi-tour. Elle ne s’arrêta pas pour autant et continua sa
course effrénée. Elle ne savait pas où elle
allait. Tout ce qui comptait, c’était de
s’éloigner de cette ville, le plus loin possible de cette
vie dans laquelle elle se sentait dangereusement oppressée,
emprisonnée. Les larmes coulaient maintenant à flots et
son visage était inondé de larmes. Les passants la
regardaient d’un air intrigué, mais elle ne s’en
soucia pas le moins du monde. Elle se sentait impuissante et avait
l’impression que tout contrôle lui échappait. Tout
ce qui comptait à présent, c’était de
courir, de fuir.
La nuit tombait sur Colorado Springs.
Colorado Springs, Samedi 20 Mars, 21h00
Sam
s’était finalement arrêtée de courir. La
pluie tombait depuis plusieurs minutes déjà, et
l’eau ruisselant sur ses joues avait peu à peu
effacé les larmes qui y coulaient. En passant devant chez elle,
elle avait réalisé que Peter l’y attendait et
qu’elle n’avait aucune envie d’y retourner pour le
moment.
C’est
en traversant sa rue qu’elle l’avait remarqué. Il y
avait de la lumière à l’intérieur. Cela la
surprit plus que le fait que ses pas l’avaient menée
indirectement dans sa rue. Il ne devrait pas être chez lui en
principe, mais à la base.
Elle
s’était arrêtée devant chez lui et observait
maintenant la porte d’entrée, avec une envie lancinante de
franchir la distance qui la séparait de lui et de
l’ouvrir. Elle était déjà venue chez lui, et
elle mourrait d’envie depuis d’y revenir. Pourtant, elle
continua à fixer la porte, complètement perdue dans ses
pensées.
Jack
venait d’allumer la télé et avait l’intention
de passer son samedi soir à regarder le match de hockey. De la
détente, voilà ce qu’il lui fallait ! Surtout
après ce qui s’était passé avec
Carter… Jamais il n’aurait cru qu’elle viendrait lui
parler. Et pourtant…
La pluie tombait en faisant un bruit d’enfer.
« Sale temps ! ». Tout à fait à l’image de son état d’esprit…
C’est
lorsqu’il passa devant la fenêtre de son salon qu’il
l’aperçut au dehors. Elle était là, sous la
pluie battante, et fixait sa porte d’entrée. Surpris, il
ne réalisa pas tout de suite, mais il revêtit finalement
un manteau épais, puis sortit de la maison pour la rejoindre.
Elle ne réalisa ce qui était en train de se passer que
lorsque il la prit par les épaules en criant son nom pour la
faire réagir.
…………………………………………………………………………………………………...
Il
n’avait rien dit de plus et elle lui en était
reconnaissante. Maintenant assise sur le canapé de son salon,
trempée jusqu’aux os, Sam se sentait mieux. En
sécurité.
« - Tenez, Carter, dit-il simplement en lui tendant une couverture.
- Merci.
-
Je vais aller vous préparer une bonne tasse de café
bouillant, ajouta t-il en s’éloignant.
- Merci. », répéta t-elle, l’air absent.
Elle s’emmitoufla dans la couette et huma son odeur. L’odeur de Jack. Il lui avait donné sa couverture.
Mais
maintenant, il allait falloir tout expliquer. Elle n’avait pas le
droit de venir chez lui sans raison. Cette perspective lui fit peur, et
elle songea un instant à repartir pendant qu’il
était à la cuisine. Mais non. Elle était
peut-être lâche, mais pas à ce point là. De
toute façon, elle pourrait toujours lui mentir.
«
Voilà. Buvez ça, vous vous sentirez mieux. » Elle
se saisit de la tasse brûlante qu’il lui tendait tandis
qu’il éteignait la télévision et
s’asseyait en face d’elle, sur le fauteuil. Il croisa ses
mains sur ses genoux et commença à la dévisager.
« Vous voulez en parler ? », demanda t-il doucement.
A
ces mots, Sam repensa à ce qu’elle avait fait subir
à Peter et une profonde culpabilité la saisit. Les larmes
recommençaient à affluer, mais elle se retint de pleurer.
Pas devant lui. Malheureusement, il n’était pas du tout
dupe.
Sans
hésiter, il se leva et vint s’asseoir à
côté d’elle. Il la prit par l’épaule et
la força à appuyer sa tête sur lui. Elle fondit en
larmes. Il prit la tasse des mains de la jeune femme et la posa sur la
table basse.
Cela
dura pendant plusieurs minutes. Elle pleurait au creux de son
épaule. L’épaule d’un ami. Toute sa peine
refaisait surface et elle avait littéralement envie de hurler.
Lorsqu’elle se calma, il l’éloigna un peu de lui et
la regarda dans les yeux. Il y lut une profonde détresse qui lui
brisa le cœur. Du pouce, il essuya les dernières larmes de
Sam et lui sourit. Elle y répondit d’un faible, mais
encourageant sourire. Il la regarda encore quelques secondes, puis lui
posa la question qui lui brûlait les lèvres.
«
- Alors ? Vous voulez bien me dire pourquoi vous preniez une douche en
plein air devant chez moi ? demanda t-il en souriant.
-
C’est à dire que…, répondit-elle
après un instant de silence, je… j’ai fait une
bêtise… »
Elle avait la moue d’une enfant prise en faute, et Jack s’en amusa tout autant qu’il s’en attendrit.
« - Une bêtise ? répéta t-il. Quel genre de bêtise ?
- J’ai… Je me suis enfuie.
- Enfuie ?
-
Oui. Peter a acheté une maison, et quand il me l’a
montré, je me suis enfuie. », avoua t-elle.
Elle
avait décidé de ne pas lui mentir. A quoi bon
après tout, puisqu’il lisait en elle comme dans un livre
ouvert…
Jack,
lui, était abasourdi. Il pensait qu’elle filait le parfait
amour avec son « Pete ». En fait, non, songea t-il, «
sinon, elle ne serait pas venue me parler ». A ce souvenir, il se
sentit coupable d’avoir ainsi rabroué Sam. Elle ne le
méritait pas. Ce qu’il avait devant les yeux,
c’était une jeune femme complètement perdue.
« - Vous avez eu peur ? demanda t-il avec douceur.
- En quelque sorte, oui, répondit-elle. Tout ça va trop vite…
-
Tout ça quoi ? poursuivit Jack, profitant du fait
qu’elle se confiait ainsi à lui pour poursuivre la
conversation.
- Le mariage, entre autres… Ma relation avec lui, en fait.
- Vous l’aimez ? »
Etonné
d’avoir lui-même posé cette question, il se figea
aussitôt. Il voulut lui dire qu’elle n’était
pas obligée d’y répondre, mais il était bien
trop curieux de connaître la réponse qu’il
s’en empêcha.
Sam
le fixa. Incapable de répondre à sa question, elle tenta
de faire passer tout ce qu’elle ressentait par son regard. Tout
l’amour qu’elle éprouvait pour lui.
Il
avait compris le message. Il se passa la main dans les cheveux et
gratta sa nuque. Jack O’Neill semblait embarrassé.
Très embarrassé…
Elle
ne put détacher son regard de cette main. Elle éprouva
tout à coup une folle envie d’y joindre la sienne et de
caresser elle aussi sa peau. Plus qu’une envie, un besoin. Et
visiblement, elle n’était pas la seule à ressentir
ce besoin.
Comme
deux aimants, ils se rapprochèrent involontairement et Jack fit
glisser sa main sur la joue de Sam. Elle ferma les yeux et, totalement
inconsciente de ce qu’elle était en train de faire, elle
abolit la distance qui séparait leurs lèvres.
Magique.
C’est ce qu’elle pensa lorsque Jack l’embrassa. Son
cœur faisait des bonds gigantesques dans sa poitrine, et elle
voulut approfondir le baiser. Mais Jack se recula
précipitamment, l’air horrifié. Sam, elle,
grelottait de froid.
«
Je suis vraiment désolé, Carter, pardonnez-moi…
», balbutia t-il en s’éloignant encore.
Il
fixa encore une fois ses yeux afin de sonder ses pensées. Tout
ce qu’il put y lire, c’était une profonde
déception. Et cela le troubla profondément.
«
- Je vais aller vous chercher de quoi vous changer, ajouta t-il.
Après, je vous ramènerais chez vous…
-
Non ! s’exclama t-elle en l’interrompant, reprenant
soudain conscience de l’endroit où elle était et de
ce qu’elle venait de faire. Non, s’il vous plaît,
supplia t-elle, plus doucement, je ne veux pas, pas maintenant…
-
Bon, eh bien… reprit-il d’une voix mal
assurée, tentant vainement de reprendre contenance. Je peux vous
proposer mon lit, je dormirai sur le canapé…
- Non… », répéta t-elle d’une voix que Jack ne lui connaissait pas.
Ce
faisant, elle se leva et s’approcha de lui, la couverture tombant
à ses pieds. Le sang de Jack se glaça dans ses veines.
Pour bouillir l’instant d’après. Elle était
trop près. Beaucoup trop près. Il pouvait voir les larmes
encore accrochées à ses cils. Lorsqu’elle se pencha
pour un second baiser, il se maudit de se laisser ainsi faire. Il
saisit ses bras et voulut l’écarter de lui, mais elle
résista. De plus, le regard qu’elle lui lança lui
ôta toute envie de se battre contre son envie de la sentir tout
contre lui. Alors, il l’embrassa de nouveau. Encore une fois,
elle voulut approfondir le baiser, et il y répondit. Elle
tremblait, mais elle ignorait si c’était de froid ou de
désir. A cet instant, chaque parcelle de son corps
l’appelait à lui et elle n’avait plus qu’une
envie : sentir la peau de Jack contre la sienne. Finalement, elle opta
pour le désir et se laissa complètement aller à
l’appel de ses sens. Le contact des mains de Jack sur son corps
l’électrisa, et elle passa les siennes sous son Tee-shirt.
Ils avaient maintenant perdu tout contrôle. Il semblait que leurs
deux corps s’appelaient désespérément.
S’abandonnant à la chaleur qui envahissait leurs membres,
ils se laissèrent tomber sur le canapé…
Domicile du Général O’Neill, Dimanche 21 Mars, 10h17
Sam
émergea doucement du sommeil. Le soleil lui agressa les yeux, et
elle enfouit sa tête dans son oreiller. Oreiller ?? Mais il
n’y avait pas d’oreiller dans le… Sam se redressa.
Elle n’était plus dans le canapé, mais dans un lit.
Son lit apparemment. Elle pouvait sentir son odeur sur les draps. En
jetant un regard circulaire autour d’elle, elle constata que
l’ameublement était des plus simples. Une armoire, une
commode, une table de nuit, un lit. Ce lit même dans lequel elle
était allongée, nue. Ses affaires étaient
posées sur la commode, soigneusement pliées. Jack
n’était pas à ses côtés. Un vague
sentiment de culpabilité l’envahit. Elle avait
passée la nuit avec lui et avait complètement
oublié Peter. Son propre comportement la surprit. Jamais elle
n’aurait pensé être un jour infidèle. Mais
voilà, elle n’avait pas vraiment réfléchi
aux conséquences de ses actes. Et quels actes ! songea t-elle en
souriant. Elle enfouit sa tête dans les draps et respira
profondément l’odeur de l’homme qu’elle aimait
imprégnée dans le tissu. Parce qu’elle avait les
idées claires maintenant. Il n’y avait que lui. Il
n’y avait toujours eu que lui, en fait. Personne d’autre.
Son cœur se gonfla et pour la première fois depuis
quelques jours, elle se sentit vraiment heureuse. Comblée.
Qu’importe ce qui pourrait arriver maintenant, elle venait de
goûter au vrai bonheur et une chose était sûre,
c’était qu’elle ne pourrait plus s’en passer
une seule seconde.
Mais
un doute s’immisça en elle. Et lui ? Qu’en
pensait-il ? Peut-être avait-il été
déçu… Impossible, se dit-elle en secouant la
tête. Elle se sentit rougir. Jack était un amant
formidable. Jamais elle n’avait été aimée
comme ça, jamais…
Pleine
de certitudes sur l’état d’esprit de Jack. Elle
repoussa les draps. Se dirigeant vers la commode, elle jeta un regard
au miroir en passant devant la garde-robe. Elle était belle.
Tout simplement belle. Et rayonnante ! songea t-elle en se moquant du
sourire niais qui flottait sur ses lèvres. Qu’importe !
Elle entreprit de s’habiller, puis sortit sur le palier. Il
n’y avait aucun bruit dans la maison. Légèrement
inquiète, elle descendit quelques marches d’escalier et le
vit. Il était dans le canapé, la tête entre les
mains. La tasse de café de la veille était toujours
posée sur la table basse. Très peu confiante sur ce qui
allait suivre, elle avança finalement jusqu’au milieu du
salon. Il ne semblait pas l’avoir entendue, perdu dans ses
pensées.
« Jack ? » appela t-elle d’une voix douce.
Elle le regretta aussitôt. Son visage affichait une mine fermée, inexpressive. Sa mine des mauvais jours…
« Carter… », dit-il en soupirant.
Il l’avait appelée par son nom de famille. Mauvais signe, songea t-elle. Il poursuivit.
«
Ecoutez… Ce qui s’est passé était une
erreur… », annonça t-il sans aucun préambule.
Sam
sentit ses jambes faiblir. Sa réaction était tout le
contraire de ce qu’elle attendait. La sensation de joie ressentie
quelques instants plus tôt s’évanouit
instantanément.
«
- Je… J’ai appelé chez vous. Votre fiancé ne
devrait pas tarder à arriver, dit-il simplement.
-
Quoi ? s’étonna t-elle. Vous avez fait… quoi
?? demanda t-elle en élevant la voix, revenant naturellement au
vouvoiement.
-
Ecoutez, répéta t-il en levant la main. Jamais ce
qui s’est produit n’aurait dû arriver, et vous le
savez tout autant que moi. J’ai profité de votre faiblesse
et je m’en excuse, dit-il piteusement.
- De ma faiblesse ? Mais… je… C’est moi qui ait prit l’initiative, non ? »
Sam était abasourdie. A ses mots, Jack se releva et s’approcha d’elle.
«
- Nous avons transgressé la loi, Carter, je vous le rappelle,
dit-il simplement, haussant légèrement le ton.
- Mais, je croyais…
- Eh bien vous croyiez mal, la coupa t-il. Je n’étais pas dans mon état normal.
-
Pas dans votre état normal ? s’étrangla Sam.
Merci, mais je l’avais remarqué !
- Colonel ! rugit-il. Je vous interdis de me parler sur ce ton ! »
Ses
yeux lançaient littéralement des éclairs. Sam,
elle, était maintenant plus en rage qu’autre chose.
Comment osait-il ? Le bruit d’une voiture qui
s’arrêtait devant la maison se fit entendre.
«
- Colonel, reprit-il, rien de ce qui s’est passé ici cette
nuit ne doit sortir de cette maison, c’est compris ?
- Désolée, mais je ne peux pas l’oublier si facilement, rétorqua t-elle.
-
Eh bien vous vous y efforcerez quand même, s’exclama
t-il. Nous avons juste couché ensemble dans un moment
d’égarement. Point final. Fin de l’histoire.
», conclut-il sur un ton qui se voulait méprisant.
Elle
était sciée. Comment pouvait-il se montrer si tendre et
à la fois si cruel? Quelqu’un frappa à la porte.
Jack lui jeta un dernier regard, puis alla ouvrir la porte, tandis que
Sam essayait tant bien que mal de rassembler les morceaux de son
cœur brisé.
…………………………………………………………………………………………………...
Il
n’avait fait aucun commentaire en la voyant. Jack lui avait dit
qu’elle était arrivée chez lui le matin même
pour ne pas éveiller ses soupçons. Ils
s’étaient simplement serrés la main, puis Sam
était repartie avec lui sans un regard pour l’homme avec
qui elle avait passé la nuit. Mais elle savait que Peter avait
deviné ce qui s’était passé, du moins en
partie. La preuve était qu’il ne lui avait pas
demandé où elle était avant d’arriver chez
Jack. Et aussi qu’il roulait beaucoup trop vite dans les rues de
Colorado Springs.
Sam,
elle, avait la tête baissée. Elle était à la
fois outrée par l’attitude de Jack et complètement
bouleversée. Elle ne pleurait pourtant pas, estimant
l’avoir assez fait ces dernières heures pour être
à court de larmes. Le visage de Peter était fermé
et il était concentré sur la route. Il le semblait tout
du moins. Lorsqu’il s’arrêta devant la maison de Sam,
il jeta un regard en coin à la jeune femme avant de sortir de la
voiture, en faire le tour et lui ouvrir la portière. Il lui
tendit le bras pour l’aider à sortir. Elle accepta son
aide et se retrouva bientôt assise dans le canapé du
salon, une tasse de café à la main. Cette scène
lui rappelait étrangement celle qui s’était
déroulée la veille, et pourtant, tout était
différent. La donne avait complètement changé.
Elle devait maintenant assumer les conséquences de ses actes,
effrayée à l’idée de devoir tout lui
raconter. Il se plaça devant elle, debout, et essaya de capter
son regard. Mais, elle, fuyait désespérément le
sien.
« Alors ? » demanda t-il simplement. Sa voix était légèrement empreinte de colère.
«
Alors ? » répéta t-il moins calmement devant le
mutisme de Sam. Celle-ci leva finalement les yeux vers lui, et la
tristesse qu’il y lut le radoucit quelque peu. Il s’assit
à côté d’elle, mais elle eut un mouvement de
recul lorsqu’il essaya de lui prendre la main. Surpris, il reprit
la parole.
« Sam… Tu veux bien me dire ce qui s’est passé ? » demanda t-il simplement.
Il
avait tout deviné, Sam s’en doutait. Il ne lui restait
plus qu’à jouer cartes sur table à présent.
Elle soupira intérieurement, puis se décida enfin
à prendre la parole.
« - Pete, commença t-elle… Je ne crois pas que la maison soit une bonne idée…
-
Ca, je l’avais compris, dit-il doucement. Ce que je
voudrais savoir, c’est où tu étais cette
nuit…
- Chez le Général O’Neill, répondit Sam, la tête basse.
- Et ?... poursuivit-il, redoutant pourtant plus que tout au monde la réponse.
- Et… hésita t-elle. Je… suis désolée… », finit-elle par dire.
Pas
besoin d’en dire plus. Tout avait été dit. Peter
s’enfouit la tête entre les mains, puis lui demanda sans la
regarder.
« - Ca fait combien de temps que ça dure ?
-
Que… Quoi ? Non, Peter, ça n’est pas ce que
tu crois, répondit-elle étonnée.
-
Ah oui ? Pourtant, tu viens de m’avouer que tu avais
passé la nuit avec lui, dit-il en redressant la tête,
excédé.
- Oui, mais… C’était un accident, avoua t-elle en relevant la tête.
-
Un accident ? s’énerva t-il. Tu veux me faire croire
que tu as couché avec ce type par accident ?
- Exactement, répondit-elle, la voix brisée.
- Alors c’est fini ? » demanda t-il après quelques secondes de silence.
Sam
le regarda cette fois dans les yeux. Elle était incapable de
répondre à sa question. Tout était encore bien
trop confus dans sa tête pour pouvoir penser clairement. Peter se
leva et enfila son manteau.
«
Ecoute, Sam… Je peux comprendre que notre histoire va un peu
trop vite pour toi, mais ce que je n’admets pas, c’est que
tu te réfugies dans les bras du premier venu…, dit-il
calmement. Je vais te laisser réfléchir un peu…
Sam, je t’aime, chuchota t-il en s’accroupissant devant
elle, mais je crois qu’on doit respirer un peu tous les deux. Je
pars pour quelques jours, n’essaye pas de me joindre. »,
conclut-il en se relevant.
Il
s’éloigna en direction de la porte, laissant la jeune
femme là où elle était. Lorsqu’elle
l’entendit actionner la poignée, elle se retourna
vivement. Il la regardait
« Je ne sais pas si j’arriverai à te pardonner un jour, Sam. Mais j’essaierai… »
Puis
il referma la porte derrière lui. Elle entendit le moteur de sa
voiture vrombir, puis s’éloigner, jusqu’à ne
plus rien entendre. Encore une fois, Sam eut l’impression que
tout s’écroulait autour d’elle. Le lendemain, elle
devait reprendre le travail, mais rien au monde ne lui parut plus
difficile en cet instant que la perspective de retourner au SGC.
SGC, Lundi 21 Mars, 8h00.
L’ascenseur
était vide. Sam s’en réjouit et l’emprunta
afin de se rendre au niveau de la salle de briefing, non sans
être passée par l’infirmerie et avoir eu
confirmation qu’elle pourrait reprendre du service. Elle
était revenue à la base dès la veille au soir, ne
supportant plus de rester seule chez elle. Elle n’avait cependant
presque pas dormi de la nuit, agitée de cauchemars
retraçant les évènements du week-end. Mais elle
avait tout de même prit une résolution concernant son
avenir. Elle s’interrompit dans ses réflexions lorsque les
portes de l’ascenseur s’ouvrirent. Elle pria
intérieurement pour que ce ne soit pas lui. Heureusement, la
tête, puis le corps de Daniel apparurent dans son champ de
vision, les bras chargés de dossiers.
« - Ah ! Sam ! dit-il joyeusement. Alors, ces vacances ?
- Ca a été, Daniel, répondit-elle en se forçant à sourire. Et vous ?
-
J’en ai profité pour finir la traduction de P2M-665,
répondit-il tout en ajustant ses lunettes sur son nez, signe
pour lui d’un enthousiasme débordant. C’est
très intéressant, j’avais d’ailleurs
l’intention d’en parler au briefing justement…
-
Ca a l’air intéressant en effet... »,
sourit-elle, sincèrement cette fois. Revoir son ami lui fit plus
de bien qu’elle ne l’aurait imaginé. Celui-ci
l’observait, debout à ses côtés.
« - Vous êtes sûre que ça va ? demanda t-il. Vous m’avez l’air…
- Fatiguée, Daniel, le coupa t-elle. Je suis simplement fatiguée.
-
Ah bon ? Pourtant vous sortez d’une semaine de
congés… », remarqua t-il, perspicace.
Elle
s’apprêtait à répliquer, mais les portes
s’ouvrirent au niveau 27, aubaine dont profita Daniel pour
échapper à une éventuelle remarque de Sam. Elle le
suivit, et ils se retrouvèrent bientôt en salle de
briefing. Teal’c était déjà là, assis
dans son fauteuil, les main croisées sur son ventre, ainsi
que…
« - Mon Général, salua Sam dans un salut militaire parfait, tandis que son cœur cessait de battre.
-
Repos Carter, répondit-il après l’avoir
salué à son tour en la regardant à peine.
- Bonjour, colonel Carter, salua Teal’c de son habituelle voix posée.
- Bonjour Teal’c.
- Jack ? On est en retard ? demanda Daniel.
- Non, pourquoi ?
- Parce que d’habitude vous arrivez après nous, alors je me demandais…
-
Oui, bon, Daniel, on a compris, le coupa Jack d’une voix
lasse. Je n’ai pas le droit d’être à
l’heure de temps en temps ?
- Si, si, bien sûr, répondit Daniel tout en s’asseyant sur son siège.
- Bien ! Alors, il paraît que vous avez quelque chose à nous montrer ? dit-il en soupirant.
-
En effet ! Comme vous le savez, j’ai fini la traduction de
P2M-665, et ce que j’y ai découvert est
véritablement stupéfiant ! En fait, le peuple disparu
possédait des caractéristiques très
intéressantes… »
Sam
décrocha au bout de quelques secondes. D’habitude,
pourtant, rien que l’enthousiasme de Daniel pour une
découverte scientifique parvenait à capter toute son
attention, mais là, elle était plutôt
dirigée vers l’homme qui se trouvait à
l’autre bout de la table. Mais elle ne le regardait pas pour
autant, Elle focalisait juste ses pensées sur cet être
pour qui elle éprouvait à la fois une profonde
répulsion et un attrait presque incontrôlable. Elle ne
cessait de se repasser le film des récents
évènements, tout en étant consciente qu’elle
se faisait du mal plus qu’autre chose. Et bien qu’en y
mettant toute la volonté du monde, elle savait qu’elle ne
parviendrait jamais à oublier cette nuit-là. Elle
entendit à peine Jack annoncer le lieu de leur prochaine mission
et se contenta de prendre d’un air absent le dossier que
Teal’c lui tendait. Lorsque Daniel eut finit de présenter
les caractéristiques de la planète à visiter, elle
émergea de sa quasi-léthargie et annonça une
nouvelle qui surprit tout le monde.
« - Mon Général, je souhaite ne pas participer à cette mission, dit-elle simplement.
- Pardon ? demanda celui-ci. Et en quel honneur ? ajouta t-il un peu froidement.
-
Parce que je souhaite vous remettre ma démission,
répondit-elle en sortant une lettre de sa poche.
- Votre démission ? s’étonna Daniel, plus rapide que Jack. Mais pourquoi ?
-
Pour des raisons personnelles, répondit la jeune femme en
jetant un regard glacial à son supérieur.
-
Refusé, colonel, dit simplement Jack. Vous n’avez
pas à faire part d’une telle nouvelle en plein briefing.
Vous participerez à cette mission, c’est un ordre.
-
Mon Général, avec tout le respect que je vous dois,
rétorqua Sam sans s’étonner du ton de Jack,
j’ai déjà fait part de ma décision au
Pentagone, et ils estiment que ma mutation là-bas serait
très utile, en tout cas, ils ne s’y opposent pas.
-
Eh bien, je trouve que vous allez vite en besogne !
s’exclama Jack. Vous étiez censée m’en
informer, colonel !
- Mais c’est ce que je suis en train de faire, mon Général, répliqua t-elle.
-
De plus, votre vie personnelle n’a pas à
interférer dans votre travail, à ce que je sache,
remarqua Jack, sans relever l’ironie de la jeune femme.
-
Les motifs de ma mutation ne vous regardent pas, mon
Général, répondit-elle. Enfin, ils ne vous
regardent plus…
-
Colonel ! fulmina Jack. Je vous rappelle que vous vous adressez
à un supérieur, alors je serais vous,
j’éviterais ce genre de ton avec moi! »
A
ces mots, Sam ferma les yeux une seconde. Finalement, elle le salua
brièvement, et sans attendre son accord, elle sortit de la
pièce sans se retourner.
Daniel
la suivit des yeux, puis se tourna vers Jack, incrédule. Ce qui
venait de se produire ne leur ressemblait pas du tout. Il interrogea
son ami du regard, mais l’expression qu’il affichait le
dissuada de faire la moindre remarque. De tout façon, ça
avait sûrement un rapport avec leur discussion, puisque Sam en
était ressortie en larmes. Mais lorsqu’il avait
été voir Jack, celui-ci avait tout nié en bloc,
malgré l’évidence.
Teal’c,
lui, haussa le sourcil, signe d’une grande perplexité.
Jack quitta finalement la pièce, et on entendit la porte de son
bureau claquer bruyamment.
…………………………………………………………………………………………………...
Elle
n’en revenait toujours pas. Elle ne l’avait jamais vu
aussi… odieux, il n’y avait pas d’autre mot, et
encore moins avec elle. Mais à la réflexion, elle se dit
qu’elle aurait dû prévoir cette réaction. En
réalité, celle-ci n’aurait pas dû
l’étonner : après huit ans passés à
travailler à ses côtés, elle avait pu avoir un
aperçu de ses sautes d’humeur. Mais jamais elle
n’aurait pensé que Jack puisse être un homme
à ce point détestable. Car elle le détestait en
cet instant. Pire, elle le haïssait. Elle n’avait
qu’une envie, lui coller son poing dans la figure et sentir les
os de son nez craquer sous ses doigts. Bon d’accord,
c’était peut-être un peu… violent…
Mais c’était tout ce qu’il méritait.
Sam
s’était directement dirigée vers ses quartiers.
Elle entassait à présent ses affaires dans un grand sac.
Il ne lui avait pas fallu plus de deux secondes pour prendre la
décision de partir tout de suite. Tout ce qui lui importait,
c’était d’être le plus loin possible de cet
homme. De toute façon, il devait sûrement être en
train de téléphoner au Pentagone pour avoir confirmation
de sa mutation. Elle les avait appelé la veille et avait
longuement discuté avec le responsable du département de
recherche du programme « Porte des Etoiles », qui avait
alors fait tout son possible pour obtenir la mutation de la jeune femme
au plus vite. Et ça s’était fait très
rapidement. Quelques « haut placés » devaient penser
qu’elle serait plus utile en tant que scientifique à temps
complet plutôt que soldat, du fait de sa condition
féminine. Mais pour une fois, cela ne la dérangeait pas
le moins du monde. Elle allait déménager et tout faire
pour que Peter lui pardonne. Après tout, ce n’était
qu’une lamentable « erreur de parcours »…
C’était sa dernière chance d’être
heureuse, et elle n’allait sûrement pas la laisser passer.
Mais apparemment, Daniel n’était pas du tout de cet avis.
« - Je peux savoir ce qui se passe ? lui demanda t-il gentiment, appuyé sur le chambranle de la porte.
- Pardon ? s’étonna Sam en faisant volte-face.
- Non, parce que là, j’ai pas tout compris… dit-il simplement en fixant le sol.
-
Il n’y a rien à comprendre, Daniel, répondit
la jeune femme, comprenant où il voulait en venir.
- Dois-je en conclure que votre discussion s’est mal passée ?
-
En effet, répondit-elle simplement. Disons qu’il
n’a pas été très… coopératif,
avoua t-elle, en omettant cependant de faire allusion aux
évènements des deux derniers jours.
- Je suis désolé, confia t-il.
-
Ce n’est pas de votre faute, Daniel, le rassura t-elle tout
en recommençant à enfourner des vêtements dans son
sac. Je n’aurais pas dû aller lui parler, ce fut une
grossière erreur…
- Justement, c’est moi qui vous l’avais conseillé, poursuivit-il sur un ton d’excuse.
- Peu importe maintenant…
- Alors vous allez nous quitter ? demanda t-il, la voix empreinte d’une légère tristesse.
- Oui, répondit-elle simplement.
- Vous ne voulez pas réfléchir un peu avant de prendre votre décision ?
-
Ma décision est déjà prise, Daniel, et
j’y ai déjà beaucoup réfléchi,
souffla t-elle. Je suis vraiment désolée, s’excusa
t-elle en se redressant pour regarder son ami.
- Pourquoi ? Enfin je veux dire, pourquoi maintenant ? l’interrogea t-il.
-
Tout simplement parce qu’il est temps que je consacre plus
de temps à ma vie privée. Je vais fonder une famille, et
je préfère le faire loin de tout ça, confia
t-elle, une nuance de regret dans la voix.
-
Je comprends, dit-il en hochant la tête. Mais ça ne
sera plus pareil sans vous… ajouta t-il après un moment
de silence.
- Je sais… »
Comme
pour s’excuser encore une fois, Sam s’avança vers
l’archéologue et le serra dans ses bras. Il
répondit docilement à l’étreinte de son amie.
« - Vous allez nous manquer, chuchota t-il à son oreille.
-Vous aussi… », répondit-elle, la voix légèrement cassée par l’émotion.
C’est
ce moment que choisit Teal’c pour se joindre à eux. Sam
relâcha Daniel et prit le jaffa dans ses bras. Surpris, ce
dernier se laissa pourtant faire, comprenant que c’était
très important pour la jeune femme. Elle le libéra
à son tour puis, saisissant son sac d’une main, elle
sortit de la pièce. Elle avança de quelques pas dans le
couloir, puis se retourna. Ils étaient là, tous les deux,
graves et tristes.
«
Au revoir ! », leur dit-elle en faisant un signe de la main. Tous
deux lui répondirent en souriant, et cela lui mit du baume au
cœur. Elle fit alors volte-face en se dirigeant pour la
dernière fois vers l’ascenseur qui la ramena à la
surface. Elle ne lui avait même pas dit au revoir…
Washington DC, Jeudi 7 Avril, 15h27
« -Nous sommes donc bien d’accord, mademoiselle Carter, demanda la responsable d’agence dans un sourire.
- Absolument d’accord ! acquiesça t-elle en souriant. Cet appartement est une vraie merveille !
-
C’est vrai, je dois l’avouer. Il vient juste
d’être libéré, vous avez beaucoup de chance !
»
Sam
ne réagit pas. De la chance ? Pas dans tous les domaines en tout
cas, songea t-elle, désabusée. Elle se contenta donc de
sourire à la jeune femme en face d’elle.
« - On se revoit à l’agence dans deux jours pour signer le bail alors ? demanda cette dernière.
- Pas de problème, répondit Sam.
- Alors, à samedi ! Bonne fin de journée ! fit-elle en tendant la main.
- Oui, merci, à vous aussi ! », sourit Sam tout en serrant la main qu’elle lui tendait.
Elle
sortit de l’agence immobilière. Les rues de la capitale
étaient bondées en ce jour d’avril
particulièrement ensoleillé. Partant vers sa droite, elle
prit la direction de son hôtel, où elle résidait
depuis plus de deux semaines maintenant, en attendant de trouver un
logement. L’appartement qu’elle venait
d’acquérir était gigantesque, avec un balcon
immense qui donnait sur la ville entière. Le panorama
était exceptionnel. Seul inconvénient : il se situait au
trente-et-unième étage de l’immeuble. Mais la femme
de l’agence lui avait confirmé que les ascenseurs ne
tombaient en panne que très rarement, ce qui, selon Sam,
était à moitié rassurant…
Son
nouveau travail la passionnait. Bien sûr, pas autant que
lorsqu’elle traversait la porte des étoiles, mais elle
avait enfin l’occasion de faire des recherches plus
poussées. De plus, c’était elle qui dirigeait son
équipe, et on lui donnait pratiquement carte blanche. Ce qui lui
manquait plus que tout, c’étaient ses amis. Elle
n’avait pas revu Daniel et Teal’c depuis son départ,
mais ces derniers l’appelaient tous les deux jours environ pour
avoir de ses nouvelles. Elle leur manquait énormément
elle aussi. Daniel l’avait appelée la veille au soir pour
se plaindre encore une fois du comportement exécrable de Jack,
qui avait décidément beaucoup changé en deux
semaines. Il tyrannisait tout le monde à la base, et même
ce pauvre Daniel se sentait martyrisé. Le seul envers qui il
n’avait pas encore osé s’en prendre était
bien sûr Teal’c, bien que cela ne tarderait pas selon les
dires de l’archéologue…
Jack…
Malgré toute la colère et la tristesse qu’elle
avait pu ressentir, elle ne pouvait s’empêcher de penser
à lui. Et plus encore à la nuit qu’ils avaient
passée ensemble… Pete avait repris contact avec elle. Il
désirait la revoir et tout reprendre à zéro. Mais
Sam avait refusé de le faire souffrir à nouveau et avait
préféré annuler le mariage, lui souhaitant bonne
chance pour la suite. Le mariage… Sam sentit une boule se former
au creux de son ventre lorsqu’elle y resongea. Il aurait eu lieu
dans une semaine si elle n’avait pas tout gâché.
Malgré tout, elle se disait qu’en l’empêchant,
elle avait peut-être évité de faire la plus grosse
erreur de sa vie, après celle qu’elle avait faite avec
Jack. Et c’est ainsi que Peter était sorti de sa
vie…
Elle
ouvrit la porte de sa chambre et remarqua aussitôt que son
répondeur clignotait. Elle ôta son manteau, posa son sac
et se dirigea vers l’appareil en question. Décrochant le
combiné, elle appuya sur le bouton correspondant au voyant rouge
clignotant.
«
Vous avez un nouveau message… BIP.. Ah Sam ! C’est moi,
Daniel !, fit la voix précipitée du jeune homme. Vous
n’êtes pas là ?... Euh, apparemment non. Bon
écoutez, il faut que vous me rappeliez tout de suite dès
réception de ce message, je répète, rappelez-moi
immédiatement, c’est très important, mais je ne
peux pas vous en parler sur un répondeur… C’est
à propos de Jack… Merci. ».
Sam
fronça les sourcils. Ca devait en effet être très
important pour que Daniel soit si impatient de lui parler directement.
Et c’était à propos de Jack… Sentant
l’inquiétude la gagner, elle composa rapidement le
numéro de son ami et patienta pendant que la sonnerie monotone
se faisait entendre… Une fois… Deux fois… Trois
fois…
« - Oui ? demanda une voix à l’autre bout du fil.
- Daniel, c’est moi, Sam.
- Ah ! c’est vous, enfin ! Je me demandais…
-
Daniel, ne tournez pas autour du pot s’il vous plaît
! le coupa t-elle. Qu’est-ce qui se passe avec Jack ?
-
Euh… hésita t-il, visiblement surpris qu’elle
l’appelle par son prénom. En fait, il est parti…
- Parti ? s’étonna Sam. Mais comment ça parti ?
- Ben oui, parti, fit la voix du jeune homme, ennuyé. Il a dit qu’il démissionnait…
- Quoi ?? s’écria t-elle presque.
-
Oui, poursuivit la voix, moins distincte sûrement parce
qu’il avait dû éloigner le combiné de son
oreille. Il a dit qu’il partait pêcher.
- Comme ça ?
-
Ben oui, comme ça. On discutait d’un problème
de mission, et puis il s’est énervé, et il est
parti…
- Mais… fit Sam, éberluée. Il ne peut pas !
-
Et si apparemment… Le général Hammond a
été dépêché d’urgence pour
assurer l’intérim, mais il faut à tout prix aller
le chercher… Et personne n’ose…
- Et alors Daniel ? demanda la jeune femme, redoutant ce qu’il allait lui demander de faire.
- Et alors… On espérait…
- Il n’en est pas question ! l’interrompit-elle, déterminée
- Sam… supplia t-il presque. S’il vous plaît…
- Vous savez très bien qu’il ne m’écouterait pas…
- Cette fois, si, j’en suis sûr, affirma Daniel.
- Et comment pouvez-vous en être persuadé à ce point ?
-
Parce que je lui ai parlé, dit-il simplement. Vous
savez… hésita t-il, il est très malheureux depuis
votre départ.
- C’est bien dommage…, répondit-elle, sarcastique.
- Sam ! Je sais ce qui s’est passé…
- Pardon ? s’étrangla t-elle.
-
Ecoutez, reprit-il, je sais qu’il a été
odieux avec vous, mais je sais aussi qu’il le regrette
profondément, croyez-moi.
-
Et vous voulez me faire croire que c’est lui qui vous a dit
tout ça ? s’énerva t-elle.
-
Exactement ! Je sais que ça peut paraître
étonnant, mais c’est la vérité, assura t-il.
- …
- Sam ? Vous devez y aller. S’il vous plaît.
-
Eh bien, soupira t-elle, je pense que c’est une très
mauvaise idée… Mais j’irai, finit-elle par dire.
-
Merci Sam ! répondit l’archéologue. Je sais
que ça va être dur, mais je vous souhaite bonne
chance…
-
Vu votre enthousiasme, je vais en avoir besoin…, ironisa
t-elle. Saluez le général Hammond de ma part, s’il
vous plaît.
-
Ce sera fait, assura la voix plus sereine de Daniel. Bon eh
bien… A très bientôt, alors !
- Oui, c’est ça, au revoir… »
Elle reposa lentement le combiné sur son socle.
Puis se laissa tomber sur le lit tout proche, les bras en croix. C’était une très mauvaise idée.
Elle
allait devoir l’affronter, et même avec toute la
volonté du monde, elle savait que ce serait l’une des plus
difficiles épreuves de sa vie.
Minnesota, Vendredi 8 avril, 7h56
Elle
était partie juste après le coup de fil à Daniel.
Ayant aussitôt préparé ses bagages, elle avait
réglé sa note d’hôtel, sauté dans le
premier taxi puis dans le premier avion à destination du
Minnesota. Ce serait déjà assez difficile comme
ça, inutile de repousser l’échéance !
Arrivée
à bon port, il lui avait fallu louer une voiture, étant
donné qu’aucun bus ou taxi ne se rendait dans les
régions reculées de l’état. Elle avait
roulé toute la nuit, ne s’arrêtant que vers trois
heures pour se reposer un peu. La route, ou plutôt le chemin sur
lequel elle roulait traversait maintenant une épaisse
forêt. Et effectivement, l’endroit où était
situé le chalet de Jack était ce qu’on appelait
plus communément un « trou perdu ». Quelque peu
désorientée, elle avait tout de même fini par
trouver un panneau indiquant la direction du lac auprès duquel
devait se trouver le fameux chalet, dans lequel il l’avait par
ailleurs si souvent « menacé » de l’emmener.
Sentant une bouffée d’angoisse monter en elle, elle crispa
ses mains sur le volant, tentant vainement de se calmer. Car
l’homme à qui elle s’apprêtait à rendre
une petite visite l’attirait autant qu’il la repoussait.
Réfléchissant
au meilleur discours qu’elle pourrait lui tenir, elle songea
à la façon dont elle allait prendre la parole. «
Bonjour, mon Général » ? Trop militaire, s’il
avait dit qu’il démissionnait, ce n’était pas
pour qu’on lui renvoie son grade en pleine figure à la
première occasion ! « Salut Jack ! » ? Beaucoup trop
familier, il n’apprécierait sûrement pas…
« Alors, ça mord ? » ? Complètement idiot !
Non, ce qu’il fallait, c’était trouver la meilleure
formule, pour qu’elle attire son attention mais sans le brusquer.
« Bonjour », alors. Oui, tout simplement « Bonjour
», sans rien d’autre. Suffisamment simple pour le
surprendre et débarrassé de tout autre mot pour
qu’il se mette en confiance.
Le
chemin devint peu à peu plus praticable. Elle parvenait aux
abords du lac et put distinguer la surface miroitante au loin. Le
soleil venait de se lever et le panorama était tout simplement
magnifique. Le chalet de dressait un peu plus à l’est,
solitaire et entouré d’une épaisse forêt. Un
sourire involontaire naquit sur ses lèvres. Elle allait enfin
découvrir cet endroit. Malheureusement pas dans les conditions
espérées, mais c’était déjà
ça…
Elle
se gara à cent mètres de la maison. Inutile
d’attirer trop son attention pour l’instant. Elle se devait
d’arriver discrètement afin de ne pas troubler le calme
qui régnait tout autour. En sortant de la voiture, Sam inspira
à fond et se détendit. L’air était pur et
elle pouvait percevoir la fraîcheur de la rosée du matin.
Refermant doucement la porte, elle prit la direction qu’imposait
une petite allée de cailloux, visiblement aménagée
par Jack car étant tout sauf droite.
Le
chalet était bien sûr entièrement en bois et
respirait la tranquillité de l’extérieur. Tout
comme lui, songea t-elle. Avançant encore de quelques
mètres et parvenant à l’angle de la maison, elle
l’aperçut, sa haute silhouette assise dans un transat
installé sur le ponton. Il ne tenait pas de canne à
pêche, accessoirement remplacée par une canette de
bière. Quelque peu étonnée qu’on puisse
boire à une heure aussi matinale, elle ne se découragea
pas pour autant et fit les quelques pas qui la séparaient encore
de lui, restant cependant à une distance respectable. Elle
allait juste faire remarquer sa présence lorsqu’il fit
retentir sa voix froide, lui glaçant le sang.
« Qui que vous soyez, foutez-moi le camp, j’veux voir personne ! »
Elle
n’avait pas été aussi discrète qu’elle
l’espérait apparemment. Le joli discours qu’elle
avait l’intention de lui tenir s’envola aussitôt, et
le mode militaire reprit le dessus.
«
C’est ce qu’on m’a dit, mon Général,
dit-elle calmement. Mais je me suis permise de venir visiter par
moi-même les beautés naturelles du Minnesota…
»
Il
fit aussitôt volte-face. Son visage afficha une certaine
incrédulité, tandis que Sam ne pouvait se départir
de son sourire. Jack paraissait complètement
déboussolé et malgré elle, cela l’amusa
beaucoup, effaçant l’appréhension qu’elle
ressentait quelques instants auparavant. Rien que la vue de son visage
avait réussi à la calmer.
La surprise de la voir ici passée, sa réponse ne se fit pas attendre.
« - Je ne suis plus général, Carter, dit-il froidement.
- Permettez-moi d’en douter, mon Général, poursuivit-elle.
-
On vous a envoyée me chercher c’est ça ?
demanda t-il en lui tournant le dos, un éclat de colère
dans sa voix. Eh bien vous pouvez repartir alors, ça ne
m’intéresse pas.
- Peut-être, mais la base a besoin de vous.
- Ouais, ben c’est bien dommage ! », ironisa t-il en buvant une gorgée de bière.
C’était
très mal parti. Se réprimandant intérieurement,
elle se rapprocha encore un peu de lui.
« - Ecoutez, reprit-elle, vous ne pouvez pas partir comme ça…
-
Vous l’avez bien fait vous, la coupa t-il, sarcastique. Et
sans me demander mon avis en plus ! Alors pourquoi moi, j’en
aurais pas le droit, hein ?
- C’est différent, répondit-elle calmement.
-
Non, c’est exactement pareil, et vous le savez très
bien ! cria t-il en se relevant, face à elle et pointant son
index dans sa direction.
- Vous avez bu, dit-elle simplement après un moment de silence.
-
Et alors ? » Il se rapprocha et Sam sentit une
légère appréhension la gagner. « De toute
façon, ça m’a rien fait, je ne sais même plus
boire correctement ! » Ses yeux lançaient des
éclairs.
- Vous devez rentrer, continua t-elle, la voix tremblante.
- Pourquoi ? demanda t-il en écartant les bras. Plus rien ne me retient là-bas… »
Il
avait dit ces derniers mots d’une voix plus douce. Visiblement,
il les regretta aussitôt, se mordant la lèvre, ce qui
rendit à la jeune femme un peu de son assurance. Il avait
l’air un peu plus disposé à parler.
«
- Bien sûr que si…, poursuivit-elle. Il y a Daniel,
Teal’c et tous les autres… Ils ont besoin de vous…
Le monde a besoin de vous, conclut-elle en inclinant la tête.
-
Tout comme il a besoin de vous Carter, répondit-il
méchamment. Pourtant, ça ne vous a pas
empêché de vous enfuir vous aussi ! »
Elle
allait répondre sur le même ton, mais s’en dissuada
aussitôt. Il avait raison. Elle avait fui. Ou plus exactement,
elle l’avait fui… Et il en avait l’air pleinement
conscient. Baissant la tête, elle reprit la parole.
« - Là n’est pas la question… souffla t-elle.
-
Mais justement, dit-il en se rapprochant encore, faisant monter
un peu plus le taux d’adrénaline de la jeune femme. Vous
êtes partie sans demander votre reste, comme ça, du jour
au lendemain, continua t-il en claquant les doigts.
- J’avais mes raisons…
- Qui vous dit que je n’en ai pas ? demanda t-il calmement.
- Je… hésita t-elle, prise de court. Ce ne sont pas de bonnes raisons…
- Parce que vous les connaissez peut-être ?
- Je crois… C’est à cause de moi, n’est-ce-pas ? » hasarda t-elle.
Le
visage de Jack se rembrunit. Il se passa une main dans les cheveux et
détourna les yeux. C’était bien à cause
d’elle. Tout du moins en partie. Etrangement, cela la rassura.
Daniel avait peut-être raison en disant qu’il regrettait.
Décidée à en avoir le cœur net, elle
poursuivit.
« - Alors ? demanda t-elle doucement. C’est à cause de moi ?
- En partie, grogna t-il.
- Dans ce cas, je suis désolée…
-
Ca n’est pas votre faute, Carter, l’interrompit-il.
C’est à cause de moi. J’ai tout gâché,
avoua t-il… Entre nous, je veux dire, précisa t-il devant
le regard interrogateur de Sam.
-
A quel moment ? demanda Sam, à la fois curieuse et
encouragée par ces révélations.
-
Depuis le début, dit-il en baissant la tête.
Je… J’ai essayé de vous séduire, avoua t-il,
penaud.
-
Oui, dit simplement la jeune femme en souriant. Et
d’ailleurs, je voulais vous remercier pour ça…
»
Son sourire s’élargit devant l’incompréhension totale qu’il affichait.
« - Pardon ?
- Merci… De m’avoir ouvert les yeux, ajouta t-elle finalement.
- Sur quoi ? demanda t-il, incrédule.
- Sur moi… et sur vous aussi… »
Sam
se délectait littéralement de cette conversation qui
s’était complètement écartée de son
but premier. Jack s’attendait visiblement à des
remontrances et elle, elle le remerciait ! Comprenant son
étonnement, elle lui adressa un sourire rassurant. Encore une
fois, il porta sa main à sa nuque en baissant la tête.
« Je vous demande pardon, Carter, dit-il simplement. Pour tout ce que j’ai fait… »
Le
cœur de Sam se gonfla. Il était adorable, et malgré
tout ce qu’il lui avait fait, malgré toute la souffrance
qu’elle avait pu ressentir à cause de lui, elle
l’aimait toujours. Et encore plus qu’avant… Sans se
départir de son sourire, elle se rapprocha encore de lui, ce qui
eut pour effet de lui faire brusquement relever la tête. Il avait
l’air de comprendre enfin qu’elle ne lui en voulait plus.
Bien au contraire…
« - Vous… Vous n’êtes pas en colère contre moi ?
- Je ne le suis plus, répondit Sam, amusée par la question quelque peu enfantine de Jack.
- Plus, ça veut dire que vous l’avez été ?
- En effet, sourit Sam. Je crois que vous l’aviez compris…
- Oui, fit Jack en souriant enfin. Encore une fois, je suis désolé, vraiment…
- J’ai compris le message. », dit-elle en baissant la tête.
Ils
restèrent un moment comme ça, l’un en face de
l’autre en chiens de faïence, sans rien dire. Les mots
n’avaient plus d’importance. Ils venaient implicitement de
s’avouer leur amour mutuel. Forte de cette certitude, Sam
s’approcha de Jack encore un peu et releva la tête,
pleinement consciente du danger que cela représentait. Mais
qu’importe. A présent, tout ce qu’elle voulait,
c’était se blottir contre cet homme qu’elle aimait
de tout son être et oublier tout le reste. Lentement, elle
continua son mouvement, ne s’arrêtant qu’à
quelques centimètres de son visage. Hésitante, elle
plongea son regard dans celui de Jack et y lut sa complète
approbation. Alors, elle combla l’espace qui séparait
encore leurs lèvres et se serra contre lui comme si sa vie en
dépendait, comme si chaque particule de son être
n’attendait que ce contact. Sentant ses bras se resserrer autour
d’elle, elle eut la certitude que tout ce qu’il restait
à faire désormais, c’était se consacrer
entièrement à cette nouvelle vie qui s’offrait
à elle, à corps perdu…
FIN